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Les manifestants ont le vent en poupe après les émeutes

Par Lepetitjournal.com Bangkok avec AFP | Publié le 10/10/2008 à 02:00 | Mis à jour le 02/08/2019 à 07:16
Photo : Les manifestants de l'APD, qui occupent depuis un mois et demi le siège du gouvernement, sont de mieux en mieux installés et se disent bien décidés à ne lever le camp que lorsque la clique Thaksinienne aura capitulé (Photo LPJ Bangkok.com)
scene manif thailande

L'Alliance du Peuple pour la Démocratie pourrait bien avoir encore une fois raison d'un gouvernement élu. Miné par une justice à deux vitesses et abandonné à son propre sort par les militaires face à un mouvement contestataire toujours plus envahissant, l'appareil gouvernemental thaïlandais s'épuise et voit sa marge de manoeuvre se réduire

Le gouvernement thaïlandais s'est retrouvé paralysé par un mouvement de contestation qui a pris une tournure violente cette semaine, l'armée refusant de faire le "sale boulot"et d'influentes personnalités prenant fait et cause pour les opposants, selon des analystes.
Depuis que l'Alliance du peuple pour la démocratie (APD) a lancé sa campagne fin mai pour faire tomber le gouvernement élu, ses dirigeants ont réussi à perturber deux organes-clef de l'Etat: les bureaux du Premier ministre et le Parlement.

Le gouvernement déstabilisé et isolé

Des diplomates étrangers se plaignent aussi des difficultés à établir des relations stables avec Bangkok, après la démission le 9 septembre du Premier ministre Samak Sundaravej, puis la déstabilisation de son successeur, Somchai Wongsawat, par des affrontements entre policiers et manifestants ayant fait deux morts et 478 blessés mardi.

Le siège du gouvernement est occupé depuis le 26 août par l'APD et l'équipe de Somchai s'est réinstallée dans un terminal désaffecté de l'aéroport de Don Muang.
"Le gouvernement apparaît faible et titube de crise en crise", relève Giles Ji Ungpakorn, universitaire de gauche et auteur d'un livre sur le coup d'Etat de septembre 2006 (A Coup For The Rich) ayant renversé l'ancien homme fort de la Thaïlande, Thaksin Shinawatra.

"Si une telle situation se produisait à Londres ou Paris, l'APD aurait été brisée et (ses dirigeants) mis en prison", ajoute-t-il. L'APD est "un mouvement réactionnaire qui a le soutien de personnalités des élites traditionnelles (de Bangkok), par exemple (des éléments dans) l'armée et des hauts fonctionnaires. C'est pour cette raison qu'elle s'en sort".

Coup d'état judiciaire

"C'est un vrai coup d'état judiciaire qui est engagé contre le gouvernement depuis plusieurs mois", estime un juriste français, faisant référence à une série de décisions de justice contrastées entre des affaires concernant des membres du gouvernement ou l'entourage de Thaksin Shinawatra, et celles visant leurs opposants.
Jeudi, la Cour d'Appel de Thaïlande a ordonné l'abandon des poursuites pour "insurrection"contre les neuf principaux responsables de l'APD (voir notre brève La justice accorde sa clémence aux leaders antigouvernementaux).

Par ailleurs, quarante sénateurs ont saisi une cour administrative pour empêcher la police de recourir à la force. "L'APD ne coure plus après des individus, note Thitinan Pongsudhirak, analyste de l'université Chulalongkorn de Bangkok, elle est désormais contre le système".

Michael Nelson, qui enseigne les sciences politiques dans la même université, note que les médias thaïlandais évoquent trois possibles sorties de crise: un nouveau putsch, la démission de Somchai ou la dissolution du Parlement.

"Il est difficile d'imaginer comment le gouvernement pourra faire partir l'APD de son siège sans l'aide de l'armée", dit M. Nelson.

Le général Anupong a redit jeudi qu'il n'avait aucunement l'intention de fomenter un coup d'Etat. Mais "c'est au gouvernement de décider ce qu'il doit faire s'il ne peut contenir la situation", a-t-il prévenu.

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