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LEGISLATIVES 2017 - Michel Calvet: “Quand on a perdu on se tait et on s’en va"

Par Lepetitjournal Bangkok | Publié le 15/06/2017 à 22:00 | Mis à jour le 08/02/2018 à 14:02

Après avoir oeuvré trois années comme conseiller consulaire élu sous la bannière UMP-Les Républicains, Michel Calvet se prépare à présenter sa démission lundi matin, à la suite de la victoire très probable de la candidate LREM Anne Genetet face au député LR sortant Thierry Mariani. Dans un entretien avec lepetitjournal.com, il explique que son choix est lié à sa vision du poste de conseiller consulaire, "courroie de transmission" entre les Français de l’étranger et les pouvoirs publics, et dont l’efficacité dépend selon lui de la relation étroite, et donc politique, avec le député.

LEPETITJOURNAL.COM : Pouvez-vous partager vos commentaires sur le résultat du premier tour avec notamment l’écart impressionnant entre Anne Genetet et Thierry Mariani ?

MICHEL CALVET : Je pense que la vague suscitée par l’élection du président de la république, Emmanuel Macron, s’est fait sentir à 100% et même à 120% sur la Thaïlande. Les Français de l’étranger ont privilégié le renouvellement de la classe politique en oubliant, à priori, la probité, puisque M. Ferrand sera réélu, en oubliant la fidélité en politique puisque M. Bruno Le Maire sera aussi réélu, et en oubliant le travail qui a été accompli sur place par notre député, Thierry Mariani, puisque, probablement, il ne sera pas réélu non plus.

Et sur le taux d’abstention ?

L’abstention n’a jamais été aussi faible sur les Français de l’étranger. Je pense qu’une grande partie des Français, en tout cas ceux qui votaient à droite, se disent "que faire contre la vague Macron? Pas grand-chose. Donc autant rester à la maison ou aller jouer au golf". Par contre les gens qui votaient à gauche et qui votent maintenant Macron, eux, se sont déplacés en masse pour soutenir la vague. Ca se respecte.

Vous êtes conseiller consulaire LR depuis 2014, pouvez-vous revenir sur le parcours effectué jusqu’ici en soulignant les principaux accomplissements réalisés selon vous ?

Tout d’abord, il est important de rappeler que les conseillers consulaires ont été élus en 2014 sur une liste politique. J’ai pour ma part été élu sur la liste UMP-Les Républicains. Nous avons eu 2 sièges sur 4, j’ai donc été élu sur une liste de droite avec le soutien inconditionnel dès le premier jour de Thierry Mariani

Nous avons d’ailleurs travaillé ensemble depuis 2014 et jusqu’à maintenant sur des sujets qui touchent, les Français de l’étranger à Bangkok, en Thaïlande, mais aussi dans la 11e circonscription, et vraisemblablement dans le monde aussi. Je pense notamment à l’amélioration des systèmes, du temps d’attente pour avoir des passeports, des documents, l’augmentation du personnel auprès des services consulaires, ça c’est important.

Nous avons beaucoup travaillé sur la CFE [Caisse des Français à l’étranger], même si ce qu'il en est ressorti est encore aujourd’hui un peu décrié. Mais vous savez les nouveaux systèmes sont toujours décriés au début et on s’aperçoit qu’ils étaient bons quand on les enlève. Je rappelle qu’il s’agit d’une expérience unique, à l’initiative de Marie-Laure [Peytel] et moi-même et soutenue à 100% par le député, qui va améliorer la qualité des soins des Français de l’étranger.

Nous avons aussi milité pour une CFE pour les jeunes, et nous avons finalement été entendus puisque la CFE jeune est sortie le 1er juin : aujourd’hui, les jeunes jusqu’à 30 ans peuvent s’assurer pour 49€ par mois ! Je trouve que c’est une grande avancée pour les Français de l’étranger et pour tous les résidents jeunes qui, pour beaucoup jusque là, n’avaient malheureusement pas d’assurance.

Il reste encore des chantiers à mener, je pense notamment aux complémentaires à la CFE. Il faut que les mutuelles jouent un jeu différent. Avec l’ancien système il y avait une certaine incertitude au niveau de la mutuelle. Aujourd’hui avec des barèmes plus carrés, il faut que les mutuelles revoient le tarif des complémentaires pour les Français à l’étranger. Et il faut que les pouvoirs publics fassent le forcing pour cela. Après avoir obtenu l’expérimentation [d’un nouveau modèle] CFE, la deuxième phase de notre démarche consiste à traiter ce sujet des assurances complémentaires pour les Français à l’étranger, c’est un vrai sujet.

Thierry Mariani a aussi avec nous beaucoup soutenu les initiatives d’école, avec les accréditations AEFE [Agence pour l'Enseignement Français à l’étranger]. On a sans cesse répété que les budgets des bourses étaient en baisse et je dois dire que malgré cela, nous nous en sommes plutôt bien sortis, et ce grâce aussi à une équipe consulaire remarquable. C’est important de le dire car on est rien sans les autres. Sans une équipe consulaire comme celle que l’on a aujourd’hui et sans un ambassadeur aussi concerné, les Français n’auraient pas tous ces résultats. Et derrière tout cela, le député Thierry Mariani a beaucoup oeuvré pour que cela se réalise. C’est une mayonnaise qui a plutôt bien pris sur la Thaïlande et, je pense même sur la 11e circonscription.

En quoi la présence d’un député est-elle déterminante selon vous pour accomplir cela ?

Le député est absolument indispensable au conseiller consulaire. Le conseiller consulaire c’est une courroie de transmission entre les problèmes qu’ont les Français, entre l’ambassade ou le consulat qui peut résoudre certains problèmes et le député qui peut résoudre le reste.

Un exemple : quand la Caisse de retraite de la région PACA n’a pas payé la retraite de monsieur X, ce n’est pas le consulat qui va s’en charger, c’est le député, avec son attaché parlementaire, qui va prendre son téléphone pour démêler l’affaire. Il y a donc un impact direct dans le travail, et cela a été réalisé des centaines de fois (parce que la retraite et le certificat de vie sont de vrais sujets pour les Français de l’étranger, pour nous en tout cas en Thaïlande car nous avons une forte proportion de retraités). C’est donc quelque chose de très important, et l’intervention du député a été maintes fois déterminante. Et c’est une intervention de tous les jours.

Thierry Mariani a toujours suivi tout ses dossiers, et je rappelle qu’il a toujours répondu à toutes les demandes de toutes les personnes. Il les a suivies. Quand il a fallu interpeler l’ambassadeur, il l’a fait, quand il a fallut interpeller le consul, il l’a fait, sur tous les dossiers sans exceptions.

Le conseiller consulaire n’a pas de hiérarchie, il est élu, mais travailler avec le député est important parce que c’est ce qui fait avancer les dossiers.

Le fort taux d’abstention pourrait remettre en question le député des Français de l’étranger. S’il devait disparaitre, que cela signifierait-il selon vous pour les conseillers consulaires ?

A mon avis, si Emmanuel Macron, Président de la République, décide de revoir le nombre de députés qui siègent à l’assemblée je pense que les premiers qui doivent disparaitre, qui méritent de disparaitre, ce sont ceux des Français de l’étranger.

Quand on a un taux d’abstention qui frôle les 80% on est en droit de se demander, pour reprendre une formule qui n’est pas de moi, "si les Français à l’étranger méritent un député". A mon sens non. Pas par convictions personnelles mais quand on voit les chiffres de l’abstention on a malheureusement pas d’autres arguments à trouver que de dire qu’il vaut mieux les supprimer.

Mais supprimer les députés des Français de l’étranger rendrait de fait obsolète le rôle des conseillers consulaires. La définition du poste de conseiller consulaire a été bâclée quand ce dernier a été mis en place par le gouvernement de M. Hollande. Cela a été fait ainsi à des fins politiques: les conseillers consulaires sont les grands électeurs des sénateurs et ils n’ont aucun pouvoir législatif, n’ont aucun système d’influence.

Je pense que leur seule vraie mission est d’être la courroie de transmission entre le législatif à Paris, via un député sur place, mais aussi législateur pour les Français de l’étranger à l’Assemblée Nationale. Je pense que c’est son rôle premier. Mais si il n’a plus de député, dans l’état actuel et la définition de son poste je pense qu’il ne sert à rien.

Il servirait tout au mieux de punching-ball entre une autorité d’ambassade et les Français de l’étranger. Donc à quoi ça sert, quand on est sur place et qu’on a le consulat ou l’ambassade à porté de main, d’avoir un conseiller consulaire sans député?

Que faudrait-il pour améliorer l’action des conseillers consulaires, certains candidats comme Anne Genetet estiment par exemple nécessaire d’accroitre le lien de proximité ?

Quand on veut accroitre le lien de proximité et que l’on demande à un conseiller consulaire de s’occuper de 13.000 enregistrés -sachant qu’il y a en réalité 40.000 Français estimés en Thaïlande- qu’on lui demande de couvrir Thaïlande et Birmanie, d’aller à Phuket, à Chang Mai, etc. et qu’on lui donne environ 300€ par mois de dédommagement pour assumer ça, on est proche du bénévolat.

Par conséquent, s’il doit y avoir revalorisation du poste, cela devrait se faire aussi via la prise en charge des frais. Je ne suis pas partisan de donner des allocations qui ne serviraient à rien –il est vrai que certains conseillers consulaires conservent l’allocation mensuelle sans jamais aller voir un seul Français- mais je pense que l’on pourrait au moins être remboursé sur nos frais réels.

Que cela se fasse sur présentation de facture et soit pris en charge par le consulat, ou par l’ambassade. Cela me parait quelque chose de raisonnable pour pouvoir au moins se déplacer et aller à la rencontre des gens sans devoir payer de sa poche.

Au-delà de ça, il y aura bien entendu toujours des choses à améliorer, des petits problèmes à résoudre, des cas sociaux compliqués, des questions qui ne remontent pas toujours aux ambassades. Et je trouve que même s’il y aura toujours des choses complémentaires à faire, l’administration s’est beaucoup améliorée depuis [la mise en place des conseillers consulaires et du député]. Et avec le réseau que l’on a tissé avec Marie-Laure sur toute la zone [Thaïlande et Birmanie] on a maintenant les informations qui remontent bien de tous les gens qui ont des problèmes et que l’on a canalisés.  

LIRE AUSSI: LEGISLATIVES 2017 - Anne Genetet: "La politique n’est pas un métier, c’est un engagement"

Si Anne Genetet était élue, ce qui est très probable, comment voyez-vous les choses du point de vue de votre rôle de conseiller consulaire, qu’est-ce que cela va changer?

Je pense déjà que Mme Genetet devrait avoir la victoire humble. Je ne la connais pas, et elle ne me connait pas. Et je pense que la majorité des Français à l’étranger ne la connaissent pas, ni ce qu’elle peut faire ou de quoi elle est capable.

Personnellement je n’en sais rien, la seule chose que je remarque c’est que Mme Genetet est venue trois jours à Bangkok et qu’elle aurait pu au moins demander à rencontrer les conseillers consulaires. Je n’ai pas eu cet honneur, cela ne me choque pas plus que ça, je crois que la politique reprend tout simplement ses droits. Peut-être que si j’avais été En Marche elle aurait demandé à me voir puisqu’elle a rencontré tous les anciens socialistes de Bangkok, ils ont été invités et elle les a vus. En tant que conseillers consulaires plutôt actifs avec Marie-Laure, ni l’un ni l’autre n’avons été invités à la rencontrer. Je pense que les conseillers consulaires, ce n’est pas sa priorité. Si ça l’avait été, elle s’en serait occupée avant.

Dans la ligne de ce que je viens de dire, je laisserai Mme Genetet choisir ses collaborateurs. Puisqu’il y a des comités En Marche dans la France entière et dans le monde entier, je pense qu’il y aura une foule de candidats pour Bangkok.

Je pense que le rôle de conseiller consulaire tel que je le voyais n’a plus de raison d’être. Je présenterai donc dès lundi à l’ambassadeur ma démission en tant que conseiller consulaire. Je présenterai aussi au parti Les Républicains ma démission de mon poste de délégué pour la Thaïlande, l’un et l’autre étant précédemment compatibles, ils ne le sont plus aujourd’hui, c’est pourquoi je me sépare des deux sans amertume ni regrets. Il faut savoir respecter le choix des électeurs, et quand on a perdu on se tait et on s’en va. Et puis je ne serai pas le Bruno Le Maire de la 11e circonscription.

Vous pensez donc que le conseiller consulaire et son député doivent être sur la même ligne politique pour être efficace ?

Par rapport à ce que je soulignais précédemment vis-à-vis du lien absolument indissociable et complémentaire entre le député et le conseiller consulaire, il me parait tout à fait logique que l’affinité politique entre eux soit synonyme d’efficacité.

C’est naturel, on pense les mêmes choses, on a les mêmes convictions, etc. Et à l’inverse, une opposition politique entre un conseiller et un député est pour moi un frein.

Et puis, si les électeurs nous ont choisis, c’est pour défendre leurs intérêts dans la ligne de la sensibilité politique que l’on revendique. Si les Français m’ont élu en 2014, ce n’est pas seulement parce que je suis Michel Calvet, c’est surtout parce que je me suis présenté sous une étiquette politique. Je considère donc que la relation politique est importante pour plusieurs raisons.

Pourquoi démissionner aussi de votre rôle de délégué aux Républicains?

Je n’ai pas eu l’inélégance de certains de partir avant le premier tour et je n’ai pas eu l’outrecuidance de partir entre les deux tours comme M. Lefebvre, mais je pense qu’aujourd’hui Les Républicains ont besoin d’une réforme profonde et que cette multitude de courants à l’intérieur du parti qui a amené à perdre les élections avec en plus l’affaire Fillion et cette obstination à rester aux commandes, cela ne correspond plus aux l’idée que je me fais de la politique. Donc, je rends mon mandat de délégué pour la Thaïlande. Je pense que c’est en cohérence avec ma démission du poste de conseiller consulaire.

Néanmoins, ce n’est pas parce que j’arrête mon poste de conseiller consulaire que j’arrête mon engagement pour les Français de l’étranger. J’étais engagé avant, je continuerai de le faire après. Mon engagement auprès des Français de l’étranger n’était pas un engagement politique, c’était un engagement humain, sincère et profond, et je continuerai demain matin sous une autre forme, associative en l’occurrence, via l’UFE, pour continuer de défendre les intérêts de nos compatriotes tel que je l’ai toujours fait, auprès des ambassades, et auprès des pouvoirs publics, via le siège de l’UFE à Paris qu’est fait pour cela.

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Propos recueillis par Pierre QUEFFELEC () vendredi 16 juin 2017
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