Au cours de la semaine, le truculent ministre de l'Intérieur thaïlandais Charlerm Yubamrung s'est à nouveau distingué avec ses déclarations colorées et révélations fracassantes qui résistent mal au verdict des faits. Mardi il prévenait d'une attaque visant le consulat américain de Chiang Mai. Les terroristes évidemment islamistes, mais prétendument financés par des barons de la drogue birmans en butte à l'action de l'antenne locale de la Drug Enforcement Administration (DEA) ne se sont finalement pas manifestés. Il en fallait plus pour décontenancer notre fanfaron convaincu d'avoir jugulé la menace en tirant la sonnette d'alarme. L'homme a au moins le mérite d'animer une scène politique locale empêtrée dans les conventions de langage et autres pudeurs précautionneuses. Il pourrait même rentrer dans la postérité pour ses "Chalerminades" désormais fameuses, car aucune pente n'est trop rude pour notre vaillant ministre de l'Intérieur siamois. Alors que le respecté Anand Panyarachun présidait à la rédaction de la Constitution de 1997, Chalerm n'avait pas hésité à qualifier l'ex Premier ministre de "sadique", "hystérique" en promettant de "mener une croisade" contre ce texte qui allait miner le pouvoir des traditionnels barons locaux. (Nation 14.05.1997). En 2011, Chalerm met ses talents d'orateur au service d'une autre révélation en affirmant connaître les assassins du général Khattiya Sawasdiphol abattu au cours de la répression des manifestations de mai 2010 à Bangkok. "Je répète que ce sont des policiers et je poursuis l'enquête". Selon lui ce même groupe est aussi responsable d'un attentat à la bombe perpétré devant les locaux de la loterie nationale. Malgré la ténacité de notre super flic, les arrestations tardent toujours à se matérialiser. Pour autant, l'homme est touchant quand il prend la défense de ses subordonnés gaffeurs vilipendés pour avoir sollicité des donations à l'occasion du Nouvel An chinois. En revanche il est inquiétant quand il menace de rééditer la guerre contre la drogue initiée en dehors des procédures légales par le gouvernement de Thaksin Shinawatra "même si cela doit provoquer la mort de 4000 personnes".
E.D. vendredi 15 février 2013








