

Olivier Poirot est le réalisateur d'une série documentaire sur la musique underground à travers le monde "Where Is My Underground". Il a choisi de tourner le premier épisode à Bangkok. Il nous fait partager son expérience de la scène alternative thaïlandaise
Olivier Poirot (Photo Olivier POIROT)
LePetitJournal.com : En quoi Bangkok est-elle un cas d'étude intéressant en ce qui concerne la musique underground ?
Olivier POIROT : Le choix de cette première destination était évident car j'avais déjà visité Bangkok dans le passé. Il m'est apparu intéressant et intrigant de dénicher au sein de cette ville balisée pour les touristes occidentaux, les artistes actifs de la contre culture thaïlandaise. J'avais la sensation qu'aux côtés de la musique traditionnelle ou plus grand public, la jeunesse de ce pays émergeant cherchait à exprimer sa singularité. C'est ainsi que nous sommes partis en quête de l'underground thaïlandais.
Ce qui frappe en arrivant à Bangkok, c'est que toute la ville est vivante, la vie trépidante des thaïlandais est palpable à chaque coin de rue.
On a la sensation que l'exceptionnel est partout, accessible. Cette ville s'offre aux visiteurs, au curieux, aux passionnés comme une foire aux disques vintage et devient un terrain de jeu pour le dénicheur de vinyles rares.
Pouvez-vous définir l'underground thaïlandais et en quoi se distingue-t-il de l'underground français ?
L'underground thaïlandais est très actif et très présent sur scène. Comparé à l'underground français, je le trouve plus accessible, plus ouvert et plus collaboratif. Je pense qu'il est à l'image de la société thaïlandaise comparé aux Français qui sont moins disponibles et plus élitistes.
S'il n'y avait qu'un seul nom à retenir parmi vos découvertes, lequel serait-il ?
Difficile de choisir un seul nom parmi tous ces artistes rencontrés, mais pour n'en choisir qu'un je citerai Wannarit Pongprayoon et son groupe Stylish Nonsense qui est le fondateur du label Panda records, label indépendant très actif sur la scène underground thaïlandaise.
Le groupe Sticky Rice (Photo Olivier POIROT) | --- |
Comment expliquer la présence d'une véritable scène reggae et dub en Thaïlande (ex : T Bone et Sticky Rice) ?
Le Reggae à une place importante en Thaïlande, pourquoi je ne sais pas exactement. C'est peut-être la similitude avec le mode de vie, les plages et la bonne humeur ambiante, ou encore l'harmonie recherchée entre musique et vie quotidienne. Alors oui, il y a énormément de groupes de Reggae en Thaïlande, mais des groupes de Reggae sans guitare, avec un chanteur qui joue du clavier comme Ray Manzarek des "Doors" et teinté de funk, d'électro, de jazz et de musique expérimentale, il n'y en a qu'un ! C'est Sticky Rice.
Concernant T-bone, c'est plus particulièrement gap et sa formation GAPI qui nous a intéressés, son dub chaud mêle les racines du dub, certaines sonorités électroniques modernes mais aussi quelques instruments traditionnels thaï !
Ce sont ce genre d'artistes qui nous intéressent, ceux qui nous proposent une nouvelle identité musicale
Votre documentaire semble s'intéresser à l'offre de contre-culture, qu'en est-il de la demande ?
L'offre aujourd'hui est tellement formatée et "marketée", que les gens sont de plus en plus en demande d'artistes originaux, les gros label prennent de plus en plus de place dans l'univers musical.
Des émissions comme "tracks" diffusée sur Arte récoltent un grand succès depuis une quinzaine d'années en France et en Allemagne.
Le contre-poids de cette mondialisation de l'offre musicale, est l'accès, grâce à l'Internet, à la visualisation de "lives" et de performances d'artistes que l'on peut découvrir à l'autre bout du monde? Il me semble qu'il y a de manière globale notamment en Europe, une recherche d'énergie authentique. Pour tous ceux qui aiment la musique, qui sont curieux, l'existence de groupes alternatifs par de-là les frontières est rassurante et stimulante? la musique est une passerelle vers l'Autre et oui je crois qu'il y a une demande forte pour découvrir l'Autre grâce à l'expression artistique.
Gap, leader du groupe T-Bone (Photo Olivier POIROT) | |
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LIRE AUSSI Notre article du 27 mars 2012 ? Thaïtanium, "les précurseurs du hip-hop en Thaïlande" Notre article du 31 juillet 2008 ? T-Bone : du ska jazzy en dehors du circuit |
Dans quelle mesure Thaitanium ou Nakadia ? connus du grand public ? font-ils partie du milieu underground ?
Le terme underground est difficile à définir, ce sont pour certains des artistes précurseurs, pour d'autres des artistes issus d'un mouvement contestataire - punk, rap - ou tout simplement des artistes alternatifs au "mainstream". Nous sommes en quête de l'underground, à travers la multiplicité de son expression musicale.
Les Thaitanium et Nakadia ont une reconnaissance quasi internationale, les Thaitanium ont gagné des "awards" et Nakadia joue dans les plus grands clubs et festivals. Mais aussi bien l'un que l'autre a eu une place importante dans l'histoire de l'underground thaïlandais.
Les Thaitanium font partie des pionniers du Rap Thaillandais et Nakadia a lancé des clubs tels que le Glow alors que ce club n'avait aucune notoriété, aujourd'hui les plus grands djs viennent y jouer.
Quel endroit conseillez-vous aux assoiffés de culture underground pour sortir à Bangkok ?
Je conseille les soirées Bangkok Paradise de Chris Menist et Maft Saï, la dernière s'est déroulée à la nouvelle salle Sonic Ekamai. Il y a aussi le Motorcycle Emptiness Bar où jouent régulièrement les artistes du label Panda Records. Pour finir, les soirées "Dubway" de Dj Dragon organisées généralement au Café Democ ou au Culture Club Café.
Propos recueillis par Clément LE GALL (http://www.lepetitjournal.com/bangkok.html) jeudi 11 octobre 2012
Pour suivre et soutenir le projet d'Olivier Poirot http://www.kisskissbankbank.com/where-is-my-underground
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