Vendredi 14 mai 2021

CRISE POLITIQUE - Les militaires imposent la loi martiale et encerclent les pro-gouvernementaux

Par Lepetitjournal Bangkok | Publié le 19/05/2014 à 22:00 | Mis à jour le 21/05/2014 à 06:52

L'armée thaïlandaise a décrété mardi la loi martiale dans le royaume, après des mois de crise politique et des manifestations anti-gouvernementales qui ont fait 28 morts et des centaines de blessés.

Des soldats et véhicules militaires ont été déployés dans le centre de Bangkok, notamment dans le secteur des hôtels et des chaînes de télévision, a constaté l'AFP.
L'armée a également placé des dizaines d'hommes, des véhicules et des points de contrôle à proximité d'une manifestation des Chemises rouges pro-gouvernementales dans une banlieue de Bangkok, selon l'AFP sur place.

Le chef de l'armée, le général Prayuth Chanocha, a tenu à préciser qu'il ne s'agissait pas d'un coup d'Etat.
«Déclarer la loi martiale n'est pas un coup d'Etat», mais vise «à restaurer la paix et l'ordre public», a assuré l'armée dans une annonce faite au petit matin à la télévision.

Néanmoins, l'armée a imposé la loi martiale par surprise, dans la nuit, sans consulter au préalable le gouvernement par intérim. Elle a dissous le centre gouvernemental de gestion des opérations maintien de la paix (CAPO) pour en concentrer les prérogatives sur un nouvel organisme, le centre de résolution des situations d'urgence (CRES), qui prend le commandement des forces de police et militaires ainsi que du ministère de l'Intérieur et des unités gouvernementales liées.

Les militaires ont décrété un peu plus tard la censure des médias dans l'intérêt de la «sécurité nationale», selon une déclaration lue sur toutes les chaînes de télévision et de radio. L'armée «interdit à tous les médias de rapporter ou de distribuer toute information ou toute photographie nuisibles à la sécurité nationale», a précisé la déclaration du général Prayut Chanocha. Plusieurs chaines télévisées ont été suspendues, notamment les plus partisanes. Un communiqué a précisé que ces chaines "ont été suspendues afin que la population reçoive une information correcte et non une information partisane qui intensifie le conflit".

Les rouges encerclés

Les manifestants pro-gouvernementaux rassemblés dans une banlieue de Bangkok ont par ailleurs affirmé mardi être encerclés par des militaires, qui viennent de décréter la loi martiale en Thaïlande. Nous sommes encerclés par des militaires de toutes parts, a déclaré à l'AFP Jatuporn Prompan, meneur des Chemises rouges, mouvement pro-gouvernemental.

Paradorn Pattanatabut, conseiller en charge de la sécurité auprès du gouvernement, a fait savoir à l'AFP que les militaires tentaient de «négocier avec les Chemises rouges pour qu'ils dispersent la manifestation». «Le public ne doit pas paniquer et continuer à vivre sa vie normalement», a conseillé l'armée dans son adresse télévisée.

Le général Prayuth a plus tard dans la matinée ordonné aux manifestants des deux camps de rester sur leurs sites de rassemblement respectifs.

L'armée thaïlandaise avait déjà menacé jeudi dernier d'intervenir dans la crise, après la mort de trois nouveaux manifestants dans une attaque à la grenade en plein Bangkok.

Le gouvernement intérimaire n'avait pas été avisé par les militaires qu'ils allaient déclarer la loi martiale, ce qui n'empêche pas le cabinet intérimaire de rester en charge, a assuré Paradorn. «Déclarer la loi martiale relève de l'autorité militaire», a-t-il relativisé. «Le gouvernement intérimaire existe toujours», a-t-il affirmé.

Dernière ligne droite pour les jaunes?

L'opposition assure être dans sa dernière ligne droite contre le gouvernement intérimaire, avec la récente destitution de la Première ministre Yingluck Shinawatra. Ils l'accusaient d'être la marionnette de son frère, Thaksin Shinawatra, destitué par un coup d'Etat en 2006 et aujourd'hui en exil.

Les Chemises rouges, puissant mouvement rassemblant les partisans du gouvernement, nombreux parmi la population rurale du nord et du nord-est du pays, ont mis en garde l'opposition contre un risque de guerre civile si l'opposition s'obstinait à vouloir faire tomber ce qui reste du cabinet.

Les manifestants d'opposition, qui campent devant le siège du gouvernement, réclament la nomination d'un Premier ministre «neutre» et repoussent sine die la tenue d'élections, suscitant des inquiétudes quant à leurs aspirations démocratiques.

L'Histoire de la Thaïlande est émaillée de coups d'Etat (18 réussis ou tentés depuis 1932, date de l'instauration de la monarchie constitutionnelle), le dernier étant celui de 2006 contre Thaksin Shinawatra.
Mais même si le chef de l'armée de terre a soufflé le chaud et le froid sur le sujet ces derniers mois, l'armée avait refusé jusqu'ici de se laisser entraîner dans la spirale, même quand les manifestants semaient le chaos en occupant ministères et bâtiments publics.

Le calendrier de l'opposition semble néanmoins s'accélérer ces derniers jours, pour tenter de profiter de la faiblesse du gouvernement intérimaire.
Le bilan est désormais de 28 morts en six mois de crise, le plus souvent lors de tirs d'origine inconnue, dont les deux parties s'accusent. Toutes deux comptent des extrémistes prônant la violence.

Le Premier ministre intérimaire, Niwattumrong Boonsongpaisan, assure qu'il a la loi avec lui, dans l'attente de la nomination d'un Premier ministre après des législatives, que le gouvernement intérimaire souhaite organiser cet été.
L'ex-Premier ministre Thaksin Shinawatra continue à diriger le pays à distance selon ses détracteurs, qui veulent sortir du jeu politique le «clan Shinawatra».

Selon les analystes, les manifestants sont soutenus par les élites royalistes, qui considèrent le «clan Shinawatra», vainqueur de toutes les législatives depuis 2001, comme une menace pesant sur la monarchie, alors que le roi de Thaïlande est âgé de 86 ans.

A Tokyo, le gouvernement japonais a fait part mardi de ses «grandes inquiétudes» face aux événements en Thaïlande, un pays où le Japon investit massivement.

Le Lycée International de Bangkok (LFIB) a fait savoir ce matin par courriel que l'établissement restait ouvert. "Jusqu'à nouvel ordre le LFIB fonctionne normalement", lisait le message envoyé en milieu de matinée.
P.Q. avec AFP () mardi 20 mai 2014
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