BOMBES EN THAÏLANDE: Nouveaux engins découverts, 3 suspects interrogés

Par Lepetitjournal.com Bangkok avec AFP | Publié le 14/08/2016 à 22:00 | Mis à jour le 12/03/2019 à 03:14
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La police thaïlandaise a découvert ce week-end trois bombes non-explosées sur des sites touristiques déjà touchés par la série d'attentats qui a frappé cinq provinces du sud de la Thaïlande jeudi et vendredi, faisant 4 morts. Les autorités, qui ont arrêté trois personnes, disent connaitre les coupables et semblent se concentrer sur la piste politique tandis que certains spécialistes privilégient celle des indépendantistes du Sud musulman.

Alors qu'elle était à la recherche d'indices dans l'enquête sur les récentes explosions qui ont fait quatre morts et une trentaine de blessés, la police thaïlandaise a découvert ce week-end des bombes non-explosées à Hua Hin, Phuket, et Phang Nga, sites touristiques de premier plan déjà touchés par la série d'attentats qui a frappé cinq provinces du sud de la Thaïlande jeudi et vendredi.

Ces bombes n'ont pas explosé, et elles ont été désamorcées.

"Elles devaient vraisemblablement exploser au même moment que les explosions précédentes", a déclaré Grisada Boonrach, un responsable du ministère de l'Intérieur.

La police a indiqué que d'autres engins avaient été trouvés samedi dans la province de Phang Nga qui avait été frappée la veille par des explosions et un incendie criminel qui semble être lié.

Au total, entre jeudi et vendredi, onze bombes ont explosé à travers cinq provinces du sud de la Thaïlande, faisant quatre morts dans ce pays très touristique. Parmi les blessés, dix sont des touristes étrangers.

Ces attentats -auxquels la police ajoute des incendies survenus également dans deux autres provinces- n'ont pour l'heure fait l'objet d'aucune revendication.

La police dit savoir qui est derrière sans pour autant en dire davantage.

LES SUSPECT HABITUELS

Les indépendantistes du sud musulman

Les rebelles séparatistes du sud musulman sont en lutte contre l'Etat thaïlandais et revendiquent une plus grande autonomie pour trois provinces proches de la Malaisie autrefois un sultanat annexé par la Thaïlande il y a un siècle.

Plus de 6.500 personnes ?la plupart des civils- ont perdu la vie depuis 2004 dans cette région frappée par des violences quasi quotidiennes, qui se traduisent la plupart du temps par des fusillades et des explosions.

"Les attentats de Hua Hin ont tout l'air d'un affront direct au royaume de Thaïlande", estime Paul Chambers, expert en affaires militaires thaïlandaises, soulignant que Hua Hin abrite le palais royal et que la série d'explosions survient le jour de l'anniversaire de la reine. Le spécialiste américain rappelle aussi que des similarités avec le mode opératoire des séparatistes qui consiste à faire exploser des doubles bombes déclenchées par téléphone mobile à quelques minutes d'intervalles.

Si les indépendantistes s'avéraient être les coupables, ces attentats marqueraient un tournant inquiétant dans leur développement tactique ? leur champ d'action était circonscrit jusqu'ici à leur région, loin de Hua Hin et des autres sites visés jeudi et vendredi, et leurs actions ne visent pas les touristes.

Les opposants politiques de la junte

Les attentats interviennent près d'une semaine après que les militaires au pouvoir ont vu leur projet controversé de nouvelle Constitution approuvé par référendum.

Pour Thitinan Pongsudhirak, politologue auprès de l'Université Chulalongkorn, "les forces politiques qui ont perdu la bataille du référendum" sont très probablement derrière ces attaques.

"Le moment choisi est frappant," dit-il. "Il s'agit d'un défi flagrant au régime militaire. Un gouvernement comme celui-ci est censé garantir le respect des lois et l'ordre".

L'ex-Première ministre Yingluck Shinawatra, dont le gouvernement a été renversé par les militaires en 2014, a toutefois dénoncé vendredi la série d'attentats.

Les Ouïghours

On a pu voir au cours de ces deux dernières années des signes de plus en plus forts de radicalisation chez les Ouïghours chinois en Asie du Sud-Est.

Deux membres de cette minorité musulmane ont été arrêtés pour les attentats de l'autel Erawan à Bangkok qui avaient tué 20 personnes le 17 août 2015, la plupart des touristes chinois.

Les suspects doivent justement être jugés le 23 août. Tous deux ont nié toute implication dans l'attentat autour duquel de nombreuses zones d'ombre persistent.

Les extrémistes indonésiens qui combattent avec Daesh ont aussi recruté quelques Ouïghours dans la région et les ont envoyés en Indonésie pour renforcer les réseaux radicaux, mais la plupart ont été tués ou capturés.

Islamistes internationaux

Divers groupes de militants islamistes ont mené de nombreuses attaques dans d'autres régions d'Asie du Sud-Est ces dernières années, notamment les attentats de Bali en 2002 qui avaient tué plus de 200 personnes, la plupart des touristes étrangers.

De récents attentats en Indonésie et en Malaisie ont été menés par des extrémistes locaux liés à l'Etat Islamique, qui est désormais un puissant cri de ralliement pour les radicaux de la région.

Des analystes estiment qu'après le succès rencontré en Malaisie et en Indonésie, il est possible que Daesh cherche à recruter des Thaïlandais. Cependant, les groupes séparatistes musulmans du sud thaïlandais n'ont jusqu'ici pas cédé aux propositions des jihadistes internationaux.

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Trois suspects interrogés

Trois potentiels suspects étaient interrogés dimanche en Thaïlande dans le cadre de l'enquête sur la série de récents attentats meurtriers dans des stations balnéaires, la police privilégiant la piste "politique".

"Deux personnes ont été arrêtées pour être interrogées au sujet de Hua Hin", station balnéaire frappée par deux doubles explosions ayant fait deux morts, a déclaré à l'AFP le porte-parole de la police Piyapan Pingmuang, se refusant pour l'heure à employer le mot "suspects".

"Et une personne est en état d'arrestation à Nakhon Si Thammarat", dans le sud du pays, a-t-il ajouté. Il n'a pas souhaité donner plus de détails sur les personnes interrogées.

La presse locale indique que l'homme interrogé à Nakkon Si Thammarat par rapport à un incendie est un meneur des Chemises rouges, mouvement de soutien aux ex-Premiers ministres Thaksin et Yingluck Shinawatra.

"Nous travaillons actuellement sur des preuves menant aux suspects... Il y a vraisemblablement un lien avec la politique", a seulement accepté de dire le porte-parole de la police. "Notre enquête progresse. Nous savons qui est derrière" cette série d'explosions de bombes artisanales, a-t-il insisté. "Je réaffirme qu'il s'agit de sabotage local, pas d'actes de terrorisme. Nous n'avons pas de terrorisme en Thaïlande", a-t-il assuré.

Les opposants politiques premiers suspects pour la junte

Les autorités thaïlandaises ont donc exclu la piste d'une attaque terroriste internationale et pointent du doigt un "sabotage local". Elles écartent cependant la possibilité que les attentats soient l'oeuvre des indépendantistes malais-musulmans de l'extrême sud. Les enquêteurs se tournent donc naturellement vers la piste politique.

La junte a montré par le passé qu'elle avait tendance à écarter hâtivement les pistes dérangeantes tout en s'empressant d'accuser ses détracteurs.

Entre autres pistes évoquées par les experts figure en effet celle d'un acte de colère de partisans de Thaksin et Yingluck Shinawatra, excédés par le climat de répression politique depuis deux ans que la junte militaire est au pouvoir. Les Shinawatra ont toutefois condamné l'attentat et demandé que la lumière soit faite.

Les explosions de jeudi et vendredi sont intervenues au moment de l'anniversaire de la Reine Sirikit et quelques jours après l'approbation d'une Constitution controversée.

Les 11 bombes artisanales déclenchées jeudi et vendredi "sont toutes liées" confirmait samedi le porte-parole de la police, Piyapan Pingmuang. "C'est l'?uvre d'un réseau", a-t-il insisté.

Mais si les explosions d'engins artisanaux ne sont pas rares surtout en période de fortes tensions politiques, ces actes d'intimidation ne sont généralement pas perpétrés dans des lieux touristiques.

Et la mise en oeuvre coordonnées d'une douzaine d'engins explosifs sur cinq provinces nécessite un minimum d'expérience et de logistique, soulignent certains experts qui penchent davantage pour la piste des indépendantistes du sud musulman.

Les indépendantistes du sud plus probables aux yeux de certains experts

Les poseurs de bombes ont touché les généraux là où ils savaient que cela leur ferait le plus mal: le tourisme, secteur-clé sur lequel la junte compte pour redresser une économie atone.

Anthony Davis, spécialiste des questions de sécurité pour IHS Jane's, ne croit pas que les attentats aient pu être perpétrés par les opposants politiques à la junte qui sont, rappelle-t-il, tous sous étroite surveillance depuis le coup d'Etat.

Il estime que les attentats avaient pour but d'affecter le tourisme sans faire un grand carnage. "Toute l'opération visait une chose: l'économie du tourisme. Cela va avoir un impact significatif sur la saison touristique dans le sud cette année jusqu'à début 2017", estime-t-il.

Pour lui, les indépendantistes sont le seul groupe capable de mener de telles attaques coordonnées.

"Ils ont les infrastructures opérationnelles et les effectifs nécessaires. C'est sans doute que l'extension de leur campagne de violence n'était qu'une question de temps," a-t-il dit à l'AFP, rappelant que les efforts de la junte pour négocier avec les rebelles n'avaient pas abouti.

Un porte-parole de la police, Krissana Pattanacharoen, avait d'ailleurs reconnu vendredi que les engins qui ont explosé ressemblaient à ceux utilisés par ces indépendantistes, tout en soulignant qu'il était "trop tôt pour (en) tirer des conclusions".

Autre indice qui pourrait incriminer les séparatistes, les cartes SIM utilisés pour déclencher les bombes auraient été achetées en Malaisie.

"Cela ressemble au travail des (indépendantistes) à en juger par leur type d'armes? ce n'était pas destiné à faire un carnage, ce qui est très similaire à l'extrême sud," affirme lui aussi Don Pathan, un expert en sécurité et spécialiste de l'insurrection séparatiste du sud.

Il estime que la junte n'a certainement pas envie d'admettre une quelconque extension du conflit hors des trois provinces qui font l'objet des revendications des indépendantistes, car cela serait une preuve patente d'échec de leur politique de gestion de cette crise du sud.

D'autres analystes comme Jean-Louis Margolin soutiennent également la piste des rebelles musulmans du sud de la Thaïlande.

La seule zone habituellement touchée par les explosions, fréquentes et visant notamment les militaires, de bombes artisanales est en effet l'extrême sud où l'insurrection de musulmans séparatistes a fait des milliers de morts en une dizaine d'années.

Les indépendantistes n'ont cependant pas dans le passé revendiqué d'attaques en dehors de leur région.

Le précédent attentat d'ampleur en Thaïlande remonte à août 2015, quand 20 personnes, dont de nombreux Chinois, avaient été tués dans l'explosion d'une bombe en plein Bangkok.

Cet attentat, le plus meurtrier de l'histoire de la Thaïlande, n'a jamais été revendiqué. La piste d'un acte commis par un groupe ayant des liens avec la minorité musulmane ouïghoure de Chine, mais pas le jihadisme international, est privilégiée.

Mis à part cet attentat, le royaume a été épargné par les attaques de grande ampleur et le terrorisme international.

La série d'attaques de jeudi est vendredi n'est toutefois pas sans rappeler celle survenue dans la nuit de réveillon du 31 décembre 2006 au 1er janvier 2007, quand huit bombes avaient explosé dans divers endroits de la capitale, faisant trois morts et une quarantaine de blessés.

L'attentat était intervenu alors que l'armée avait pris le pouvoir quelques mois plus tôt, renversant le Premier ministre Thaksin Shinawatra. Les coupables n'ont jamais été identifiés, même si la responsabilité "d'hommes en uniformes" avait été largement évoquée à l'époque -après que la piste des insurgés malais musulman avait été écartée (lire notre article).

Impact incertain sur le tourisme

La presse thaïlandaise titrait samedi sur l'impact sur ce secteur qui représente plus de 10% de l'économie.

Plusieurs pays, dont la France, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, ont recommandé à leurs ressortissants en Thaïlande d'être prudents et d'éviter les lieux publics.

Deux voyagistes, Hotelplan Suisse et Kuoni Suisse, ont annoncé que leurs clients qui devaient s'y rendre avant le 15 août pouvaient modifier ou annuler sans frais leur séjour, d'après la radio-télévision RTS.

L'attentat d'août 2015 à Bangkok, qui avait fait 20 morts, dont de nombreux touristes chinois, avait eu un impact sur la fréquentation touristique. Celle-ci avait néanmoins repris après quelques mois.

Cela n'avait pas empêché la Thaïlande de recevoir au final près de 30 millions de visiteurs en 2015, un nouveau record.

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