Édition internationale

Nils déchaîne les vents en Catalogne : un épisode historique paralyse la région

Un territoire densément peuplé, des infrastructures tendues, une météo devenue imprévisible : en quelques heures, la tempête a mis à nu les fragilités d’une région habituée au vent mais rarement confrontée à une telle intensité en zone urbaine.

vent dans un ciel bleu avec nuagesvent dans un ciel bleu avec nuages
@Mila Young, Unsplash.
Écrit par Paul Pierroux-Taranto
Publié le 12 février 2026

La Catalogne n’avait pas connu un tel déchaînement depuis près de vingt ans. La tempête Nils a balayé le territoire avec des rafales atteignant 167 km/h au Puig Sesolles, dans le massif du Montseny, et plus de 100 km/h sur le littoral, de Barcelone à Tarragone.

Résultat : trains interrompus, plus de cinquante vols annulés à l’aéroport d’El Prat, écoles fermées, usines à l’arrêt et un millier d’interventions des secours. Une situation qualifiée d’« inédite » par les autorités météorologiques.

 

La Catalogne en alerte rouge : des rafales à 167 km/h

Selon le Servei Meteorològic de Catalunya (Meteocat), toute la Catalogne est passée en alerte maximale, niveau 6 sur 6. Une carte rouge vif, sans échappatoire.
Au Puig Sesolles, dans le massif du Montseny, les rafales ont culminé à 167 km/h.
160 km/h au port de Barcelone.
114 km/h à Molló.
Et la barre symbolique des 100 km/h franchie à Mataró, Montserrat, Badalona ou Font-rubí.

Même le Raval, en plein cœur de Barcelone, a encaissé une pointe à 86 km/h — deuxième valeur la plus élevée jamais relevée dans ce quartier dense, où le vent se faufile d’ordinaire entre les façades plus qu’il ne les secoue.

Pour la directrice du service, Sarai Sarroca, il s’agit du « pire épisode venteux des quinze à vingt dernières années ». Dans les archives, deux précédents seulement soutiennent la comparaison : 2009, quand l’effondrement d’une structure à Sant Boi coûte la vie à quatre enfants ; 2014, à Terrassa, où la chute d’un mur fait deux morts.

 

Trains suspendus, vols annulés, circulation perturbée

Le vent s’est rapidement transformé en crise logistique.

Réseau ferroviaire

Plusieurs lignes de Rodalies ont été suspendues ou fortement perturbées, notamment :

  • la R4 entre Terrassa et Manresa
     
  • la R1 entre Blanes et Maçanet
     
  • interruptions partielles entre L’Hospitalet et Sant Feliu de Llobregat
     
  • limitations de vitesse à 80 km/h
     

Des chutes d’arbres, de panneaux et même de plaques solaires ont envahi les voies.

Aéroport

À l’aéroport de Barcelone-El Prat, exploité par Aena, plus de 50 vols ont été annulés et plusieurs avions déroutés. Les rafales ont dépassé les 90 km/h sur les pistes.

Routes

Sur l’AP-7, à La Jonquera, la circulation des camions a été restreinte. À Barcelone, des voies de la Ronda Litoral et de la Ronda de Dalt ont été fermées après la chute d’éléments urbains.

 

Une mesure inédite : écoles et universités fermées

Face à la gravité de la situation, la Generalitat n’a pas tergiversé. Rideau baissé sur toute l’activité éducative, des écoles aux universités, les compétitions et entraînements sportifs mis à l’arrêt, les soins médicaux non urgents reportés, seuls les services indispensables maintenus.

 

Plus de 1.600 appels aux urgences

Le 112 catalan a reçu plus de 1.600 appels, en quelques heures. À l’autre bout du fil, toujours le même décor : arbres couchés sur la chaussée, branches arrachées, morceaux de façade projetés au sol, murs qui cèdent sous la pression des rafales.

Le bilan humain, lui, rappelle que le vent n’est jamais anodin. Au moins cinq blessés, dont deux dans un état grave. À Sant Boi de Llobregat, un volontaire de la protection civile fait partie des victimes sérieusement touchées, alors qu’il intervenait précisément pour sécuriser la zone. 


 

Un phénomène d’ampleur nationale : La tempête Nils ne touche pas uniquement la Catalogne. Agencia Estatal de Meteorología (AEMET) a activé des alertes rouges dans plusieurs régions d’Espagne, notamment au Pays basque, en Cantabrie et en Galice. Mais c’est bien la Catalogne qui concentre les rafales les plus extrêmes, en particulier sur le littoral et le pré-littoral barcelonais, zones historiquement moins exposées aux vents de ponant de cette intensité.

 

Quand la rafale suspend le quotidien

La Catalogne a l’habitude des vents qui ont un nom et un caractère : la tramontane qui descend du nord, le mestral qui balaie le sud, le gregal qui gifle la côte... Mais cette fois, ce n’est pas une bourrasque de plus dans la chronique locale. C’est une poussée brutale, ample, qui s’invite en pleine ville et dérègle tout.

Le pic doit encore durer plusieurs heures. Les consignes sont simples : fermer portes et fenêtres, sécuriser les balcons, replier les stores, éviter les parcs, les alignements d’arbres et les bâtiments en chantier. 

Nils finira par s’éloigner. Peut-être sans cicatrices majeures. Mais il aura rappelé qu’en Catalogne, le vent n’est pas qu’une ligne sur une carte isobarique. En quelques heures, il peut figer une région entière.

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