Dimanche 9 août 2020

Claude de Crissey, consul honoraire à Phuket au temps du Covid-19

Par Catherine Vanesse | Publié le 10/04/2020 à 00:00 | Mis à jour le 10/04/2020 à 01:44
Photo : Claude de Crissey
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Le 7 avril, le consul honoraire de Phuket, Claude de Crissey, participait au rapatriement vers Paris de 412 Français par un vol affrété par l’ambassade de France en Thaïlande. Un vrai succès selon lui

Avec la sombre progression de la pandémie du Covid-19 ces dernières semaines et les restrictions de voyages de plus en plus strictes qui ont suscité de nombreuses annulations des compagnies aériennes, de nombreux touristes français voyaient chaque jour leurs chances de rentrer en France diminuer. Pour aider ses ressortissants, l’ambassade de France à Bangkok a mis en place deux vols affrétés par la France au départ de Bangkok, les 3 et 5 avril, ainsi qu’un vol au départ de Phuket le 7 avril, où 412 Français ont pu embarquer pour Paris.

“L’opération a été un vrai succès” se réjouit Claude de Crissey, consul honoraire de Phuket. “Il y a eu une grande préparation en amont. Les gens devaient s’inscrire à l’ambassade, ensuite celle-ci les dispatchait sur des listes en fonction de critères tels que l’âge, une santé fragile, jeunes enfants, etc. mais au final tous les Français qui le souhaitaient ont pu prendre l’avion, personne n’est resté sur le carreau”, affirme-t-il. 

Résident de longue date en Thaïlande, Claude de Crissey assure la fonction de consul honoraire de Phuket depuis septembre 2013. Il a vécu le tsunami de 2004, les deux derniers coups d’État et d’autres grands épisodes de turbulences politiques comme le fameux blocage des aéroports de Bangkok, et selon lui la situation actuelle est tout à fait exceptionnelle : “le tsunami, ça été un drame en vies humaines, mais en soit, ça n’a duré que 20 minutes. Le virus, on ne le voit, on ne sait pas combien de temps cela va durer”, confie-t-il dans une interview accordée à Lepetitjournal.com/Bangkok.

Lepetitjournal.com : Quel est le profil des Français qui ont embarqué sur le vol du 7 avril?

Claude de Crissey : Il y avait un peu tous les profils, des touristes et aussi quelques résidents. Certaines personnes avaient déjà subi plusieurs annulations. Financièrement, cela leur a coûté cher, peut-être qu’ils pourront se faire rembourser plus tard. En attendant, pour certains c’était difficile, ces gens-là ne pouvaient plus acheter d’autres billets. L’avion de mardi était un vol Qatar pour l’ambassade de France avec un prix fixe de 450 euros que les passagers peuvent rembourser plus tard.

Est-ce qu’un autre vol est prévu ?

Pas pour le moment, d’autant que toutes les personnes qui s’étaient inscrites auprès de l’ambassade ont pu partir. Pour affréter un avion, il faut qu’ils soient remplis à 100%, tant que l’ambassade n’a pas connaissance des personnes qui souhaitent rentrer, il n’y aura pas d’autres avions. 

En fait, je ne sais pas combien il y a de Français à Phuket. Sur le papier, nous devons avoir 1.500 inscrits et entre 2.000 et 2.500 résidents non-inscrits. Nous voyons aussi une nouvelle catégorie de touristes à Phuket qui louent des villas, chères ou moins chères, à plusieurs pour le confinement parce qu’ici c’est la belle vie. Certains sont en dépassement de visas. Un groupe de jeunes s’est fait embarquer après qu’un voisin a porté plainte pour tapage nocturne, et il s’est avéré que certains étaient en dépassement de visa de plus d’un an. 

Phuket se confine de plus en plus et certains districts sont complètement fermés, comment la vie quotidienne se passe pour les Français dans la province?

En effet, les districts de Patong, Rawai et Karong sont fermés et à partir du 12 avril, ce sera toute l’île. Personne ne pourra plus sortir de son district, même pour faire ses courses! Avec l’association Bonjour Phuket, si le besoin se fait ressentir à un moment donné, il se peut que nous mettions en place un réseau de livraisons de nourriture ou pour aider avec d’autres services. 

Pour le moment, c’est très calme, même si les gens ont un peu peur, surtout avec certaines pénalités comme l’amende de 20.000 bahts pour ceux qui ne portent pas de masques. 

Après, pour moi, il y a deux scénarios : soit la situation reste comme elle est avec peu de personnes infectées et la vie va repartir comme avant, soit à un moment donné le nombre d’infections explose avec le risque d’avoir beaucoup de morts. C’est un peu un miracle qu’il y ait aussi peu de décès, aussi peu d’infections. Est-ce parce que la Thaïlande ne dépiste pas assez ou est-ce lié aux habitudes des Thaïlandais d’enlever leurs chaussures avant de rentrer dans les maisons ou le fait qu’ils sont moins fragiles, je ne sais pas. Si les chiffres sont bons, il faudrait arriver à comprendre pourquoi. 

Assurez-vous toujours une permanence malgré l’épidémie ?

J’ouvre tous les jours jusqu’au jour où l’on me dira de fermer et je suis accessible par téléphone 24/24h. En temps normal, j’ai une dizaine de personnes par jours qui viennent me voir, mais les dernières semaines et jusqu’au vol de mardi, j’ai eu plus de 20 personnes par jours. Là, c’est calme à cause de la fermeture de certains districts. 
Généralement, les gens m’appellent pour des problèmes de passeports qui arrivent à échéance (avec le virus, le service des passeports de l’ambassade est au ralenti). Il y a des personnes qui me demandent des informations sur les avions, se faire livrer de l’eau, les services bancaires, etc. Mon rôle est de donner des informations, de renseigner du mieux que je peux et de transmettre à l’ambassade dans les situations d’urgences. Les personnes qui ont contracté le virus m’avertissent également.

Combien de temps encore allez-vous assurer la fonction de consul honoraire? 

Je suis consul honoraire à Phuket jusqu’au 3 février 2021, le jour de mon 70e anniversaire, l'âge limite pour exercer cette fonction. Être consul honoraire, cela paraît simple, mais ce n’est pas vrai! Le plus gratifiant dans ce rôle est de représenter la France, c’est un grand honneur, c’est le plaisir de donner du temps, de l’humanité… J’ai appris beaucoup de choses, sur la façon dont on organise certains événements ou comment réagir à certaines situations comme le rapatriement des Français du 7 avril. Être consul honoraire, c’est une vie assez pleine, un bon challenge. 
Le point faible, c’est une position un peu boiteuse. Le fait d’être volontaire, nous perdons un peu d’officialité, même si nous sommes installés avec un vrai mandat, nous ne sommes pas toujours considérés comme de vrais consuls, au regard surtout des consuls généraux. 

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Catherine Vanesse

Installée en Thaïlande depuis 2013 après avoir travaillé pendant 8 ans pour RTL Belgique, Catherine a collaboré avec des médias francophones locaux avant de devenir co-rédactrice en chef pour Lepetitjournal.com Bangkok (et correspondante RTL Belgium)
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