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Benoît Menardo: "Dans 15 ans, nous aurons oublié qu'il y avait un jour de paye" premium

Par Armelle Pape Van Dyck | Publié le 27/02/2022 à 10:00 | Mis à jour le 01/03/2022 à 18:16
Photo : Benoit Menardo, co-fondateur de la startup Payflow à Barcelone / lepetitjournal.com
Benoit Menardo, co-fondateur de la startup Payflow à Barcelone

Benoît Menardo peut se targuer d’être à la tête de la start-up du salaire à la demande la mieux financée de l’Union Européenne. Payflow, fondée en 2020 à Barcelone, est en train de révolutionner la façon dont les employés sont payés. Fini d’attendre le dernier jour du mois ! La flexibilité est totale et tout le monde est gagnant, employés et entreprises. 

 

Benoit Menardo est lauréat des Trophées des Français d'Espagne organisés à Madrid en décembre dernier et finaliste des Trophées des Français de l'étranger 2022, dans la catégorie Entrepreneur.


Véritable globe-trotter polyglotte, Benoît Menardo a déjà vécu sur cinq continents et parle 8 langues. Après l’École des Mines de Paris, il part étudier au MIT, où il rencontrera d’ailleurs Avinash Sukhwani, avec qui il fondera plus tard Payflow.

Mais avant cela, Benoît a débuté sa carrière en tant qu’ingénieur dans les secteurs du pétrole et de la finance et développe une expertise dans les services financiers et fintech, avant de lancer sa première start-up au Brésil. Puis il devient consultant chez Bain à Johannesburg, à Moscou, et enfin il étudie un MBA à l’Insead à Singapour. Il décide alors de monter sa propre entreprise avec Rocket Internet qui est un incubateur de start-up.


L’Espagne, hyper stratégique

Benoît Menardo appelle son grand ami du MIT, Avinash Sukhwani, pour lui dire qu’il faut qu’ils lancent ce projet de Payflow. Début 2020, Benoît quitte alors le groupe allemand pour lancer ce projet. Mais pourquoi ce grand bourlingueur choisit-il l’Espagne ? "Souvent, les expatriés choisissent un pays parce que ça fait longtemps qu’ils y vivent –raconte Benoît Menardo. Mais dans notre cas, en tant qu’anciens consultants, on a fait une étude de marché et nous avons décidé de lancer Payflow en Espagne. Tout d’abord parce que c’est un marché d’une taille importante et ensuite cela nous permettait d’avoir un pied à la fois en Europe et en Amérique latine. L’Espagne constituait donc une position hyper stratégique. En fonction du succès, l’idée était de continuer d’abord sur l’Europe ou sur l’Amérique latine".


Payflow : comment ça marche ?

Avec Payflow, les employés peuvent percevoir à tout moment, via leur application mobile, la fraction de salaire qu'ils ont déjà travaillée, en un simple clic. L'argent leur parvient instantanément. Cela permet aux employés de toucher quand ils le souhaitent une partie de leur salaire dû.

Mais il ne s’agit pas à proprement parler d’avance. "Notre but -explique le cofondateur de Payflow- est de changer la façon dont les gens sont payés en Espagne, ce qui existe déjà dans d'autres pays. Il s'agit essentiellement d'une solution de bien-être financier, qui supprime le concept de 'salaire mensuel' et introduit la possibilité d'être payé de façon quotidienne, hebdomadaire ou à tout moment".

L'Espagne est un marché d’une taille importante qui nous permet d’avoir un pied à la fois en Europe et en Amérique latine

Bref, un retour à ce qui existait autrefois, lorsque les ouvriers étaient payés à la journée, voire à la semaine. Ce concept est en fait revenu en force il y a une dizaine d’années. "Il y a actuellement une centaine de start-ups avec un modèle similaire dans le monde –signale Benoît Menardo. C’est vraiment en train d’exploser. Aux États-Unis, un tiers de la population active est payée à la demande. Par contre, en France ou en Espagne les gens sont encore habitués à être payés à la fin du mois. L’Europe n’était pas encore prête pour cette manière flexible, mais maintenant ça commence à changer. D'ici 15-20 ans, la plupart d'entre nous aura oublié qu'il y avait un jour de paye".

Le cofondateur de Payflow estime que c’est particulièrement vrai avec les employés les plus jeunes. "Aujourd'hui les jeunes sont de plus en plus impatients -signale-t-il- et le salaire, on l'attend beaucoup, beaucoup, beaucoup... Et le meilleur jour du mois, c'est le dernier jour. C'est ce qui est en train de changer avec Payflow, qui permet aux salariés d'encaisser la partie du salaire qui leur revient à n'importe quel moment, sans attendre la fin du mois, avec une flexibilité totale et ce, parce que la technologie nous le permet".

payflow


Un bénéfice pour les employés

Mais cela coûte combien aux employés ? "Pour l’employé, c’est absolument gratuit -précise Benoît Menardo. C’est un service que les entreprises payent pour l’offrir à leur personnel. Or, tout ce qui est bon pour l'employé a un impact positif sur l'entreprise. Surtout en ces temps de crise, le bien-être financier des employés est vital pour leur performance au travail et, par conséquent, pour l'entreprise elle-même. C'est pourquoi, en plus de prendre soin des employés d'un point de vue physique et émotionnel, la santé financière est un autre aspect des plans de rémunération. Les employés des entreprises clientes sont ravis car ils aiment être payés en temps réel".

Cela fait à peine deux ans que la fintech espagnole a été lancée- en pleine pandémie- et, au vu des objectifs commerciaux atteints, le succès est au rendez-vous. En Espagne, Payflow compte déjà plus de 200 entreprises clientes, qui offre ce service à des centaines de milliers d’employés.


Devenir une néobanque

"Nous avons beaucoup de clients français –raconte le cofondateur de Payflow- comme Feu Vert en Espagne. Et nous entendons travailler avec un plus grand nombre de grandes entreprises, notamment celles qui sont cotées à l'IBEX 35, en plus de multiplier par cinq le nombre de nos clients PME. On voit aussi que le pourcentage d’utilisation est très haut, il y a plus de deux transactions par mois, ce qui montre qu’il se produit un changement progressif de mentalité. Et c’est vraiment un non-retour, 'no way back !', car une fois qu’on a commencé, on ne revient pas en arrière".

L’idée est de tout simplifier et de créer un compte pour épargner avec un simple clic

Afin d'améliorer encore son offre, la technologie de Payflow intégrera de nouvelles fonctionnalités en 2022, dans le but de devenir une néobanque. "Notre objectif est de nous différencier face à la concurrence – affirme Benoît Menardo. Nous allons promouvoir aussi l’éducation financière et l’accès à l’épargne".

Payflow offrira très prochainement un système simple pour calculer par exemple combien il faut épargner pour partir en vacances à Cuba, et l’argent nécessaire sera mis de côté, sur ce qu’on pourrait appeler une tirelire virtuelle. "Il s’agit d’être à fond sur le bien-être financier de l’employé. L’idée est de tout simplifier et de créer un compte pour épargner avec un simple clic".


Payflow, la start-up la mieux financée de l’Union Européenne

Mais l’expansion de Payflow n’est pas seulement fonctionnelle. Outre les nouveaux produits qu’elle va lancer, elle compte poursuivre sa croissance internationale. Pour cela, l'entreprise vient de lever huit millions d'euros, qui s’ajoute aux quatre précédemment obtenus en 2020, ce qui en fait la start-up la mieux financée de l’Union Européenne, avec au total plus de 12 millions d'euros. De nouveaux investisseurs tels que les sociétés de capital-risque Seaya Ventures et Cathay Innovation, l'accélérateur américain YCombinator, ainsi que des investisseurs individuels ont participé à ce tour de table.


Expansion internationale

Les ressources obtenues aideront Payflow à poursuivre sa croissance en Espagne et à continuer son internationalisation. La start-up est actuellement présente au Chili et en Colombie, et prévoit de commencer à opérer en Italie et au Portugal en 2022. Elle compte également s'étendre à un troisième pays d'Amérique latine, qui n'a pas encore été décidé, mais il est certain qu'il s'agira d'un des grands pays, comme le Brésil, le Mexique ou le Pérou.


Une grande partie des équipes basée à Barcelone et à Madrid

Ce processus de croissance de la start-up s'accompagnera d'une expansion de son personnel. Comptant aujourd'hui 45 employés, elle devrait atteindre entre 70 et 100 personnes cette année. Selon les prévisions, une grande partie de l'équipe sera basée à Barcelone et à Madrid, à parts égales, et le reste le sera en Amérique latine. Le modèle de Payflow a de beaux jours devant lui.

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Armelle Pape Van Dyck

Après 15 ans à la direction de la communication de la 1ère banque espagnole, elle a décidé de concilier vie pro & perso, comme journaliste freelance en français ou espagnol. Elle est vice-présidente de l’Association des Correspondants de Presse Étrangère.
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