Édition internationale

Après une baisse historique, la roupie indonésienne tente de rebondir

Au début du mois de juin, la roupie indonésienne a connu une forte dégradation face au dollar américain, atteignant même un niveau inédit dans son histoire récente. Si la devise s’est légèrement redressée depuis, elle reste sous pression dans un contexte international incertain, entre flambée des prix du pétrole, tensions géopolitiques au Moyen-Orient et interrogations sur la trajectoire économique du pays.

des mains qui tiennent des liasses de billets de roupie indonesiennedes mains qui tiennent des liasses de billets de roupie indonesienne

Un taux à son plus bas 

Le 4 juin, la roupie a franchi un seuil symbolique en dépassant la barre des 18 000 roupies pour un dollar américain. La devise s’échangeait alors autour de 18 028 roupies pour un dollar, son niveau le plus faible jamais enregistré.

Pour de nombreux économistes, ce seuil des 18 000 roupies constitue une barrière psychologique importante. Depuis le début de l’année, la monnaie indonésienne a perdu plus de 7 % de sa valeur face au billet vert, ce qui en a fait l’une des devises les moins performantes d’Asie.

Face à cette dépréciation, la Banque d’Indonésie (Bank Indonesia) a multiplié les mesures de soutien, notamment en relevant son taux directeur à 5,25 % fin mai et en renforçant les restrictions sur les achats de dollars.

Pétrole, guerre au Moyen-Orient et déficit en devises

Cette volatilité s’explique tout d’abord par le contexte géopolitique international. Depuis le début des tensions entre l’Iran, Israël et les États-Unis au printemps 2026, les prix mondiaux du pétrole ont fortement progressé.

Or, l’Indonésie est importatrice nette de pétrole depuis 2004. La hausse des cours du brut augmente donc les besoins du pays en devises étrangères pour financer ses importations énergétiques.

En parallèle, l’excédent commercial indonésien s’est fortement réduit. Les entrées de dollars provenant des exportations diminuent alors que les besoins en devises restent élevés pour financer les importations, le remboursement de la dette extérieure ou encore le versement de dividendes.

Plusieurs économistes estiment également que la roupie est devenue une sorte de « variable d’ajustement » de l’économie indonésienne. Alors que le gouvernement cherche à préserver le pouvoir d’achat des ménages en maintenant certains prix subventionnés, une partie de la pression économique se reporte sur le taux de change.

Une légère amélioration, mais la prudence reste de mise

Depuis son point bas du début juin, la devise a toutefois montré quelques signes de stabilisation. Le 11 juin, la roupie évoluait autour de 17 940 roupies pour un dollar, portée par les effets du resserrement monétaire engagé par la banque centrale.

Au 17 juin, le taux de change oscillait autour de 17 770 roupies pour un dollar. Les marchés restent néanmoins prudents à l’approche des décisions de politique monétaire de la Réserve fédérale américaine (Fed), dont les choix influencent fortement les flux de capitaux vers les marchés émergents.

Les analystes estiment que la Banque d’Indonésie pourrait maintenir une politique monétaire restrictive dans les prochains mois afin de défendre la roupie. Malgré cette amélioration récente, la devise demeure sensible à l’évolution des prix de l’énergie, aux tensions géopolitiques et à la confiance des investisseurs dans l’économie indonésienne.

Au quotidien, cette faiblesse de la roupie se traduit par une hausse du coût des produits importés et un pouvoir d’achat plus fragile pour une partie de la population. Certaines organisations alertent déjà sur les conséquences sociales de cette situation, notamment pour les ménages les plus modestes et les travailleurs précaires.

Quelles conséquences pour les touristes et expatriés à Bali ?

Si la faiblesse de la roupie inquiète les autorités économiques, elle peut dans un premier temps apparaître comme une bonne nouvelle pour les visiteurs étrangers. Avec un dollar ou un euro plus fort face à la monnaie indonésienne, les dépenses réalisées sur place donnent en effet l'impression d'un meilleur pouvoir d'achat.

Pour les professionnels du tourisme balinais, la situation est toutefois plus complexe. Selon l'Association des agences de voyages indonésiennes (ASITA Bali), de nombreux voyagistes commercialisent leurs offres à l'international mais doivent légalement effectuer leurs transactions en roupies. Cette situation les expose directement aux fluctuations du taux de change.

En outre, si la faiblesse de la roupie rend les forfaits touristiques plus attractifs aux yeux des voyageurs étrangers, elle augmente également certains coûts d'exploitation, notamment ceux liés aux importations ou à l'énergie.

Les professionnels du secteur redoutent notamment une hausse des coûts du transport touristique. Plusieurs opérateurs locaux indiquent déjà ressentir les effets de l'augmentation des prix des carburants non subventionnés. 

À court terme, les visiteurs et expatriés continuent donc de bénéficier d'un taux de change favorable. Mais si la faiblesse de la roupie devait se prolonger et que les coûts opérationnels poursuivaient leur hausse, une partie de ces surcoûts pourrait progressivement être répercutée sur les prix des services, produits, transports, excursions et forfaits touristiques.

 

 

un graphique qui illustre l'évolution du taux de change entre la roupie indonésienne et le dollar depuis 2023

 

 

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