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Un tour du monde du 7e art pour préserver le ciné de quartier

Par La rédaction de Bangkok | Publié le 25/07/2012 à 00:00 | Mis à jour le 28/05/2019 à 05:54
Photo : Elise et William, partis en novembre, vont parcourir 18 pays (photo courtoisie Cinemap)
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Un couple de jeunes Français, projectionnistes de métier et passionnés de cinéma, est à la moitié d'un tour du monde consacré au septième art. Face aux fermetures des petites salles et à la raréfaction des projectionnistes, ils espèrent trouver à travers leurs pérégrinations des moyens de sensibiliser les gens à l'importance de préserver le cinéma de quartier

Elise, 27 ans, et William 25 ans, se sont mariés il y a deux ans, réunis notamment par la passion du 7e art et du travail de projectionniste. Les deux se sont rencontrés à Paris au cours de leur CAP d'opérateur projectionniste en alternance et ont déjà goûté à ce métier qui les fascine, malgré un statut actuel précaire. "Les postes de projectionniste se font de plus en plus rare en France et dans le monde car les salles de cinéma projetant en argentique sont remplacées pour des raisons économiques par d'autres qui projettent en numérique. Et la projection numérique, beaucoup plus facile, peut même être faite par le directeur du cinéma," explique Elise qui a travaillé sur les deux types de projection dans deux cinémas d'Art et d'Essai différents.

Un constat amer en Asie du Sud-Est

Avant que les petites salles de cinéma, les films argentiques et les "projectionnistes à l'ancienne" ne deviennent rarissimes, Elise et William ont décidé de faire un tour du monde des cinémas pendant un an, dans le cadre d'un projet appelé CINEMAP. "Partis en novembre, nous visiterons en tout 18 pays, déclare William. Notre but est de faire un état des salles de cinéma dans le monde, et de voir quels sont les moyens de préserver un petit nombre d'endroits traditionnels". En Asie du Sud-Est, le couple s'est rendu au Cambodge, Vietnam, Birmanie et en Thaïlande, et le constat est amer. "Même si le phénomène est mondial, la fermeture et la destruction de petites salles, remplacées par des grands complexes, sortes d'usine à divertissement, sont plus fréquentes ici, raconte Elise. Et celles qui restent ne proposent que très peu de séances." "On trouve dans ces pays des quartiers entiers remplis de stand de DVD piratés, ajoute William. En Thaïlande, il y en avait même un juste devant Le Lido (ndlr : l'un des rares petits cinémas de Bangkok, qui devrait être détruit dans un futur proche pour laisser la place à un nouveau centre commercial). Plus de la moitié des salles thaïlandaises font partie de Major Cineplex, et la majorité des autres dans des multiplexes."

L'Asie avant l'Afrique

Les deux Français qui ont l'impression que le septième art ne trouve pas vraiment sa place en Asie du Sud-Est ont essayé une projection en 4D en Thaïlande - lors de laquelle des effets spéciaux sont réalisés à l'intérieur même de la salle tels que le mouvement du siège - l'un des rares pays à proposer cette technologie. "L'expérience est intéressante, mais coûte cher et les effets sont inutiles à certains moments ", s'accordent-ils.

L'Asie est le 3e continent qu'ils visitent, avant l'Afrique mais après l'Amérique latine, "terre de cinéma où il est facile de rencontrer encore des projectionnistes passionnés", et l'Amérique du Nord, où l'expansion des multiplexes est contrastée par la préservation de quelques petites salles et celles des drive-in-theater (ndlr : appelé aussi ciné-parc, c'est un cinéma à ciel ouvert très populaire aux Etats-Unis où l'on reste dans sa voiture pour voir le film).

"Sensibiliser les gens à leur cinéma de quartier"

Le budget de ce Tour du Monde, d'environ 22.000?, a été financé au tiers par les aides d'une quarantaine de partenaires et les cotisations des adhérents à l'association CINEMAP qui soutiennent le projet. Le reste est payé par le couple. A la fin de ce voyage ponctué de trajets en train et auto-stop et de nuits passées en guest-house, Elise et William veulent raconter en France ce qu'ils auront vu, lors de conférences ou de passages dans des écoles. "Nous voulons que les gens soient plus sensibles à leur cinéma de quartier qui est un lieu de vie et de culture où l'on se rassemble, s'exclament-ils. Qu'ils s'y rendent régulièrement pour l'aider à survivre, car peut-être ensuite, le cinéma fermera et il sera alors trop tard pour le regretter." Les deux amoureux ont un autre rêve en commun : ouvrir un ciné-bar avec une salle de projectionniste à l'ancienne. "Nous croyons vraiment après huit mois passés à visiter les cinémas que l'avenir pour les petites salles est de se diversifier, expliquent-ils. Nous l'avons vu par exemple en Bolivie, où les dirigeants d'une salle de La Paz organisent des concerts de hard rock dans le parking situé en-dessous." Elise et William qui espèrent lancer ce concept à Paris à leur retour, n'excluent pas de le déménager ensuite à Koh Samui, île dont ils sont tombés amoureux lors de leur passage en Thaïlande.

Yann FERNANDEZ  mercredi 18 juillet 2012

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