Le record d’affluence enregistré sur les 3 premiers mois de 2026 divise les opinions, entre partisans de la croissance économique et dénonciateurs de la surfréquentation de certains sites.


Les chiffres ne mentent pas : malgré l’absence de certains marchés clé du Moyen-Orient, le nombre de touristes entrés en Grèce de janvier à mars 2026 a augmenté de 38.3 %, juste en dessous de la barre symbolique des 4 millions. De la même manière, les dépenses réalisées durant ces séjours, ont bondi de 64.3 % sur la même période, atteignant 1.67 milliards d’euros, chaque personne déboursant 19.9 % de plus que l’année précédente.
Deux faits essentiels peuvent être retirés de ces statistiques : en premier lieu, la Grèce semble avoir une base de visiteurs suffisamment fidèle pour revenir chaque année, même en cas de conflit dans une région voisine. Mais plus important encore, elle attire des individus au revenu disponible élevé, même si une partie de cette hausse s’explique par l’inflation.
Le gouvernement grec soutient cette dynamique
Interrogé à propos de ces résultats, le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis les a qualifié d’« exceptionnels ». Selon lui, si « le bon scénario se réalise concernant le Moyen-Orient, [...] la volonté de nos visiteurs traditionnels de voyager en Grèce n’en sera que plus grande », soutenant que le pays pourrait tirer son épingle du jeu en apparaissant plus sûr que les pays du Golfe.
Bien que Monsieur Mitsotakis avertisse les opérateurs touristiques de ne pas espérer battre des records à chaque saison, il affirme que la Grèce reste largement en faveur du secteur, notant qu’il n’y a jamais sur place de manifestations à grandes échelle sur ce sujet comme en Italie ou en Croatie. « Je rejette la notion de sur-tourisme » dit-il « Le tourisme est un moteur de l’économie ».
Un état de plus en plus dépendant de cette manne financière
Ce constat a rarement été aussi vrai : 12.7 % du PIB grec en 2024 était lié aux flux touristiques, avec à la clé des dizaines de milliers d’emplois saisonniers, le fonctionnement d’un grand nombre d’entreprises, et un apport de devises nécessaires pour le gouvernement. Mais si l’ensemble paraît positif, c‘est moins le cas des endroits fréquentés par les visiteurs : hausse des prix au détriment des locaux, usage prématuré des infrastructures et surfréquentation des centres-villes rendent le quotidien pour ceux qui vivent sur place.
A Athènes par exemple, le ratio est de 700 000 résidents pour 8 millions de touristes en 2025, d’après le maire Haris Doukas. Il affirme par ailleurs que des quartiers entiers pourraient perdre leur authenticité si rien n’est fait : « Athènes ne peut pas fonctionner comme un hôtel géant. Les villes doivent également avoir leur mot à dire sur la manière dont elles se développent. »
Deux visions vraiment incompatibles ?
Pour le premier magistrat, tout action doit mener à ce que que touristes et habitants puissent cohabiter, plutôt que de les opposer comme cela est souvent fait. Ainsi, d’un côté la modernisation d’Athènes s’est accélérée : nouveaux réseaux d’égouts, déploiement de la 5G et remplacement des infrastructures électriques sont au programme, tandis que le nombre d’employés municipaux a augmenté pour faire face à ces demandes. Au niveau écologique, 3855 arbres ont été plantés dans le centre historique, autour de l’Acropole.
De l’autre côté, le maire prépare une loi visant à interdire tout développement touristique dans le quartier de Plaka, situé au pied du Parthénon. Un gel temporaire de la construction de nouveaux hôtels est également envisagé, suivant l’exemple de Barcelone. Sur ce dernier projet, Monsieur Doukas a d’ailleurs reçu le soutien assez inattendu du président de l’association des hôteliers locaux, Evgenios Vassilikos.






















