Édition internationale

L'Indonésie devient le premier pays d'Asie à interdire les balades à dos d'éléphants

L’Indonésie a officiellement mis fin à l’une des pratiques les plus controversées du tourisme animalier : les promenades à dos d’éléphant. L’archipel devient ainsi le premier pays asiatique à interdire totalement cette activité. Cette décision, saluée par les défenseurs du bien-être animal, soulève néanmoins plusieurs questions.

photo d'un elephant de sumatraphoto d'un elephant de sumatra
Écrit par Soraya Ben Aziza
Publié le 4 février 2026

Une interdiction en vigueur à l’échelle nationale 

Cette interdiction a été formalisée dans la circulaire n°6 de 2025, publiée par la Direction générale de la conservation des ressources naturelles et des écosystèmes (Direktorat Jenderal Konservasi Sumber Daya Alam dan Ekosistem - KSDAE), qui relève du ministère indonésien de l’Environnement et des Forêts. Signée le 18 décembre 2025, elle prévoit l’arrêt total des démonstrations et activités qui impliquent de monter sur un éléphant, à des fins commerciales ou non, avec une application renforcée depuis début 2026.

Cette décision est la suite logique d’une série de lois promulguées ces dernières années en faveur de la protection des animaux. En 2018, l’éléphant avait en effet déjà été classé espèce protégée en Indonésie. En 2024, une loi destinée à renforcer la législation sur la conservation des ressources naturelles était également venue durcir les sanctions en cas de maltraitance animale. 

Cette nouvelle loi s’applique à tous les zoos, parcs animaliers, centres de conservation et autres sites touristiques accueillant des éléphants et ce, à l’échelle nationale.  

Les agences de conservation des ressources naturelles (Balai Konservasi Sumber Daya Alam - BKSDA) sont chargées de veiller au respect de cette mesure. À Bali, le BKSDA recense 13 institutions de conservation, dont 5 gèrent des éléphants. Ratna Hendratmoko, directrice du BKSDA de Bali, a souligné que les établissements contrevenants s'exposent à des sanctions pouvant aller jusqu'au retrait de leur licence d'exploitation. 

Le Bali Zoo a ainsi cessé toutes ses activités de promenades à dos d'éléphant depuis le 1er janvier 2026, suivi par le Mason Elephant Park & Lodge à Bali, le dernier zoo d’Indonésie à mettre fin à cette pratique.

Les citoyens peuvent désormais signaler les établissements réfractaires via l'application Gakkum LHK ou auprès du BKSDA local.  

La circulaire stipule toutefois que la monte sur les éléphants peut encore être autorisée pour les patrouilles de conservation, l'atténuation des conflits entre l'homme et l'éléphant, les soins dirigés par les cornacs, les interventions en cas de catastrophe et les activités de conservation de l'environnement, sous réserve de l'approbation du ministre des Forêts. 

 

Une pratique dénoncée pour ses impacts physiques et psychologiques sur les éléphants 

Cette réforme fait également suite à une prise de conscience des impacts physiques et psychologiques d’une telle pratique sur les pachydermes. Le gouvernement rappelle en effet que la morphologie des éléphants n’est pas adaptée au port de charges verticales. Contrairement aux idées reçues, leur colonne vertébrale est conçue pour la traction, et non pour supporter le poids d’un être humain. À terme, cela peut entraîner des déformations de la colonne, des douleurs chroniques et des troubles articulaires, parfois irréversibles, ainsi que des inflammations causées par les sièges pour touristes.

À cela s’ajoutent des impacts psychologiques majeurs. Plusieurs enquêtes, notamment menées par l’organisation de protection mondiale de défense des droits des animaux PETA (People for the Ethical Treatment of Animals), ont en effet révélé de violentes pratiques de dressage (éléphants enchaînés pendant de longues heures, isolés, frappés à l’aide de crochets métalliques et privés de nourriture pour les forcer à obéir ou à poser avec les touristes…). 

 

Une décision saluée par les défenseurs des animaux

L’Indonésie devient ainsi le premier pays asiatique à interdire totalement les promenades à dos d’éléphant, une annonce saluée par de nombreuses organisations de protection animale. 

Pour WWF, cette mesure est d’autant plus cruciale que l’éléphant de Sumatra, espèce endémique de l’archipel, est classé en danger critique d’extinction. Sa population aurait été divisée par deux entre 1985 et 2012, sous l’effet du braconnage, de la déforestation et des conflits avec les activités humaines. À ce jour, il en resterait entre 2.400 et 2.800.

Les ONG appellent désormais d’autres pays de la région qui pratiquent encore cette activité (Thaïlande, Inde, Népal, Laos…) à suivre l’exemple de l’Indonésie et à réformer en profondeur leurs modèles de tourisme animalier.

 

Des inquiétudes du côté des centres de conservation

Si la décision est largement applaudie, elle suscite néanmoins des préoccupations parmi certains gestionnaires de parcs et de centres de conservation. À Lampung, au parc national de Way Kambas, des responsables affirment que cette pratique pourrait perturber les routines quotidiennes des éléphants et réduire fortement les interactions humaines, augmentant ainsi le risque de stress et d'ennui chez les pachydermes.

Autre préoccupation majeure : les promenades à dos d'éléphant nécessitent une formation intensive de la part des cornacs. Sans de tels programmes, les séances de formation pourraient diminuer, ce qui soulève des inquiétudes quant aux risques pour la sécurité et à l’agressivité potentielle entre les éléphants. 

Des questions d’ordre économique se posent aussi. Plusieurs établissements reconnaissent en effet dépendre en grande partie des revenus générés par les promenades à dos d’éléphant. À Bali, certains parcs estiment que l’interdiction pourrait entraîner une perte allant jusqu’à 50 % de leur chiffre d’affaires, ce qui soulève la question du financement des soins et de l’entretien des animaux. 

 

Vers un nouveau modèle de tourisme animalier ?

Face à ces défis, le gouvernement encourage les établissements à se réorienter vers des activités plus respectueuses du bien-être animal, telles que l’observation, l’éducation et la conservation. Il s’agit de permettre aux visiteurs de découvrir les éléphants dans des conditions plus proches de leurs comportements naturels, sans contact physique direct, tout en développant des modèles économiques alternatifs et responsables.

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