POLITIQUE - 2010 : une année de tous les dangers pour Abhisit et pour la Thaïlande

Par Arnaud Dubus | Publié le 12/01/2010 à 01:00 | Mis à jour le 01/05/2019 à 06:20
Photo : (Photo Jean-Louis Duzert)
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2010, année du tigre, annonce de nouvelles turbulences politiques, quatre ans après le début de la crise qui divise le royaume. Alors que certains des maux attribués à Thaksin Shinawatra semblent avoir empiré depuis son éviction du pouvoir en 2006, la coalition se fragilise, les rouges s'organisent et les passions s'affichent de plus en plus fortes

Le Premier ministre thaïlandais Abhisit Vejjajiva entame la seconde année de son mandat sous un ciel chargé de nuages. La coalition gouvernementale, laquelle avait gardé sa cohésion en 2009 même au cours des émeutes des chemises rouges - les partisans de l'ancien Premier ministre Thaksin Shinawatra - en avril, se fissure. Les scandales de corruption impliquant des ministres du gouvernement s'accumulent. Les chemises rouges annoncent une nouvelle campagne de manifestations avec pour objectif de renverser le gouvernement. De son exil à Dubai, ou de sa nouvelle résidence de Phnom Penh, Thaksin semble plus décidé que jamais à attiser le jeu politique pour déstabiliser le gouvernement. Il faut y ajouter l'imprévisible Premier ministre cambodgien Hun Sen, dont l'un des objectifs diplomatique est un changement de régime en Thaïlande.

Les chemises rouges affutent leurs armes

La thématique de la réconciliation, qu'Abhisit avait lourdement mise en avant après les émeutes d'avril, ne semble plus de mise. L'annonce, peut-être un peu rapide, par une journaliste du Bangkok Post que le général Surayud Chulanont, membre du Conseil privé du roi, pourrait jouer un rôle de médiateur entre Thaksin et le gouvernement, a provoqué de vives dénégations de l'intéressé. Des militaires actifs ou en retraite, partisans de la ligne dure, comme les généraux Panlop Pinmanee et Katthiya Sawasdiphol, ont apporté leur soutien et leurs redoutables compétences aux chemises rouges. Lors des derniers rassemblements, celles-ci sont apparues mieux organisées. Des ?écoles de leadership? ont été mises en place pour former des milliers de militants aux techniques de manifestations. La composition des chemises rouges est aussi plus diversifiée : beaucoup de Bangkokois, qui défendent avec conviction et clarté leur engagement, se mêlent désormais aux provinciaux amenés par autocars du Nord et du Nord-Est.

Thaksin veut regagner ses millions

La polarisation entre les deux camps s'est clairement accentuée, si l'on en croit les messages extrêmement agressifs inscrits sur les tee-shirts et les bandanas des manifestants. Ces signes tendent à indiquer que l'on pourrait s'orienter vers une confrontation. L'un des événements clefs de 2010 sera le verdict de la Cour suprême concernant la saisie des 76 milliards de bahts de la famille de Thaksin, gelés depuis 2007. La Cour doit examiner si Thaksin et son ex-épouse Khunying Pojaman détenaient illégalement des parts dans Shin Corp et si ce conglomérat a bénéficié de la politique du gouvernement Thaksin en matière de télécommunications. Un rapport effectué par le Thailand Development Research Institute à la demande du tribunal répond affirmativement au second point, ce qui incite à penser que le jugement sera défavorable à l'ancien Premier ministre. Thaksin, dont le principal objectif est de récupérer sa fortune, jetera toutes ses forces dans la bataille s'il est de nouveau condamné.

D'ici là, les vives tensions au sein de la coalition gouvernementale pourraient aboutir à une dissolution de la chambre basse du parlement et à des nouvelles élections, mais, si tel est le cas, ce cinquième scrutin national en cinq ans ne devrait pas plus permettre que les précédents de résoudre le problème de fond : la vision radicalement différente de deux groupes importants de la société sur ce que devrait être l'avenir de leur pays.

Arnaud DUBUS (http://www.lepetitjournal.com/bangkok.html) mardi 12 janvier 2010

Une corruption toujours aussi présente

La corruption a légèrement empiré depuis le coup d'Etat de 2006 et l'arrivée d'Abhisit Vejjajiva au pouvoir, ont révélé plusieurs enquêtes au cours de l'année passée. Dans son dernier rapport, Transparency International a classé la Thaïlande 84ème sur le baromètre annuel mondial de la corruption, avec un score de 3,4. Un résultat qui démontre selon l'organisation que la communauté d'affaire et les analystes internationaux perçoivent le royaume comme plus corrompu qu'auparavant, avec un bilan qui s'est légèrement dégradé depuis les années Thaksin. La Thaïlande était en effet placée 63ème avec un score de 3,6 en 2006, année du coup d'Etat. De plus, les cas d'abus de pouvoirs, surtout chez les policiers, ainsi que la corruption relaté aux projets d'Etat de fixation des dépenses et d'obtention de marchés ont augmenté, a révélé un séminaire fin décembre à Bangkok. En 2009, 2.933 plaintes ont été remplies à l'encontre de policiers accusés de malversations et abus de pouvoir, 2.000 autres cas concernent des autorités administratives locales et 542 sont liées à des irrégularités. Il y a par ailleurs 132 plaintes contre des administrateurs de Bangkok, a révélé sur The Nation Vicha Mahakhun, membre de la Commission nationale anti-corruption. Ce dernier a exprimé ses inquiétudes par rapport à ces résultats, qui deviennent selon lui un problème majeur.

Q.W. (http://www.lepetitjournal.com/bangkok.html) mardi 12 janvier 2010

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