Economie thaïlandaise : entre "Sufficiency" et Thaksinomics

Par La rédaction de Bangkok | Publié le 01/03/2007 à 01:00 | Mis à jour le 12/05/2022 à 09:06
Photo : Jean-Louis DUZERT
Bangkok-vue

Somkit Jatusripitak, père des "Thaksinomics", peut se féliciter d'avoir renoncé au rôle d'avocat de la "sufficiency economy". On peut en effet douter que le monde des affaires puisse apprécier la royale philosophie qui, à la lecture du dernier rapport du PNUD, semble trancher assez sensiblement avec les pratiques néo libérales

Impuissants à convaincre le monde des affaires, le Premier ministre Chulanont et son équipe chargeaient le 17 février Somkit Jatusripitak, vice-Premier ministre du précédent gouvernement et architecte de la politique économique Thaksinienne (Thaksinomics), d'expliquer la "sufficiency economy"(osons le néologisme sufficiencisme).

Ce qui ressemble, il est vrai, encore davantage à une philosophie qu'à un vrai projet politique, a néanmoins déjà largement été applaudi par le PNUD dans son rapport sur le développement humain rendu public le 9 janvier.

Fondée sur une philosophie humaniste issue de sagesses communautaires, et éprouvée dans la pratique par 3.000 projets royaux, cette méthode entend rééquilibrer croissance et sécurité grâce à 3 principes: modération, analyse des risques potentiels de toute action globales et à long terme, une résistance au chocs extérieurs. Elle ne saurait exister sans un prérequis éthique comprenant notamment le refus d'exploiter son prochain.

Applicable à la cellule familiale, à l'entreprise et à la nation, le sufficiencisme s'incarne dans des communautés abandonnant la monoculture d'exportation pour reconstituer les revenus, la solidarité communautaire, l'environnement forestier tout en approfondissant les liens avec l'extérieur. Elle permit également à une multinationale tthaïlandaise de traverser la crise de 1997 en investissant sur ses collaborateurs, ou au pays de recouvrer sa santé économique grâce a une gestion des risques efficace.

Utile à la réduction de la pauvreté via le renforcement communautaire, à la profitabilité des entreprises, à une gouvernance publique propre et, in fine, à l'épanouissement général, le sufficiencisme constituera à en croire le PNUD, le legs le plus précieux de Rama IX à la Thaïlande mais aussi à la planète entière.

Du local au global

Favorable au commerce, à l'optimisation et à la globalisation, cette philosophie s'affirme compatible avec l'économie de marché. Toutefois, privilégiant le local pour mieux s'adapter au global, la frugalité et l'harmonie sociale contre la l'enrichissement rapace, sans mentionner une indispensable révolution des esprits, le sufficiencisme semble assez éloigné, sinon du discours, du moins des pratiques néo libérales, et plus proche du camp de l'alter mondialisation.

Le travail de conviction des entrepreneurs étrangers visant à ce que le monarque ne soit pas seulement écouté, mais aussi entendu, constituait un défi autre que les Thaksinomics. Pour Somkit comme pour Raffarin "la route (était peut-être) droite, mais la pente (un peu trop) raide !"

Yann-Francois LUCAS jeudi 1er mars 2007

Voir aussi le site Internet de la Sufficiency Economy

The Economist vole dans les plumes du PNUD

Réaction aussi vive que rapide de la part du très respectable The Economist suite au rapport du PNUD. Dans un "coup de sang"édité quelques jours après la publication onusienne, l'hebdomadaire britannique semble oublier sa rigueur coutumière alternant entre contradictions et contre vérités.

L'article titré "Rebranding Thaksinomics"soutient d'abord que l'ancien Premier ministre Thaksin Shinawatra fut le plus fidèle des sufficiencistes et que le gouvernement putschiste dérobe l'héritage Thaksinien sans reconnaître son géniteur. Mais un peu plus loin l'auteur fusille littéralement le PNUD pour avoir perdu toute objectivité face à une théorie? "encore non éprouvée", légitimant un gouvernement installé par les tanks.

L'hebdomadaire affirme par ailleurs que le sufficiencisme serait né avec la crise de 1997 (alors qu'il existe depuis un demi siècle) et n'a donc plus lieu d'être "maintenant que tout va bien". Une vision globale de la réalité que le PNUD s'efforce justement d'approfondir dans son rapport, révélant une croissance des inégalités préjudiciable à la stabilité (voir notre article).

 

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