Ce projet censé être énergétique et économique est devenu un véritable enjeu géopolitique portant sur la souveraineté maritime, les différentes alliances et la course à l’armement. Il cristallise d’anciennes tensions, et en crée de nouvelles.


Le projet du Great Sea Interconnector
Le projet du GSI traîne depuis quatorze ans et est présenté comme un projet stratégique pour Chypre et sa sécurité énergétique, actuellement isolée, ainsi que pour la Grèce qui souhaite devenir un hub énergétique en Méditerranée orientale. Le GSI est un projet d’un câble électrique sous-marin reliant la Grèce, Chypre et Israël mesurant 1 208 km, dont 898 km entre la Crète et Chypre. Il a un budget de 1,9 milliard d’euros et bénéficie aussi de financements européens.
L’objection d’Ankara
Pourtant, la Turquie ne cesse de s’opposer à ce projet et refuse que des travaux aient lieu dans des zones qu’elle considère comme contestées. Dès avril 2025, elle avait dissuadé un navire de recherche italien d’opérer au large de Kasos, obligeant la diplomatie grecque à revoir son calendrier. Fin septembre, le journal turc Hürriyet, proche du gouvernement, avait titré “la menace d’Ankara a fonctionné”, assurant que Paris et Athènes avaient amendé leur projet de recherche afin d’éviter une zone située autour de l’île Kastellorizo, des eaux autour d’une île grecque où la Turquie a décrété en août la création d’un parc maritime protégé. Pour autant, cette soi-disant reculade a été contestée par le gouvernement grec.
Enfin, le 1er octobre, le porte-parole du ministère turc de la Défense a déclaré qu’aucune activité non autorisée ne serait tolérée sur son plateau continental puisque Ankara refuse que des travaux soient réalisés dans des zones qu’elle dispute encore à ses voisins. Le même jour, la Turquie a annoncé le lancement d’une mission maritime de recherche d’hydrocarbures dans les eaux contestées au large de Chypre. Il faut dire que certaines des principales causes de frictions gréco-turques portent sur la présence éventuelle de gisements dans ces eaux ainsi que sur la délimitation des zones économiques exclusives (ZEE) et des eaux de la mer Égée.
La rivalité gréco-turque dépasse le volet maritime
Cette rivalité se nourrit également de la recherche d’alliances menée par les Grecs et Chypriotes qui multiplient leurs achats d’armes israéliennes, provoquant la colère d’Ankara, qui est le principal rival d’Israël dans la région. Par exemple, lors du défilé de la fête de l’indépendance à Chypre, le 1er octobre, la Turquie a condamné la présence du système antimissile israélien Barak 8, considérant cette présence comme un acte provocateur accroissant les tensions.
D’autre part, la Grèce a signé en août un contrat d’armement de plus de 3 milliards d’euros avec Israël, notamment concernant les systèmes antiaériens et antidrones.
Le rôle de la France dans ce projet
C’est un navire français qui devait en octobre réaliser des relevés dans les zones maritimes contestées par la Turquie. La France est également impliquée via le fonds Meridiam qui détient 66 % du capital du Great Sea Interconnector, étant donc l’actionnaire majoritaire du projet, et Nexans, un groupe français, est chargé de la fabrication ainsi que de la pose du câble.
















