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THAILANDE – Les manifestants jouent avec le feu

Par Lepetitjournal.com Bangkok avec AFP | Publié le 05/04/2010 à 00:00 | Mis à jour le 15/12/2018 à 13:20
Photo : Quentin Weinsanto
manif chemises rouges Thailande

Toujours réunis sur le carrefour de Ratchaprasong, les Chemises rouges ont à nouveau défié le gouvernement hier en refusant de se disperser. Le centre des opérations de maintien de la paix a interdit aux manifestants de défiler sur plusieurs axes clés de Bangkok, mais ces derniers ont clairement annoncé leur intention de ne pas respecter cet ordre et menacent d'envahir ce matin un autre quartier de la capitale

Deuxième journée de blocage du carrefour de Ratchaprasong, hier, pour les manifestants anti-gouvernementaux des "Chemises rouges", un quartier dans lequel se situent plusieurs centres commerciaux dont Siam Paragon et Central World. Après de nouvelles négociations avec la police, les quelque 50.000 manifestants toujours présents, selon les chiffres officiels, ont accepté d'ouvrir une partie de l'avenue Rama 1 jusqu'à Ploenchit, et de Saladaeng à Pathumwan. Les Chemises rouges ont néanmoins refusé de quitter le carrefour jusqu'à obtenir une dissolution du parlement et de nouvelles élections générales.

Les Chemises rouges bannis de rassemblements
En début d'après-midi, le Centre des opérations de maintien de la paix (CAPO) a publié une injonction interdisant aux Chemises rouges de bloquer les routes et de se rassembler dans les lieux publics où cela pourrait avoir une incidence sur l'activité économique. Ainsi, les avenues Rama IV, Sathorn, Silom, Surawong, Charoen Krung, Ratchadamri, Phaya Thai, Ratchadaphisek, Din Daeng et Thaveemitr sont désormais interdites aux rassemblements. Hier en fin de soirée, l'un du leader du mouvement de protestation, Nattawut Saikua, a réagi à l'annonce du CAPO en promettant d'envahir ce matin à partir de 10h l'un des axes concernés par l'interdiction, sans pour autant préciser lequel. Néanmoins, plusieurs soupçons pointent vers le quartier de Sathorn/Silom, l'un des principaux secteurs d'affaires de Bangkok qui avait déjà été évoqué comme une cible possible des rouges hier après-midi.

Situation délicate pour le gouvernement
Après avoir fait passer une première ordonnance exigeant aux manifestants d'évacuer le carrefour de Ratchaprasong samedi soir, le Vice-premier ministre Suthep Thaugsuban a fait savoir qu'il soumettrait aujourd'hui une pétition à la cour de justice, afin d'obtenir l'autorisation de disperser de force les manifestants. "Si l'ordre est accepté, nos avocats feront appel", a déclaré Nattawut, dans une nouvelle tentative de limiter la marge de manoeuvre du gouvernement. Par ailleurs, Suthep a annoncé lors d'une conférence de presse que le Premier ministre Abhisit Vejjajiva lui avait donné l'autorisation de déposer une plainte à la police contre les leaders des Chemises rouges rassemblés à Ratchaprasong, ouvrant la possibilité à des poursuites judiciaires, bien que cela ne reste encore que des menaces. En effet, si de telles procédures étaient engagées, cela ne ferait qu'exacerber les tensions et renforcer un peu plus le sentiment d'une justice à double-vitesse dénoncée par les manifestants, qui risquent déjà 1 an de prison et 20.000 bahts d'amende pour avoir refusé de quitter les lieux, selon l'une des dernières ordonnances du CAPO.

Le Premier ministre dans le rôle du conciliateur
Abhisit Vejjajiva a lui aussi exhorté les Chemises rouges de retourner à leur site principal de manifestation, sur l'avenue Ratchadamnoen. "Nous savons que certaines personnes veulent que le gouvernement utilise des mesures sévères, mais nous sommes tous Thaïlandais. Le gouvernement appliquera les normes internationales en commençant par des mesures non contraignantes", a-t-il expliqué lors de son émission télévisée hebdomadaire. Depuis la fin des négociations en face à face avec le gouvernement, qui avaient été entamées en début de semaine, les leaders des Chemises rouges n'ont fait que renforcer le ton de leur discours et défier Abhisit Vejjajiva. Ce dernier se retrouve désormais dans une position délicate avec d'un côté des pertes commerciales estimées à plus de 600 millions de bahts (14 millions d'euros) en l'espace de deux jours, et de l'autre l'impossibilité d'évacuer rapidement et de force Ratchaprasong, au risque de voir la situation s'enflammer devant des manifestants prêts à jouer le tout pour le tout, et auxquels il avait promis, devant les caméras de télévision, de résoudre le conflit pacifiquement.

Quentin WEINSANTO avec AFP lundi 5 avril 2010

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