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La fameuse Maya Bay en quête d’une cohabitation fructueuse entre touristes et requins

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REUTERS/Jorge Silva - Des touristes observent un bébé requin à pointe noire sur la plage de Maya Bay, sur l'île de Phi Phi Leh, dans la province de thaïlandaise de Krabi, le 25 février 2023

Après que la Thaïlande a fermé Maya Bay au tourisme en 2018, l’écosystème de ce lieu rendu célèbre par le cinéma a repris ses droits. Les autorités doivent aujourd’hui assurer une cohabitation vertueuse

Abritée derrière d’impressionnant pitons calcaires couverts de végétation sur l'île de Phi Phi Leh, dans le sud de la Thaïlande, Maya Bay a tout de l’image que l’on peut se faire de la plage paradisiaque. C’est d’ailleurs ce qui lui a valu de servir de cadre au film hollywoodien "La Plage" avec Leonardo Di Caprio et Virginie Ledoyen en 2000. Un rôle qui a rendu le lieu très prisé des touristes, particulièrement à l’ère du selfie et des réseaux sociaux, jusqu’à ce qu’en 2018 les autorités mettent le holà et ferment le secteur devant les dégâts causés par la foule incontrôlée de visiteurs déversée chaque jour par des dizaines de bateaux qui jetaient l’ancre dans la baie.

Après près de quatre ans de fermeture totale, Maya Bay s’est refait une santé, et l’un des signes les plus visibles fut le retour des requins à pointe noire dont les petits aiment nager au bord de la plage.

Rouverte depuis 2022 selon des règles d’accès strictes, on recense chaque jour jusqu'à 40 requins à pointe noire dans les eaux turquoise de la baie tandis qu'environ 4.000 touristes se rendent sur la plage de sable blanc quotidiennement.

Un touriste essaye d'attirer un requin sur la plage de Maya Bay en Thailande
Des touristes observent un bébé requin à pointe noire sur la plage de Maya Bay, sur l'île de Phi Phi Leh, dans la province de thaïlandaise de Krabi, le 25 février 2023. Photo REUTERS/Jorge Silva

Mais les écologistes préviennent que le nombre de requins diminue à nouveau, pressant les autorités pour trouver un meilleur équilibre entre la préservation du fragile  l’écosystème et le maintien de la manne touristique.

"Nous ne parlons pas de fermer partout ni de réduire le nombre de touristes, mais je pense qu’il s’agit de gérer cela intelligemment", estime Petch Manopavitr, conseiller maritime au Département des parcs nationaux de Thaïlande.

Pépinière de requins

La chercheuse en biologie marine, Metavee Chuangcharoendee, explique que l’arrêt du tourisme a permis à l'île de jouer de nouveau son rôle de pépinière de jeunes requins.

Elle et d'autres chercheurs du projet Maya Shark Watch utilisent des caméras sous-marines et des drones pour recenser les requins et observer leur comportement, leurs zones d'alimentation et leurs modes de reproduction. Au cours de l'année écoulée entre novembre 2021, lorsqu'ils ont lancé une étude pilote, et fin 2022, ils ont remarqué une diminution du nombre de requins à mesure que les touristes revenaient progressivement.

Un requin pointe noire dans les eaux de Maya Bay en Thailande
On recense chaque jour jusqu'à 40 requins à pointe noire dans les eaux turquoise de Maya Bay. Photo REUTERS/Jorge Silva

L'Union internationale pour la conservation de la nature, observent que les populations de requins à pointe noire en mer d'Andaman et d'autres régions tropicales diminuent en raison de la surpêche.

Un certain nombre de facteurs affectent les requins autour de l'île Phi Phi Leh, notamment les mouvements saisonniers et l’activité humaine comme la pêche, explique Metavee Chuangcharoendee.

Et compte tenu que le nombre de requins est déjà en baisse après un an d’ouverture de l’île aux touristes, les autorités et les écologistes ont l'intention d'empêcher les touristes de nager dans la baie car cela tend à éloigner les bébés requins, qui ont l’habitude de venir se réfugier dans les eaux peu profondes et les récifs coralliens pour se protéger des attaques des adultes.

"Nous espérons qu'avec les restrictions en place, nous pourrons atténuer la gêne pour (les requins). Nous menons ces recherches dans l'espoir d’optimiser au mieux la gestion et de trouver la meilleure façon pour le tourisme et l'environnement de coexister", souligne Metavee Chuangcharoendee.

La poule aux œufs d’or

Le tourisme est un important moteur de croissance pour l'économie thaïlandaise, pesant pour plus de 20% dans le PIB avant la pandémie de coronavirus qui a gravement affecté le secteur. Le royaume espère pouvoir retrouver cette année 75% des quelques 40 millions de touristes étrangers accueillis en 2019 et générer 1.500 milliards de bahts de recettes.

Pour le parc national de l'archipel des îles Phi Phi, les revenus annuels ont été quasiment divisés par deux, passant de 638,3 millions de bahts (17,2 millions d’euros) en 2018 à 373,6 millions de bahts (10 millions €) en 2019 après la fermeture de la plage par les autorités.

Vue aerienne de l'embarcadere pour les bateaux de tourisme sur l'ile Koh Phi Phi Ley
Selon les restrictions en place pour préserver l'écosystème de la baie, les bateaux de tourisme ne peuvent arriver directement sur la plage et doivent accoster de l'autre côté de l'île. Photo REUTERS/Jorge Silva

Sous la pression des professionnels locaux du tourisme, les autorités ont rouvert Maya Bay en janvier 2022 après quatre ans de fermeture, et la fréquentation comme les recettes augmentent à nouveau régulièrement. 

Mais les restrictions d'accès demeurent en place. Les bateaux ne peuvent arriver directement sur la plage et doivent accoster de l'autre côté de l'île. Les visiteurs doivent donc marcher jusqu'à la plage, et leur nombre est limité à 375 personnes par heure. Ils ne peuvent s’aventurer plus loin que lorsque l’eau atteint la hauteur du genou.

"Si on arrive à développer une nouvelle image de Maya Bay sous l’angle de la réserve naturelle (…) je pense que cela va également créer une nouvelle manne touristique et nous allons globalement tous en bénéficier", estime le conseiller du Département des parcs nationaux, Petch Manopavitr.

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