Joan Miro et ses éclats de soleil

Par Jill-Manon Bordellay | Publié le 12/09/2022 à 16:30 | Mis à jour le 12/09/2022 à 23:56
Photo : Chevaux mis en fuite pat un oiseau. Joan Miró. Successió Miró, 2022
Chevaux mis en fuite pat un oiseau. Joan Miró. Successió Miró, 2022

Peintre “mirobolant” selon le mot de Robert Desnos, l’Espagnol Joan Miro (1893-1983) est associé à l’histoire du surréalisme. Artiste prolifique, Miro a réalisé pas moins de 2000 peintures, 5000 dessins et collages, 500 sculptures et 400 céramiques.

 

"Miró. L'héritage le plus intime"

Il ne reste que quelques jours pour découvrir la magnifique exposition "Miró. L'héritage le plus intime" à la Fondation Joan Miró. Cette exposition fait ressortir la dimension la plus personnelle de l’artiste à travers l’examen des collections qu’il a constituées pour sa famille, ce qui conduira à la création de la Fondation Joan Miro. Il a d'aillleurs dit un jour: “Ce qui est important, ce n’est pas de finir une œuvre, mais d’entrevoir qu’elle permette un jour de commencer quelque chose”.

 

Portrait de Joan Miró, París, 1937
Portrait de Joan Miró pris à París en 1937. Successió Miró, 2022

 

Miro est originaire de Catalogne, la province alors la plus riche, la plus entreprenante et aussi la plus ouverte aux influences étrangères, de toute la péninsule ibérique. Il est né à Barcelone le 20 avril 1893 d’une famille installée depuis longtemps dans cette région. Dès l’âge de quatorze ans, il entre à l’Ecole des Beaux-Arts de Barcelone. Il visite les expositions cubistes et fauves et fait ses premières peintures à l’huile. Il est impressionné par des personnalités comme Picabia, Gali et Gaudi l’architecte de la “Sagrada Familia” de Barcelone, considéré comme un des précurseurs du surréalisme. Son œuvre, pleine de fulgurantes audaces, d’intuitions hardies où l’imagination et le brassage des matières sont poussés jusqu’au délire forcené, a dû inciter Miro à se libérer des contraintes académiques. Il a ouvert en lui les perspectives de la conscience onirique.

 

tableau de Joan Miró, 1976. Personnage et oiseaux devant le soleil
Joan Miró, 1976. Personnage et oiseaux devant le soleil. Oli damunt tela- Successió Miró, 2022

 

Il arrive à Paris après la Grande Guerre, en 1920, et se laisse tenter par le cubisme, mais la pensée du cubisme n’est pas conforme à son tempérament. Il rencontre le dadaïsme. Mais il faudra à Miro l’expression du surréalisme pour décanter ses moyens et orienter toute son expression vers l’imaginaire, le fantastique. Très rapidement, enfin libéré, il trouvera son monde et sa mythologie. Il se conduit comme un jardinier attentif, cultivant ses massifs.

 

Le peintre vole avec une audace enfantine, à la poursuite de ses rêves. Sa peinture est une poésie de couleurs et de formes. Miro peint des femmes et des oiseaux, des étoiles, des comètes, il se sent libre et affirme vouloir “tuer” les codes classiques. Dans les années 1930, ses œuvres sont exposées aux Etats-Unis, Miro a trouvé son propre langage entre figuration et abstraction. Les années 1940-1950 sont marquées par l'usage de nouvelles techniques, la sculpture et la gravure.

 

 

Joan Miró, sa femme et sa fille en 1934
Joan Miró, sa femme et sa fille, en 1934. Successió Miró, 2022

 

Un homme discret

Miro gardera toute sa vie un maintien discret,  un visage réservé et mélancolique; ses silences resteront légendaires, et toujours un brin de malice viendra rompre de temps en temps l'impression de timidité et d’hermétisme donnée de prime abord. D’un naturel “tragique et taciturne”, mais d’un esprit parfaitement équilibré, il restera toujours “sérieux”, mi-inquiet mi-étonné, et souvent sa présence, au milieu de ses amis, semblera ne pas peser beaucoup plus lourd que ces oiseaux ou ces insectes qui, à peine perceptibles, viendront se poser sur ses toiles et composeront son bestiaire familier.

 

Image d'une salle de l'exposition à la Fundación Joan Miró.
Une des salles de l'exposition, à la Fundación Joan Miró, Barcelona. Photo Davide Camesasca

 

Cartons d’emballage ravagés par les rats

Il peint sur des cailloux, des miroirs, des éponges. Le nombre de matériaux ou de techniques utilisés par Miro est hallucinant : xylographie sur buis, papier précieux du Japon, cartons d’emballage ravagés par les rats ou les escargots, caisses usagées, vieilles brosses jetées par les peintres en bâtiment, ronds de paille, paniers de maçon coulés en bronze, zinc, tamis pour le blé, cuivres et vernis sur lesquels des poulets ont préalablement marché et picoré, contreplaqué, vieilles portes, excréments, équerres, fil de fer, plâtre, cordes masonite, celotex, papier goudronné, brique, billot de caroubier, ressort de sommier, brûleur à gaz, doublures de costumes, couvercle de poubelle, mannequin de bois, robinet d’incendie, balais, morceaux de fer fleuris de champignons de rouille, peau de vache, parchemin; à tout cela il faut ajouter les techniques et instruments “classiques”, céramiques, pastels, aquarelles, gouaches, peinture à l’œuf, sur bois, sur papier. En vieillissant Miro travaille de plus en plus avec ses doigts, trempés dans la peinture.

 

 Joan Miró joue avec ses petits-enfants
Joan Miró joue avec ses petits-enfants, 1965. 4. Henri Elwing. Successió Miró, 2022

 

Une exposition s’est tenue à l’IVAM, el Instituto Valenciano de Arte Moderno, avec pas moins de 200 œuvres en 2018, mais c’est la fondation Miro, initialement baptisée Centre d’études d’art contemporain de Barcelone, qui a pour principale activité la conservation et l’exposition des œuvres de Joan Miro. En outre, la fondation Maeght  à Saint-Paul de Vence possède 275 œuvres de Miro parmi lesquelles 8 grandes peintures, 160 sculptures, 73 aquarelles, gouaches et dessins sur papier, une tapisserie et un vitrail intégré dans l’architecture, 28 céramiques ainsi que les œuvres monumentales créées pour le jardin-labyrinthe.

 

Joan Miró à l'entrée de la Fondation Joan Miró. 1975
Joan Miró à l'entrée de la Fondation Joan Miró. 1975 - Archives historiques du COAC

 

L'œuvre de l’artiste est variée et s’attache à représenter le monde animal et végétal où le proche et le lointain se confondent, où l’infiniment grand et l’infiniment petit échangent leurs valeurs communes. Le rêve et la nature ne font qu’un. Miro a écrit : “Un arbre, ce n’est pas un arbre, mais une chose humaine, quelqu’un de vivant. C’est un personnage, un arbre, surtout les arbres de chez nous, les caroubiers. Un personnage qui parle, qui a des feuilles. Inquiétant même. Si dans mes tableaux je mets parfois un œil ou une oreille sur des arbres, c’est que l’arbre voit et entend(...) Le monde tout entier nous regarde et le corps tout entier a des yeux”.

 

Sur le même sujet
Jill-Manon Bordellay

Jill-Manon Bordellay

Docteure en Philosophie, Littérature comparée et Psychologie, collaboratrice à l'Encyclopédie Universalis, elle a écrit plusieurs essais et nouvelles traitant de l'Art et de la relation entre les humains et les animaux.
0 Commentaire (s) Réagir
À lire sur votre édition locale
À lire sur votre édition internationale