Le blues des défenseurs thaïlandais de la prohibition

Par Eric DESEUT | Publié le 15/04/2013 à 22:00 | Mis à jour le 06/03/2019 à 04:21

Les nombreux accrocs aux interdictions ciblées de vente d'alcool pendant le Nouvel An thaïlandais s'inscrivent dans une culture qui érige l'art du compromis en contrat social.

Durant les festivités de Songkran, la vente d'alcool était bannie dans le fameux quartier de Khao San à Bangkok comme le long de la rue Khao Niew à Khon Kaen ou autour de la vieille ville de Chiang Mai.

Cela n'a pas empêché les vendeurs arborant fièrement les logos des marques populaires dans le royaume d'opérer au vu et au su des inspecteurs chargés de faire respecter les règles. Dans le secteur de Khao San ceux-ci ont même été menacés par six hommes vêtus de tee-shirts à l'emblème d'une célèbre marque de bière. Leur supérieur hiérarchique exprime son dépit dans le Bangkok Post. "Les camions d'approvisionnement d'un fournisseur de boissons alcoolisées étaient stationnés à proximité pour permettre des ventes en gros", soupire le docteur Samarn Futrakul, dont le service opère sous l'égide du ministère de la Santé.

Vendeurs, kiosques et camions d'approvisionnement ont finalement plié bagage quand les inspecteurs sanitaires ont appelé la police en renfort. Selon le docteur Samarn, ces faits illustrent la difficulté de faire respecter la législation encadrant la consommation d'alcool compte tenu des énormes intérêts financiers en jeu.

Pour l'éditorialiste Voranai Vanijaka, ces résistances s'inscrivent dans une culture thaïlandaise de la débrouille et des passe-droits qui hypothèque la marche du progrès. Les nombreuses entorses à la prohibition d'alcool, pourtant limitée à certaines zones durant le Nouvel An thaïlandais, relèvent d'un art du compromis érigé en contrat social.

Ces coups de canif à la loi vont du casque régulièrement oublié par les motocyclistes au feu rouge éludé par l'automobiliste pressé en passant par l'escalier de secours dont le propriétaire de boite de nuit a trouvé commode de faire l'économie. "Tout devient matière à négociation et marchandage en s'appuyant sur des relations et sur l'argent", écrit Voranai. "Il n'est pas étonnant que certains s'arrogent le droit de lancer leurs chars d'assaut dans les rues, et que d'autres envahissent le parlement ou occupent aéroports et quartiers commerçants".

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