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ENTRETIEN - Buranaj Smutharaks: "La crainte que les militaires s'accrochent au pouvoir est dissipée"

Par Pierre QUEFFELEC | Publié le 09/11/2006 à 00:00 | Mis à jour le 13/03/2019 à 05:51

L'ancien député du Parti Démocrate, Buranaj Smutharaks, livre son point de vue sur la situation deux mois après le coup d'état. 

Selon lui, même si les militaires ont montrédes signes rassurants, ils doivent encore "prouver la légitimitéde leur prise de pouvoir". Il estime que la levée de la loi martiale est proche, mais "il faudra attendre certainement plus d'un an encore"pour les prochaines élections

LPJ - Que pensez-vous de la situation actuelle, presque deux mois après le coup d'état, les politiciens sont toujours tenus àl'écart ?
Buranaj Smutharaks - Nous sommes encore dans une période de transition, cela fait deux semaines seulement que le parlement est opérationnel. Il faut leur laisser plus de temps. En tout cas, la crainte que les militaires s'accrochent au pouvoir comme en 1992 s'est dissipée. Ils ont montrédes signes rassurants. Néanmoins, il leur reste àprouver la légitimitéde la prise de pouvoir. C'est la prioritéaujourd'hui. Le principal défi est de rassembler les preuves compromettantes pour transmettre les dossiers aux tribunaux. C'est une tâche très difficile, mais j'ai confiance dans les personnes et les tribunaux qui ont étéchargées de cette tâche. De plus, il n'y a plus comme auparavant de risques d'interférences...

 

LPJ - Que pensez-vous des hésitations de la commission anti-corruption ?
BS - Ils ont un travail difficile àaccomplir, d'autant que la procédure se doit d'être transparente. Ils ont tirédes leçons de 1992 oùle processus avait pêchésur ce point et avait échoué.
Cela dit, les cas de corruption ne sont pas les seuls àpouvoir compromettre le précédent gouvernement. Dans les cas de violations des droits de l'homme, il y a, au-delàde la seule nécessitéde prouver la légitimitédu coup d'état, celle pour les victimes et leurs proches de voir enfin la véritééclater au grand jour et la justice rendue. Régler ce type d'affaires soulagera beaucoup de monde et contribuera grandement àla réconciliation nationale tout en permettant de prouver les conflits d'intérêts qui ont minéles 5 ans de gouvernance de l'équipe Shinawatra. De ce point de vue, le cas de Somchai Neelaphaijit est l'affaire la plus déterminante àmon sens.

 

LPJ - Que pensez-vous de la politique menée par le gouvernement ?
BS -
Le gouvernement n'aurait pas dû modifier arbitrairement les lois sans que les propositions soient préalablement votées au Parlement, surtout celles impliquant les droits de l'homme. Je suis particulièrement critique sur ce point. Il est clair que le pays doit continuer àavancer pendant la transition, il y a donc un certain nombre de décisions àprendre. Mais il y a des domaines qui ne nécessitent pas d'action immédiate ou au moins requièrent certaines précautions. En matière de politique sociale et de santépar exemple, le gouvernement a fait passer des lois qui vont certes dans le sens de la politique sociale inspirée par le roi, mais qui auraient pu attendre de passer au Parlement avant d'être annoncées. Non seulement ce gouvernement n'est pas un gouvernement élu, mais en plus, il décide et met en vigueur des lois avant que le parlement ne soit formé. Cela crée une certaine confusion.

 

LPJ - Que pensez-vous du processus de retour àla Démocratie ?
BS -
Nous comprenons que la levée de la loi martiale soit difficile tant que les mouvements criminels localisés dans le Nord et Nord-Est du pays constituent une menace pour la stabilitépolitique du pays : ils brûlent des écoles ! Néanmoins, il faut que les gens puissent exprimer librement leurs idées politiques. Cela pour deux principales raisons : la première est que cela permet d'éviter la montée des extrémismes, et ensuite cela constitue un feed-back indispensable au gouvernement sur les décisions qu'il prend. Nous pensons que le CNS va lever la loi martiale avant l'anniversaire du roi. Pour ce qui est des prochaines élections, il faudra attendre certainement plus d'un an encore.


LPJ - Vous ne craignez pas que Thaksin revienne dès la levée de la loi martiale ou peut-être même avant ?
BS -
Je pense que Thaksin doit être libre de revenir pour se défendre le cas échéant. Et puis de l'extérieur, il peut contrôler ses troupes et éventuellement semer le trouble sans que l'on puisse l'arrêter…

 

Propos recueillis par Pierre Queffélec 9 novembre 2006

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Pierre QUEFFELEC

Originaire du sud de la France, il fait ses premières armes dans le journalisme avec la Nouvelle République des Pyrénées en 1996. Arrivé en Thaïlande en 2004, il est en charge des opérations du bureau de Bangkok depuis janvier 2006.
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