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FOCUS - Les réparations de guerre demandées par la Grèce à l'Allemagne

Par Lucile Rousseau | Publié le 16/07/2019 à 07:30 | Mis à jour le 16/07/2019 à 21:07
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Le 17 avril dernier, le gouvernement grec s’est vu confier par le Parlement la mission d’adresser à l’Allemagne une demande officielle de réparations pour les crimes commis pendant la Seconde Guerre Mondiale. Au total, la Grèce réclame 290 milliards d’euros pour l’ensemble des dommages subis. 

Cette demande de réparations n’est pas nouvelle. C’est un sujet récurrent dans la relation diplomatique entre les deux états depuis plusieurs années. Déjà en 2015, Syriza avait voulu s’attaquer à cette question. Une commission d’experts avait alors été réunie pour évaluer la somme de ces réparations de guerre. C’est un sujet complexe car cette demande de réparations englobe en fait plusieurs aspects de l’invasion et de l’occupation nazie de la Grèce pendant la guerre. 

 

Un emprunt forcé jamais remboursé 

Tout d’abord, il y a la question de l’emprunt forcé fait par l’Allemagne pendant la guerre sur la Banque Nationale de Grèce. Cet emprunt était de 476 millions de Reichsmarks à l’époque, soit environ 11 milliards d’euros actuels, selon les calculs des experts. Cette somme, qui a permis à l’Allemagne d’aider son armée pendant la guerre, n’a jamais été remboursée à la Grèce depuis. 

 

Des réparations de guerre promises finalement impayées 

Ensuite, vient le sujet des réparations de guerre. La majorité des pays vainqueurs ont obtenu un dédommagement, mais la Grèce n’en a jamais vu la couleur. Au lendemain de la guerre, les réparations que l’Allemagne doit payer à la Grèce sont évaluées par les alliés à 7 milliards de dollars. Mais, en 1953, pour permettre à l’Allemagne de se reconstruire, ce règlement est différé par le traité de Londres. Finalement, la Grèce ne le recevra jamais. 

C’est un point central des revendications, d’autant plus que les historiens estiment que l’occupation de la Grèce a été particulièrement violente. En France, 1,5% de la population est morte sous la violence de l’occupation, alors qu’en Grèce c’est 8 à 9% de la population qui en est décédée, explique l'historien Olivier Delorme. Lors de l’hiver 1941-42, les occupants ont organisé une famine meurtrière. Durant cette période de terreur, des centaines de villages ont été brûlés. A la fin de la guerre, la Grèce comptait 1 million de sans-abris sur 7 millions d’habitants. 

 

Une indemnisation des victimes grecques du nazisme incomplète 

Enfin, il y a la question de l’indemnisation des victimes et de leurs familles. Dans les années 1960, l’Allemagne a versé l’équivalent de 81 millions d’euros à celles-ci. Mais, pour bon nombre d’historiens, cela reste une somme limitée qui a été versée essentiellement aux victimes juives. Le reste des victimes grecques (civils, résistants, tziganes) n’ont rien touché. 

 

Y’a-t-il une date de péremption pour les crimes de guerre?

D’un côté, certains estiment que l'on ne peut pas faire appel à l’histoire pour régler des problèmes actuels de fonds publics. Pour l'Allemagne, c'est une question juridiquement close puisque le Traité de Moscou, signé en 1990, qui organise la réunification de l'Allemagne solde les dettes de guerre allemandes. De plus, il est vrai que l’Allemagne a connu un renouvellement de sa population depuis la guerre. Pour beaucoup de personnes, la population active allemande d’aujourd’hui ne devrait pas être jugée responsable des crimes nazis auxquels ont pu contribuer ses aînés. 

Pour autant, d’autres affirment que les crimes de guerre ne périment pas tant que les dettes n’ont pas été payées. La meilleure façon de clore ce chapitre de l’histoire serait alors peut être de régler ce différend. Le Traité de Moscou de 1990 a été signé par l'Allemagne, les Etats-Unis, l'URSS, la Grande-Bretagne et la France, mais la Grèce n'a pas eu son mot à dire dans ces prises de décision. De plus, le non-règlement de cette somme a compliqué la reconstruction de la Grèce durant l’après-guerre. Par rapport à la France ou l’Angleterre, la Grèce n’a pas eu la chance d’obtenir ces fonds pour lui permettre de développer son pays et son économie durant cette période, où elle a dû faire face à une guerre civile et une dictature. Dans le contexte actuel d’endettement de la Grèce auprès de l’Union Européenne, nombreux sont ceux qui trouvent cette situation injuste au vu de ce passé.  

Des deux côtés, les historiens, les juristes et les politiques ne sont pas unanimes. Cette question pourrait bien se terminer devant la Cour de justice internationale de La Haye...
 

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Lucile Rousseau

Etudiante en sciences politiques et globe-trotteuse en herbe, je pose mes valises à Athènes pour quelques semaines. Je vous propose de découvrir ou redécouvrir la capitale grecque sous le regard neuf d'une novice en mythologie et horiatiki.
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