Rappel historique: la Grande Catastrophe de Smyrne en 1922

Par Lepetitjournal Athènes | Publié le 08/09/2022 à 18:00 | Mis à jour le 12/09/2022 à 07:14
Incendie se propageant dans la ville, la population observant

L’ancienne ville de Smyrne, aujourd’hui Izmir, était connue dans toute la région pour son côté cosmopolite car elle regroupait des populations de religion musulmane, juive et catholique

Après la chute de l’Empire Ottoman en 1918, l'armistice fut signé sur l’île de Lemnos et l’ancienne ville de Smyrne fut administrée par la Grèce, avec l’appui du Royaume-Uni.

Haut lieu de la civilisation chrétienne 

Située en Asie Mineure mais également en ancienne Grèce Antique ( qui regroupait les villes de Troie, Pergame, Milet, Priène et Didymes) Smyrne abritait selon les écrits, une des sept Églises de l’Apocalypse. Elle est située non loin d’Éphèse, également importante pour les chrétiens avec la maison de la Vierge Marie, la tombe et la basilique de saint Jean.

Une volonté d'établir un nouvel Etat

Depuis 1915 le comité Union et Progrès des Jeunes-Turcs, dont faisait partie Atatürk, souhaitait mettre en place la fameuse « Turquie pour les turcs » ce qui provoquera les événements marquants de cette époque, symbole d’une volonté nationaliste. Cette période tragique débuta par le génocide arménien et fut suivie par la Grande Catastrophe d’Asie mineure qui se traduisit par la prise de Smyrne et le massacre de sa population. Les dirigeants de l’époque vont exterminer entre 1,5 et 2,5 millions de chrétiens qui décéderont suite à la privation et la maladie.

Retour sur l'évènement de la Grande Catastrophe

La fuite des communautés chrétiennes et la prise de Smyrne

En 1922, de nombreux chrétiens se voient chassés de leurs villes, dont des grecs dit d’Anatolie, et trouvèrent refuge à Smyrne. Cependant, à cette même période, et plus exactement le 9 septembre, la ville est prise par les turcs après avoir été laissée, quelques jours plus tôt par les troupes grecques, pratiquant la politique de la terre brûlée. L'arrivée des turcs fut accompagnée par des combattants appelés Tchétés, auteurs des pires atrocités (pillages, massacres, viols et enlèvements). S’en suit l’incendie de la ville qui s’est déclaré dans le quartier arménien le 13 septembre et qui causa 100 000 morts. La population (environ 300 000 réfugiés) était encerclée par les turcs, ne pouvant fuir la ville en flamme, sous le regard de 23 navires occidentaux qui avaient reçus l'ordre de ne pas intervenir.

Une inertie occidentale

Ce n’est que le 19 septembre que Mustapha Kemal, plus tard appelé Atatürk, autorisa l’évacuation, mais seulement des femmes et des enfants. Les hommes chrétiens ( environ 100 000 personnes), ont été exterminés ou utilisés pour servir en tant qu'esclaves.

La réaction passive des occidentaux, notamment de l’Amiral américain présent, Mark Bristol, s’explique de différentes manières, malgré le caractère inhumain de cette décision. Pour des raisons stratégiques liées à l'accès au pétrole, l'Amiral Bristol était dans l'attente de recevoir l’appui des nouveaux dirigeants du pays, ce qui l'empêchait d'intervenir à leur encontre et d'aider à l'évacuation de la population. Ce n’est que le 21 septembre que les navires occidentaux reçurent l’autorisation de commencer l’évacuation, soutenus trois jours plus tard par le pasteur Asa Jennings. Ce dernier, faisant partie de l’association des jeunes chrétiens évangéliques YMCA (Young Men’s Christian Association), fut l’un des sauveurs de plusieurs centaines de milliers de personnes, les aidant à trouver refuge sur le sol hellénique. La Grèce, très reconnaissante de cet acte, le récompensera plus tard par deux des plus hautes distinctions civile et militaire : la Croix d’or du Sauveur et la Médaille du Mérite militaire.

Un drame longtemps oublié

Cette partie de l’histoire sera oubliée pendant longtemps, et refera surface seulement lors de la production de deux films hollywoodien, « Strange Destiny » (1945) et « A Man of Great Importance » (1952) qui racontent cet évènement. D’autres films sortiront par la suite, comme « Smyrni mou agapimeni » en 2021.

L'auteur Gilles Milton a également écrit un livre en 2010 «  Le paradis perdu : 1922, la destruction de Smyrne la tolérante ».

Cette année pour le 100ème anniversaire, de nombreuses commémorations ont lieu partout en Grèce pour ne pas oublier cet évènement tragique.

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