Édition internationale

Se débarrasser du mythe du ton grec autoritaire

Cependant, il faut comprendre que la linguistique grecque relève du pragmatisme et s’oppose alors en tout point à la linguistique anglo-saxonne.

Politesse GrecePolitesse Grece
Écrit par Loann Guiho
Publié le 21 septembre 2026

La politesse en Grèce

On distingue d'ailleurs cela en parlant de “politesse positive”, qui s’oppose à une “politesse négative” anglo-saxonne. Ces termes viennent d’un cadre théorique posé par Penelope Brown et Stephen Levinson dans lequel la politesse positive est centrée sur la proximité, la solidarité et l’intimité tandis que la politesse négative cherche à éviter toute imposition sur l’interlocuteur, et utilise alors des formules hypothétiques telles que “could you” ou “would you mind”.

Nous parlons de “politesse positive” et “négative” en raison de deux besoins fondamentaux distingués par Brown et Levinson. Le premier besoin, nommé “face positive”, désigne le besoin d’être apprécié et de sentir une connexion avec autrui. Le second, appelé “face négative”, englobe le besoin d’autonomie et de ne pas se sentir contraint. Alors, dans un cas où nos besoins correspondent à la face négative, une demande directe empiète sur nos besoins d’autonomie et de liberté.

C’est pour cela que la politesse anglo-saxonne cherche à atténuer cette menace et utilise toujours une porte de sortie telle qu’une demande hypothétique comme “would you mind”. Son but est de protéger l’espace et l’autonomie de l’autre.  Pour sa part, la politesse grecque vise l’autre face, la face positive, en montrant de la proximité et de l’affection. Ce qui distingue ces deux manières de s’exprimer sont en réalité les besoins qu’ils cherchent à combler. A noter que les termes “positif” et “négatif” ne jugent pas la qualité de la politesse, mais désignent seulement deux types de besoins différents.

Une spécificité hellénique ?

Ainsi, le grec use de l’impératif comme un outil neutre du quotidien, et c’est tout ce qu’il y a autour de la structure grammaticale comme le ton de la voix, l’expression faciale ou bien des marqueurs comme “s’il vous plaît” qui permettent d’adoucir la demande. Pour autant, cette manière de s’exprimer n’est pas propre au grec. En effet, on retrouve cela dans d’autres cultures telles que l’arabe marocain. En réalité, le cas grec s’inscrit seulement dans un phénomène plus large observé dans plusieurs cultures méditerranéennes.

Ces cultures considèrent l’intimité comme un marqueur affectif. Plus la relation est proche, qu'elle soit familiale ou amicale, moins il est nécessaire d’enrober son langage. L’absence de formule de politesse souligne la confiance et non l’irrespect.

Les traductions du grec à l’anglais provoquant des malentendus

Pour autant, cela peut évidemment causer des malentendus, notamment lors de traductions. C’est quelque chose qui a notamment été remarqué dans le cas de panneaux publics ou publicitaires à Thessalonique (selon une étude de Christopher Lees). Il montre que les traductions grecques vers l’anglais conservent la politesse positive grecque, forme de politesse qui n’est pas comprise de la même manière en anglais. Cela affecte alors à des degrés différents le message perçu dans la traduction, par exemple “Please Wear Mask!” peut sonner abrupt en anglais, alors qu’en grec cela sera compris comme une demande ou un conseil uniquement.

Publié le 21 septembre 2026, mis à jour le 21 septembre 2026
Commentaires

Votre email ne sera jamais publié sur le site.

Flash infos