DEBAT DE CENSURE – Corruption, lèse-majesté et droits de l'homme avant le vote de défiance

Par Lepetitjournal.com Bangkok avec AFP | Publié le 02/06/2010 à 00:00 | Mis à jour le 06/01/2020 à 14:57
Photo : Durant les deux jours du débat de censure, le gouvernement a fait face à de nombreuses attaques de la part de l'opposition, en particulier sur la gestion de la crise politique et la réponse armée contre les manifestants anti-gouvernementaux (Photo LPJ Ban
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Le Parlement a entamé hier sa deuxième et dernière journée du débat de censure, qui devrait se conclure ce matin par un vote de défiance. De nombreuses affaires, notamment de corruption, ont pu être évoquées, impliquant plusieurs ministres actuellement en poste. Mais à part une grande surprise, l'administration Abhisit devrait rester en place grâce au soutien de sa coalition majoritaire au Parlement

En l'espace de deux jours, les députés parlementaires ont passé près de 33 heures à débattre et à s'affronter sur des affaires présumées de corruption impliquant plusieurs ministres, la gestion de la crise politique par le gouvernement et l'assaut militaire contre les manifestants anti-gouvernementaux au carrefour Ratchaprasong.

Hier après-midi, le Président du parti d'opposition Puea Thai, Chalerm Yubamrung, a fait une entrée remarquée et a attaqué cinq ministres durant un discours qui aura duré près de deux heures. Il a premièrement accusé le ministre des Transports, Sohpon Zarum, de corruption sur l'enchère qui concernait la construction de la ligne violette du MRT (Bang Sue-Bang Yai) au bénéfice des compagnies Sino-Thai Engineering and Construction et Ch Karnchang. La première a été fondée par le ministre de l'Intérieur, Chavarat Charnvirakul, tandis que la deuxième appartient à la famille de ce dernier. Selon Chalerm, cette affaire de corruption présumée aurait entrainé une dépense supplémentaire de 6 milliards de bahts.

Il a ensuite attaqué le ministre des Affaires étrangères, Kasit Piromya, pour avoir offensé la monarchie en évoquant l'idée d'une réforme de l'institution vénérée, demandant une plus grande implication de la royauté dans les problèmes politiques, lors d'un discours à l'université américaine de Johns Hopkins, le 12 avril dernier. Selon la constitution thaïlandaise, l'institution royale se situe au dessus des affaires politiques, et toute offense envers la monarchie est passible de 15 ans de prison. Kasit a répondu que son intervention visait à protéger la monarchie "depuis que des informations faussées et blessantes ont été répandues sur Internet en 2009". Ce sont ensuite le Vice-premier ministre Suthep Thaugsuban et Abhisit Vejjajiva qui ont été fortement critiqués par le président du Puea Thai pour leur gestion de la crise ces deux derniers mois, qui a fait 89 morts et près de 2.000 blessés, dont une très grande majorité de civils.

Les militaires accusés d'avoir tué les six personnes retrouvées au temple

Lundi, le débat avait déjà porté sur la gestion par le gouvernement de la crise, et en particulier sur les six personnes tuées le 19 mai lorsque les troupes militaires se sont déplacées pour reprendre le carrefour Ratchaprasong. Les corps des personnes décédées avaient été retrouvés dans le temple de Wat Pathumwanaram, pourtant déclaré zone sécurisée pour les manifestants qui attendaient une évacuation.

L'un des députés de l'opposition, Anudit Nakhonthap, a alors montré une photo où l'on voit des soldats postés sur les rails du BTS en face du temple et qui auraient, selon lui, abattu les six personnes. Suthep Thaugsuban, visiblement en colère, a répondu que les photos avaient été prises le lendemain, lorsque les troupes militaires s'étaient déplacées pour protéger les pompiers. Ces derniers avaient été préalablement interdits de rejoindre les bâtiments en feu pour des raisons de sécurité, et l'absence d'eau dans le quartier. "Le 19 mai, les troupes n'ont pu rejoindre que la station BTS de Ratchadamri à l'intersection de Salasin", a-t-il déclaré, avant d'ajouter que des terroristes tiraient alors sur les troupes, les empêchant d'avancer plus loin. Néanmoins, Suthep a défendu sa position en expliquant qu'il ne faisait que rapporter ce que lui avaient dit les forces de sécurité, dans son rôle de Directeur du Centre de résolution des situations d'urgence (CRES).

Par ailleurs, après que des vidéos des violences dans les rues de Bangkok ont de nouveau été montrées hier au Parlement, Suthep Thaugsuban a fortement rejeté les accusations de l'opposition. "Durant les deux derniers jours votre objectif a été de faire croire aux gens que le Premier ministre et moi avons ordonné aux militaires de tuer des personnes. Vos allégations sont extrêmement injustes envers ces soldats". Lundi soir, vers 23h, le Vice-premier ministre avait choqué l'opposition en déclarant : "Nous n'avons pas perdu tant de monde que ça", en référence aux victimes des deux mois de manifestation.

Abhisit promet une enquête sur les violences

Le Premier ministre a quant à lui déclaré hier qu'il accepterait les résultats d'une enquête indépendante sur l'opération militaire initiée contre les manifestants anti-gouvernementaux. "Quels que soient les résultats de l'enquête, le Vice-premier ministre et moi sommes prêts à l'accepter". Il a ajouté que le gouvernement n'interférerait pas avec l'enquête, bien que cette dernière n'a pas encore démarré. Jatuporn Prompan, un des leaders des Chemises rouges et membre de l'opposition au Parlement, a d'ores et déjà exhorté le Premier ministre et Suthep Thaugsuban d'entrer dans le processus judiciaire. "Je ne m'attends à aucun changement [après le débat parlementaire] mais je veux que les gens entendent les faits. C'est ensuite au Premier ministre et au Vice-premier ministre de décider de ce qu'ils feront", a-t-il déclaré lundi soir.

La haut commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme, Navi Pillay, avait appelé dans la même journée à ce qu'une enquête indépendante soit mise en place. "Afin d'assurer sur le long terme la réconciliation politique, je conseille au gouvernement d'assurer qu'une enquête indépendante sera conduite sur les récents évènements, et que tous ceux responsables de violation des droits de l'homme rendent des comptes", avait-elle déclaré.

Navi Pillay a néanmoins admis que le gouvernement avait essayé de résoudre le conflit et que les autorités avaient la responsabilité de rétablir l'ordre. "Ce faisant, toutefois, ils doivent respecter les normes internationales concernant l'utilisation de la force et le respect des personnes détenues".

Malgré le débat de censure, le Premier ministre devrait probablement rester au pouvoir grâce à la coalition de partis majoritaire au sein du Parlement.

"Le débat de censure a une conclusion couru d'avance. Le gouvernement va survivre. Abhisit va survivre", avait réagi Thitinan Pongsudhirak, expert politique à l'université de Chulalongkorn.

 avec AFP mercredi 2 juin 2010

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