

La protection solaire est un vrai problème de santé publique au cœur duquel se trouvent les méthodes de test et la fiabilité des indices de protection qui en découlent. Un "professeur Tournesol" français s’est attaqué au problème il y a 20 ans et se trouve aujourd’hui aux premières loges d’une révolution mondiale de la protection solaire. Il présente cette semaine au salon In-Cosmetics sa dernière invention pour perfectionner les tests in vitro

Ce scientifique passionné de la cosmétique et expert des produits solaires, estime que le système de FPS (Facteur de Protection Solaire) ou SPF en anglais, donné dans la plupart des pays hors Union Européenne, ne garantit pas une protection efficace, car sa mesure repose le plus souvent sur des critères insuffisants et des méthodes imprécises, peu transparentes, et non homologuées.
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De la passion d’un métier à la conquête des marchés
Cet ancien directeur des moyens techniques et analytiques chez Yves Rocher, s’est mis il y a une quinzaine d’années en quête de changer cela et de normaliser les tests de produits de protection solaire en mettant au point une méthode fiable et créant des outils adaptés.
Une quête démarrée par passion et souci de perfection, et qui est finalement devenue une vraie opportunité d’affaires au point de créer son propre laboratoire en 1997, Heliosciences Cosmétique, rebaptisé Helioscreen en 2007. Cette PME spécialisée dans les tests in vitro pour produits de protection solaire affine et explore aujourd’hui des méthodes et des outils de pointe (voir encadré) dont l’objectif est de réduire au maximum les facteurs aléatoires qui peuvent intervenir sur l’ensemble des étapes du test afin de produire les résultats les plus fiables possibles.
Alors que la profession semblait se satisfaire du test in vivo au point d’en faire le test de référence, Dominique Lutz s’est battu bec et ongles pendant plus de dix ans pour finalement voir le test in vitro, considéré comme plus éthique et moins aléatoire, s’imposer et être aujourd’hui enfin reconnu par les instances sanitaires européennes.

Pour Dominique Lutz, la méthode dite "in vivo" (test sur des humains) présente deux principaux défauts : le manque d’éthique et d’exactitude scientifique. L’approche biologique du test vivo introduit en effet, selon lui, trop de facteurs aléatoires (sensibilité dermique au rayonnement, quantité de produit, etc.) pour permettre de déterminer de manière fiable l’indice de protection d’un produit.
"Le test in vivo consiste à exposer quelqu'un et à observer combien de temps, protégé et non protégé, il peut rester avant l’apparition du coup de soleil. (c'est-à-dire que c’est la réaction de la peau d’un individu qui est prise en compte, ndlr). C’est à partir de cela qu’on construit le FPS", explique Dominique Lutz.
"Le test in vitro est une approche plus physique", poursuit-il. "On observe la capacité d'une crème à réduire le signal (c'est-à-dire que le test va consister à mesurer la quantité de lumière qui traverse le film de crème protectrice, et non la réaction de la peau, ndlr)".
Pourtant, depuis plus de vingt ans, la méthode de référence de test pour les produits de protection solaire est la méthode in vivo, explique Lutz. Les professionnels de la cosmétique se sont un temps penchés sur le test in vitro, mais sans parvenir à s’entendre sur une méthode précise et partagée, les laboratoires avançant chacun de son côté sans jamais mettre en commun leurs travaux.
"Le paradoxe c’est que tous les grands de l'industrie utilisent les tests in vitro depuis des années et ils ont amélioré les méthodes. Le problème c’est que toutes les avancées qu'il y a eu au niveau des tests ont plus été le fruit de laboratoires particuliers comme le mien que le résultat de ring-tests (essais circulaires comparatifs ou inter laboratoires, ndlr), de travaux en commun, dans des comités nationaux, internationaux, européens", regrette Dominique Lutz.
Les enjeux de santé publique font la différence
C’est alors que Dominique Lutz a pris le problème en main, dans les années 90. "A l’époque, j’avais la profession contre moi. On me prenait pour un professeur Tournesol !", se souvient-il, tout en précisant qu’il apprécie le sobriquet.
Mais le vent a finalement tourné en sa faveur au milieu des années 2000 lorsque les autorités sanitaires européennes ont vraiment pris conscience que la protection solaire était un véritable problème de santé publique. "Les gens s’exposent au soleil, et les cancers de la peau explosent. Les autorités sanitaires ont pris le problème à bras le corps et se sont rendues compte qu'il fallait mettre en place une méthode éthique et pratique qui donne une réponse globale", explique le fondateur d’Hélioscreen.
Dominique Lutz collabore donc avec la Commission européenne afin d’élaborer une législation commune qui voit le jour en 2006.
"En 2006, l'Europe a véritablement poussé les industriels à aller vers des méthodes in vitro dès que c'était possible. Il y a eu un vrai basculement, et à ce moment là les industriels ont changé d'attitude et ont commencé à 'mieux travailler'", se souvient Lutz.
"Aujourd’hui, l'Europe est le continent le plus organisé et le plus clair sur les normes relatives à la protection solaire, et il sert de modèle dans les pays où il n'y a pas vraiment de législation à ce sujet".
Le test in vitro permet d’atteindre un niveau de précision et de régularité dans la méthode tel, que son uniformisation au niveau mondial n’est plus qu’une question de temps, selon Dominique Lutz qui espère que le besoin de spécialisation provoquera un "écrémage" au sein des laboratoires travaillant sur le test in vitro. "D’ici 2 à 3 ans, il faudra tout un environnement pour les tests in vitro comme la plupart des méthodes analytiques. Donc n’importe qui ne pourra plus faire de tests. Les laboratoires devront se spécialiser. Le test in vitro vaudra plus cher demain qu’aujourd’hui. C’est une bonne chose, cela permet d’écrémer".
Le "Professeur Tournesol" des années 90 s’est donc finalement fait entendre, et cela semble bien lui réussir. Après avoir acquis à sa cause les autorités et les industriels, il ne reste plus que le consommateur. "La vraie problématique des années à venir ça va être de faire comprendre au public que les méthodes dites in vivo et le FPS qu'ils avaient sur leur packaging, n'étaient peut-être pas si valables que cela".
Camille Gazeau (http://www.lepetitjournal.com/bangkok) mardi 29 octobre 2013
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