Édition internationale

Politique étrangère : la Grèce ne veut plus de drones ukrainiens sur ses côtes

Le gouvernement grec craint que le conflit en cours ne déborde dans la Méditerranée, alors que Kyiv traque sans relâche la « flotte de l’ombre» transportant le carburant exporté par Moscou.

Une côte vue de dessusUne côte vue de dessus
Écrit par Eliot Chalier
Publié le 19 mai 2026

Si les relations gréco-ukrainiennes avaient déjà été malmenées par les différents concernant le programme commun de drones maritimes, la déclaration d’aujourd’hui leur fait atteindre un nouveau point bas. Elle trouve ses origines dans la semaine du 4 au 10 mai 2026, lorsqu’un pêcheur longeant l’île de Lefkada, qui fait partie des très touristiques îles ioniennes, déniche au fond d’une grotte un drone maritime dont les moteurs fonctionnaient encore.

Son examen, réalisé dans une base navale située à côté d’Athènes, a confirmé qu’il s’agissait du modèle dit « Cossack Mamai », nommé ainsi en hommage à un héros national ukrainien. De plus, il semblait être en configuration de mission, ce qui exclut l’hypothèse d’un dysfonctionnement ayant conduit l’engin à se perdre puis s’échouer. Selon plusieurs sources, ce drone ne serait que l’un des nombreux d’appareils de ce genre survolant actuellement la Méditerranée orientale.

 

Une chasse aux fantômes qui dérange de plus en plus Athènes

 

Si Kyiv déploie tant d’effort dans cette région, c’est dans l’objectif de contrer la « flotte de l’ombre » : cet ensemble de vaisseaux, qui contourne les sanctions occidentales pour transporter des marchandises venant de Moscou, assure au pays des devises cruciales pour maintenir son effort de guerre. Le gouvernement ukrainien avait d’ailleurs averti son homologue grec que tout bâtiment identifié comme tel serait une cible prioritaire. Or une partie de cette flotte serait constituée de navires hellènes : en mars dernier, l’un d’eux avait été touché par un drone dans le port de Novorossiysk, alors qu’il chargeait sa cargaison russe.

A l’heure actuelle, Kyiv a déclaré ne pas avoir d'informations sur le drone. « Il n'y a aucune preuve qu'il appartienne à des opérateurs ukrainiens. Nous sommes ouverts à la coopération avec la partie grecque pour clarifier les circonstances de l'incident, si des demandes pertinentes de leur part existent », a déclaré mardi dernier Heorhii Tykhyi, porte-parole du ministère ukrainien des Affaires étrangères.

 

Un rapport qui a incité les autorités à réagir

 

Un document préliminaire sur l'inspection du véhicule par l'État-Major interarmées grec a déjà été soumis au Premier ministre Kyriakos Mitsotakis, qui doit encore décider de la marche à suivre. Les deux principaux scénarios étudiés considèrent que le drone a soit été largué dans la zone par un navire commercial, soit il a été lancé depuis une base ukrainienne à Misrata, dans l'ouest de la Libye. La possibilité qu'un de ces appareils frappe un pétrolier ou même un navire de passagers par erreur inquiète beaucoup Athènes, qui craint un désastre humain mais aussi écologique (la marée noire liée au naufrage de l’Agia Zoni II en 2017 reste présente dans les mémoires).

Un message va donc être envoyé à Kyiv, lui demandant de retirer tous ses drones des côtes du pays. Cependant, cette mise en garde ne signifie pas un changement de politique selon des sources diplomatiques : confronté aux propres revendications territoriales de la Turquie en mer Égée, Athènes reste opposé en toutes circonstances à la modification forcée des frontières. Un contact direct entre Kyriakos Mitsotakis et le Président ukrainien Volodymyr Zelenskyy n’est d’ailleurs pas exclus.

 

 

 

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