Samedi 6 mars 2021

Un artiste poil-à-gratter expose sur la lèse-majesté en Thaïlande

Par Lepetitjournal.com Bangkok avec Reuters | Publié le 18/02/2021 à 00:00 | Mis à jour le 18/02/2021 à 03:08
Photo : REUTERS / Chalinee Thirasupa - L'exposition "112 the Exhibition" compte 14 peintures dont l'une emprunte au fameux tableau d'Eugène Delacroix "La liberté guidant le peuple"
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L’artiste de rue thaïlandais connu sous le nom de "Headache Stencil" expose certaines de ses œuvres les plus osées, avec une collection de peintures qui touchent à la fameuse loi de lèse-majesté.

Le graffeur thaïlandais Headache Stencil a lancé sa nouvelle exposition "112 the Exhibition" à la WTF Gallery and Cafe de Bangkok, mardi dernier, le jour où quatre figures du mouvement de contestation ont été placées en détention provisoire pour avoir lancé des appels à réformer la monarchie thaïlandaise.

La Thaïlande possède une loi de lèse-majesté parmi les plus sévères au monde, incarnée par l’article 112 de son code pénal, qui punit les actes diffamant, insultant ou menaçant le roi Maha Vajiralongkorn et les membres proches de sa famille, prévoit des peines allant de 3 à 15 ans de prison par chef d’accusation.

"J'ai vécu avec cette loi pendant longtemps. Beaucoup de gens m'ont dit de me tenir à l'écart ou de ne pas m'impliquer", dit-il.

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Le graffeur Headache Stencil devant ses œuvres lors de son exposition "112 the Exhibition" à la WTF Gallery and Cafe de Bangkok, le 13 février 2021. Photo REUTERS / Chalinee Thirasupa

"Mais en tant qu'artiste, je veux essayer avec l'art et voir jusqu’où je peux aller, voir en quoi je peux participer au débat à travers mes œuvres."

Au moins 58 militants ont été accusés d'avoir insulté la royauté depuis novembre pour des actes ou remarques lors de manifestations contre le gouvernement et l’establishment militaro-royaliste.

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Photo REUTERS / Chalinee Thirasupa

Comme à chacune de ses apparitions publiques, l'artiste, qui ne révèle pas son vrai nom ni son âge, s'est couvert le visage avec un masque - entre son anonymat et la nature politique de son œuvre, certains n’hésitent pas à l'appeler "Le Banksy thaïlandais" du nom du célèbre graffeur britannique.

Connu pour ses graffitis réalisés à la bombe sur les murs avec des pochoirs, il organise aussi régulièrement des expositions en salle.

La collection compte 14 peintures dont l'une emprunte au fameux tableau d'Eugène Delacroix "La liberté guidant le peuple", remplaçant le drapeau français par l’ombrelle royale thaïlandaise.

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Le graffeur Headache Stencil devant l'une de ses œuvres lors de son exposition "112 the Exhibition" à la WTF Gallery and Cafe de Bangkok, le 13 février 2021. Photo REUTERS / Chalinee Thirasupa

Sur une autre œuvre on peut voir la moitié inférieure d'un garuda, oiseau mythique hindou symbole de la royauté et utilisé comme sceau de l’administration, serrant dans ses griffes ce qui semble être un manifestant.

"Mes peintures doivent rester ouvertes et c’est aux gens de les interpréter et de les décrypter eux-mêmes", souligne Headache Stencil, dont le nom renvoie aux maux de tête que l’artiste entend provoquer chez les dirigeants avec ses bombes de peinture et ses pochoirs.

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Photo REUTERS / Chalinee Thirasupa

"Je veux juste que les gens voient mes œuvres, les interprètent et réalisent l'humanité de ceux qui sont inculpés", dit-il.

"Ils n'ont tué personne, ils sont simplement en désaccord avec quelqu'un. Ils ne devraient pas aller en prison pour ne pas aimer une personne que d’autres aiment."

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