Édition internationale

En méditerranée orientale : l’accord maritime turco-libyen ravive les tensions dans la région

La ratification de l’accord turco-libyen datant de 2019 s’inscrit dans un contexte de regain de tensions gréco-turques, après environ trois ans de calme relatif. Ce nouveau point de tension se porte sur les zones maritimes de la région. 

Un bateau navigue en mer turque, devant des montagnes. Un drapeau turc est dressé sur un bâtiment. Un bateau navigue en mer turque, devant des montagnes. Un drapeau turc est dressé sur un bâtiment.
Écrit par Lepetitjournal Athènes
Publié le 27 octobre 2026

La ratification de l’accord maritime turco-libyen

Après des années de tension entre Ankara et les autorités orientales libyennes dirigées par le maréchal Khalifa Haftar, le mémorandum d’entente maritime que la Turquie a signé en 2019 avec le gouvernement d’union nationale de Tripoli (autorités de l’ouest), alors dirigé par Fayez al-Sarraj, a été ratifié par la Chambre des représentants de Libye le 20 octobre dernier. Cette dernière a également abrogé sa résolution de 2020 qui rejetait ces textes. 

En effet, l’accord avait été approuvé à l’époque par les autorités de l’ouest mais l’administration libyenne de l’est s’y était jusqu’ici opposée. Cela n’avait jamais été ratifié par le Parlement de l’est proche du clan Haftar et allié de l’Egypte privant alors l’accord d’une valeur juridique interne. Cependant, après des années de rapprochement avec Ankara, il y a eu un changement de cap. De plus, Haftar a écarté Aguila Saleh, qui bloquait cette ratification, le remplaçant par un proche. 

Les réactions européennes en soutien à la Grèce et à Chypre 

Suite à cet évènement, l’Union européenne et notamment la Haute représentante Kaja Kallas a publié une déclaration le 21 octobre, lendemain de la ratification, dans laquelle Kaja Kallas exprime son profond regret face à la ratification de cet accord, qu’elle qualifie comme “nul et non avenu”. Selon elle, le texte qui a été ratifié porte atteinte aux droits souverains d'États tiers et ne respecte pas le droit de la mer. Par ailleurs, le même jour, elle a indiqué sur X avoir évoqué ce vote, soulignant qu’il porte atteinte aux droits souverains d'États tiers, lors d’un entretien avec le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, à Bruxelles. 

António Costa et Ursula von der Leyen ont aussi publié dès le 20 octobre au soir un message commun réaffirmant que l’Union européenne ne reconnaissait pas l’accord (une position qui avait déjà été exprimée en 2019) et précisant leur solidarité envers la Grèce et Chypre.  

Ainsi, Kaja Kallas confirme la position de l’Union européenne à propos de cet accord en rappelant qu’il y a un intérêt stratégique pour l'UE que la Méditerranée orientale soit stable et sécurisée. Pour cela, elle appelle au respect du droit européen et international, et notamment celui de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer. 

Globalement, l’UE s’est exprimée de la même manière que lors des conclusions du Conseil européen en 2019. La seule différence est qu’à l’occasion il avait été ajouté que l’accord ne pouvait produire aucune conséquence juridique pour les Etats tiers. 

Les réactions des pays : la Grèce, Chypre, l’Egypte, Israël et la Turquie 

En Grèce, les réactions sont très dures envers la diplomatie hellène, les titres des médias parlent de “fiasco” et de “défaite nationale”. Par ailleurs, le ministre grec des Affaires étrangères, Giorgios Gerapetritis, a promis de prendre toutes les mesures utiles afin de protéger les droits souverains grecs. Il a ajouté que le mémorandum ne serait pas appliqué, et que sa ratification ne changerait rien. 

Chypre l’a jugé illégal, nul et non avenu. 

L’Egypte, pour sa part, a rejeté la ratification, déclarant qu’elle était nulle et sans effet. Le pays se réserve également le droit de protéger ses propres droits. 

Israël a condamné cette ratification, déclarant qu’elle portait atteinte aux droits de ses alliés. 

Au contraire, la Turquie l’a saluée, parlant d’une avancée importante et d’un succès diplomatique. 

Quels sont les enjeux géopolitiques et économiques derrière cet accord ? 

Ledit accord délimite les zones maritimes de la Libye et de la Turquie en vue d’une exploitation pétrolière et gazière offshore. Cependant, l’accord ignore la Crète et les îles grecques du Dodécanèse provoquant l’opposition ferme d’Athènes qui estime que cet accord n’a aucune base juridique et méconnaît les droits de la région. 

Le point de blocage est en réalité juridique. Tandis que la Grèce et Chypre ont ratifié la Convention des Nations unies sur le droit de la mer et considèrent que leurs îles ont droit à une zone économique exclusive complète, la Turquie ne l’a pas ratifiée et estime que ces îles ne devraient avoir que des eaux territoriales limitées. Il s’agit donc d’un différend qui dure depuis des décennies dans lequel Athènes soutient que la Turquie et la Libye n’ont aucune frontière maritime commune étant donné que cette mer appartient à la Crète.

 

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