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CRISE POLITIQUE THAILANDE – Vers quoi se dirige-t-on?

Par Lepetitjournal.com Bangkok avec AFP | Publié le 16/01/2014 à 23:00 | Mis à jour le 21/05/2020 à 04:04
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La crise politique en Thaïlande est entrée dans une nouvelle phase critique depuis lundi. Les manifestants qui avaient annoncé la paralysie de Bangkok peinent à tenir leurs objectifs. Face à la stratégie d'évitement de la Première ministre pour limiter les violences, les protestataires ont du mal à déclencher le chaos qui légitimerait un coup d'Etat. Néanmoins, les craintes d'un coup prédominent, soit-il militaire ou judiciaire

Le risque d'une intervention militaire menace constamment la Thaïlande, qui a connu 18 coups d'État ou tentatives depuis 1932.
Nombres d'analystes estiment que pour les militaires un coup d'Etat est l'ultime recours. Cela en raison notamment du risque très important d'un soulèvement par les Chemises rouges et aussi de la réaction de la communauté internationale avec les conséquences que cela pourrait avoir sur l'économie du royaume ainsi que sur les intérêts directs des militaires. Cela n'exclut pas en tout cas qu'une fois toutes les alternatives épuisées, cela se produise. De même, si les manifestants parvenaient à déclencher une répression violente de la part des autorités ou des affrontements avec leurs rivaux Chemises rouges, cela donnerait aux militaires une certaine légitimité pour intervenir et mettre fin au conflit. Une recrudescence d'attaques nocturnes par balles ou à l'explosif, comme celles survenues mardi soir sur la maison d'Abhisit Vejjajiva et jeudi soir sur celle du gouverneur Sukhumband Paribatra, pourrait également y contribuer. Le chef de l'armée ? favorable au mouvement anti-Thaksin ? a d'ailleurs à plusieurs reprises refusé d'écarter l'éventualité d'un coup d'Etat. Et des mouvements de troupes vers Bangkok ont été observés ces derniers jours, soi-disant pour une parade militaire prévu le 18, mais qui laissent tout de même planer le doute.

Coup d'Etat judiciaire ?

Les cours de justice ont elles aussi tendance à intervenir dans la politique, à faire et défaire des gouvernements, dissoudre des partis et bannir leurs politiciens. Selon la Constitution thaïlandaise en vigueur, la Cour Constitutionnelle peut ordonner la dissolution d'un parti politique dès lors qu'un de ses membres fait l'objet d'une condamnation. Un jugement accéléré par la Cour Constitutionnelle avait ainsi conduit fin 2008 à la dissolution du gouvernement dirigé alors par le beau-frère de Thaksin, à la faveur du Parti Démocrate. Ce jugement, qui s'était passé de plusieurs audiences de témoins prévus dans la procédure, avait été qualifié de "coup d'Etat judiciaire". Le prédécesseur de Somchai, Samak Sundaravej, avait été, lui, évincé quelques mois plus tôt par la justice pour avoir participé à une émission culinaire télévisée. Ce genre de scénario semble aujourd'hui fort probable d'autant que la justice s'est montrée très active depuis quelques semaines à l'encontre du camp Shinawatra.

La Commission anti-corruption a notamment annoncé la semaine dernière une mise en accusation de 308 députés et sénateurs dont environ 220 membres du parti de Yingluck pour un projet de loi ? rejeté par la Cour Constitutionnelle ? qui était destiné à réformer le Sénat pour en faire une assemblée entièrement élue. S'ils sont reconnus coupables ils risquent d'être interdits de politique durant cinq ans, ce qui minerait les perspectives de Yingluck de former un nouveau gouvernement. Le vote en novembre d'un texte de loi autorisant le gouvernement à emprunter 2.000 milliards de bahts pour financer une série de projets d'infrastructures et de modernisation des transports a également fait l'objet de recours en justice de la part de l'opposition. Le gouvernement fait aussi face à des allégations de corruption dans son programme de subvention du riz qui pourrait potentiellement être utilisé pour mettre en accusation la Première ministre.

Même si une décision de justice aurait meilleure allure qu'une intervention militaire, il est fort probable que la simple chute de Yingluck au profit de l'opposition déclenche l'ire des Chemises rouges, ce qui nous plongerait dans un scenario violent menant inévitablement à une intervention de l'armée.

La démocratie marche sur des oeufs

Pour l'heure, Yingluck ? et son frère, si l'on en croit Asia Sentinel - persiste à vouloir maintenir la tenue des élections au 2 février et à croire à une issue par les urnes. Mais beaucoup doutent que le scrutin ait lieu. En tout cas pour l'heure, avec huit provinces du Sud qui n'ont pas encore pu enregistrer leurs candidats en raison du siège des bureaux par les manifestants, la chambre basse du Parlement n'atteint pas le quorum pour nommer le Premier ministre à l'issue du scrutin.

Si toutefois des élections se tenaient, le parti Puea Thai sortirait très certainement gagnant, ce qui retirerait encore plus de légitimité aux manifestants. Cela pourrait avoir comme effet de faire douter les très haut placés bailleurs de fonds du mouvement qui se retireraient du jeu en sauvant la face moyennant quelques compromis, pour attendre une prochaine opportunité. Le journal Asia Sentinel rapportait mercredi que le Puea Thai estimait que le mouvement anti-Thaksin devait coûter à ses argentiers environ un million de dollars par jour.

Cela dit, il est aussi possible que les anti-Thaksin persistent à ne pas reconnaitre le résultat des élections, et qu'ils dénoncent des fraudes ou des vices de forme, comme c'est souvent le cas, suscitant une décision de justice qui invaliderait le scrutin, ce qui relancerait le mouvement de protestation et entrainerait probablement l'entrée dans l'arène des militants pro-gouvernementaux qui sont déjà actuellement extrêmement tendus. Un tel scénario signifierait une confrontation violente entre les deux mouvements, ce qui justifierait une intervention de l'armée.

P.Q. et L.B. avec AFP vendredi 17 janvier 2014
 

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