Samedi 18 septembre 2021

Français à l’étranger : 4 ans après l’ouverture de leur salon « CUBE »

Par Noé Kolanek | Publié le 01/04/2021 à 05:30 | Mis à jour le 01/04/2021 à 10:40
Photo : Cube Hair Salon
Francais etranger

Ils possédaient un concept-store à succès dans la belle ville de Nice en France, mais ils ont pourtant décidé de tout plaquer en 2017 pour venir s’installer en Grèce. Voici la surprenante histoire que le couple d’artisans Marie et Sébastien avait confié au Petit Journal lors de leur arrivée. Entre temps, ils ont coupé le cordon d’inauguration de leur salon de coiffure et fait définitivement table rase du passé en se forgeant une nouvelle réputation. A Athènes, le « Cube Hair Salon » est considéré comme l’un des meilleurs salons de coiffure pour les expatriés de la capitale.  Le planning de rendez-vous affiche pratiquement complet chaque semaine, pandémie ou pas.

Il va donc sans dire que l’ouverture du salon s’est soldée d’un succès.  Seulement… changer de pays revient aussi à tout changer. La réussite d’un projet professionnel ne va pas forcément de pair avec vie privée. Alors, est-ce que le choix de Sébastien et Marie s’avère être réellement payant sur tous les plans ? C’est ce que Le Petit Journal est venu demander au couple Sébastien et Marie, quatre ans plus tard.

Français en Grèce

Cela fait maintenant quatre ans que votre salon de coiffure est ouvert, une demi-décennie que vous vivez en Grèce. avez vous l’impression de vous sentir désormais chez vous ?

En réalité c’est difficile à dire puisque c’est un sentiment qui est évolutif. Au début quand tu t’installes, tu te réveilles le premier jour et tu entends que ton environnement ne parle pas ta langue maternelle. C’est étrange. Nous pensions que nous étions encore en vacances parce qu’on avait pris l’habitude de venir en Grèce chaque été pendant de longues années. Et puis un matin, tu te rends compte que tu n’es pas en vacances. Il y a alors un moment donné où après quelques mois tu te dis : « ah je vais rentrer à la maison » qui est pour toi la France et tu es bien sûr très excité et heureux de revenir…

Marie complète alors instantanément la phrase de Sébastien comme par réflexe : Et en fait, tu te rends compte que la France ce n’est plus réellement chez toi

Pour Sébastien, après trois aller-retour en France,  Il n’y avait plus de doute, la Grèce c'était son nouveau chez lui

C’est complètement ça, confirme Marie, je le vois comme une inversion des rôles. La seule chose qui diffère pour moi est que dès mon premier retour en France, je voulais rentrer « chez moi » en Grèce. Je ressentais déjà pleinement ce sentiment..

C’est vrai, mais bon… Te sentir en vacances dans le pays qui t’a vu grandir est vraiment bizarre, lance Sébastien. Le Covid a été pour nous un coup de marteau. On sait maintenant encore mieux qu’avant, qu’on est bien en Grèce. En tant qu’artisans, nous nous sentons plus en sécurité là où nous sommes. La crise sanitaire nous impacte moins que si nous nous trouvions en France.

Vous êtes-vous demandés si vous ne vous sentiez pas plus Grec que Français une fois tout ce sentiment emmagasiné ?

Sébastien s’empresse de répondre avant même que la question ne soit terminée : Ah ça non, français un jour français toujours !

Marie poursuit juste après sa phrase avec autant de spontanéité : On ne se sent pas grecs mais on est pour autant complètement immergés par la culture du pays.

En fait je pense que c’est la démocratisation du voyage qui nous fait penser comme cela réplique Sébastien. On vit actuellement dans une période qui nous a donné la chance de pouvoir voyager énormément, chose que nos parents ne connaissaient pas par exemple. Et cette chance- la, te donne une ouverture d’esprit et une compréhension générale qui nous fait aussi dire que nous sommes des citoyens du monde. Mais cependant cela ne nous enlève pas la nationalité française car je me sens toujours français.

Pour Marie c’est pareil. J’ai compris en vivant ici à quel point j’étais française. Pour autant, je me sens complètement intégrée dans le pays. C’est-à-dire que je ne me vois pas juste comme une expatriée, loin de là. J’ai tellement l’impression de baigner dans la culture grecque de manière naturelle que je ne pense plus être adaptée à la France. On peut dire que je me suis forgée une double culture.

Est-ce que vos succès précédents vous ont donné plus de facilité à vous installer en Grèce ?

En fait nous avions déjà ouverts deux premiers salons (à Paris et Nice) avant de tout plaquer et d’aller se lancer dans une troisième expérience à Athènes… Et je pense que quand tu crées une entreprise avec notre expérience, tu connais déjà les enjeux ; le temps que cela prend ou encore tous les impondérables susceptibles de modifier tes plans. Avec ce bagage, tu es habitué comme entraîné à relever un quotidien extrêmement difficile pendant au moins une année si ce n’est plus, nous confie Marie

Français en Grèce

Pour Sébastien, le fait d’arriver et de recommencer à zéro dans un pays dans lequel tu ne parles pas la langue est un vrai défi. Il y a une part de folie là-dedans. Avant de partir à l’étranger comme nous, beaucoup de gens se seraient renseignés sur la communauté francophone en Grèce, sur sa langue natale et j’en passe. Nous, on est parti sans faire d’études de marché, sans rien, on avait juste notre expérience comme bagage. On n’a moins de risques que d’autres corps de métier en tant que coiffeur quand tu décides de t’implanter à l’étranger. Ça ne veut pas dire qu’il n’y en a pas. Je pense seulement que dans un métier comme le nôtre, c’est plus facile à surmonter. Et puis, les ciseaux parlent toutes les langues… (Il sourit)

Cela veut dire que vous étiez déjà confiants avant même de vous installer ?

Sébastien : On avait des éléments qui nous faisaient penser que nous faisions le bon choix vu que nous connaissions déjà le pays par nos vacances, mais il ne faut pas tout mélanger. Quand tu découvres un pays en tant que voyageur, tu as automatiquement une vision faussée par rapport à la réalité. Par exemple ceux qui partent à Cuba et adorent le pays n’aimeraient pour autant pas vivre sous le régime de Raúl Castro.

Marie : C’est une nouvelle adaptation, tout simplement. S’installer ici c’est l’école de la vie. On a appris autre chose, à se réinventer à se réécrire pour être en accord avec le pays qui nous accueille.

Sébastien : La seule règle qui en vigueur ici est : « no rules. »  (« pas de règles, » en français)

Justement, vous n’avez pas finalement la sensation d’avoir créé vos propres règles en déménageant ici ?

Marie : C’est exactement ça ! On a pu établir nos règles ou plutôt nos idées après avoir assimilé la culture de notre pays hôte. C’est cela d’ailleurs que nos clients viennent chercher lorsqu’ils se font coiffer chez Cube Hair ; quelque chose de différent. Nous avons été considérés, malgré nous, comme un salon pour les expatriés et cela nous permet de découvrir des personnes aux origines très différentes… Nos clients au salon, entendent parler grec, français, anglais, russe et même portugais ! Ç’est délirant, ils hallucinent !

Français en Grèce

Sébastien ajoute d’un air blagueur : Tu as presque l’impression d’être dans un aéroport international…

Marie : A vrai dire c’est ça. En venant vivre ici on a pu se mélanger à toutes ces cultures et cela nous apporte énormément. Chaque personne nous raconte l’histoire de son pays lorsqu’il passe au salon. C’est pour moi un immense cadeau qui dure maintenant depuis quatre ans.

Sébastien : Et on visionne même maintenant l’histoire de notre pays différemment. Les français qui viennent au salon sont originaires des quatre coins de l’hexagone, on partage nos expressions locales et ça nous fait éclater de rire. Au-delà de cela on apprend les histoires de certaines régions qu’on ne connaissait pas avant. On ne pensait jamais pouvoir s’enrichir autant culturellement! Je pense que c’est ça le meilleur cadeau qui nous a accompagné durant tout ce temps. Cette vie nous va pleinement.

Cube Hair Salon 

Charitos 25, Athènes 106 75

Tél : 697 171 9451

 

 

 

 

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Noé Kolanek

Mon nom est Noé Kolanek. Je suis passionné par l’écriture comme par l’histoire du monde, j’ai décidé de devenir journaliste afin de pouvoir écrire un peu sur ce qui l'a fait chaque jour.
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