Vendredi 5 mars 2021
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COVID-19 : l’irresponsabilité de l’Église de Grèce face à la pandémie

Par Lepetitjournal Athènes | Publié le 05/01/2021 à 18:00 | Mis à jour le 06/01/2021 à 09:42
Photo : Itl.cat
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Le Covid-19 et sa pandémie ont porté un double coup à la puissante Église grecque orthodoxe. La maladie se propageant rapidement dans ses rangs tandis que les hautes institutions du clergé repoussent les critiques sur sa façon de gérer la pandémie auprès de ses fidèles.

Le chef de l’Église, Mgr Ieronymos, déclarait qu’il s’était engagé à soutenir la campagne de santé publique du gouvernement conservateur visant à stopper la propagation du virus. Le 30 novembre, l’archevêque de 82 ans a lui-même été libéré d’un hôpital d’Athènes après 12 jours de traitement contre le virus, exhortant les Grecs à « se restreindre, se discipliner et suivre les règles ».

Alors que les autorités grecques luttent pour contenir une deuxième vague du virus, certaines des critiques les plus féroces à l’égard de l’Église viennent de ses propres rangs. Un évêque, Anthimos d’Alexandroupolis, a condamné ceux qui, avec des « sermons criminels », ont exhorté les Grecs à ignorer les restrictions de santé publique.

 « Nous pensions être des surhommes. Nous avons caché le fait que nous avions été infectés par le virus et ce dernier nous conduit à la tombe », a-t-il écrit dans un message le mois dernier. « L’égoïsme pieux tue ! l’État doit préciser que l’observation des restrictions est une obligation pour tous, les religieux inclus.», a-t-il ajouté.

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Drapeau des Eglises orthodoxes de culture grecque

Plus tard, l’archevêque Leronymos donnait un résultat positif à covid-19 le 16 novembre dernier, deux jours après avoir rencontré le Premier Ministre Kyriakos Mitsotakis durant le confinement du pays, pour discuter de l’ouverture des églises pour Noël. (M. Mitsotakis donnait par la suite un résultat négatif).

Des événements similaires de « propagation » semblent avoir alimenté la transmission du virus à travers les rangs du clergé grec, notamment un dîner pour le Saint Synode, l’organe directeur de l’Église, à Athènes et une cérémonie pour le saint patron de Thessalonique dans le nord de la Grèce.

"Je le vois comme le corps du Christ, donc je suis"

Lors des célébrations de la Sainte Journée en octobre dernier, Mgr Ioannis, évêque de Lagadas, réunissait une foule de fidèles pour prier. Il est décédé quelques semaines plus tard alors qu’il prétendait haut et fort que le virus ne se propagerait jamais si on était fidèle dans la sainte communion.

Un tribunal grec a derniérement autorisé un évêque, Nektarios de Corfou, à violer les restrictions sanitaires de lutte contre le Covid-19 et a exhorté les fidèles à défier le confinement et à fréquenter l’église.

« Si vous ne croyez pas et ne le voyez pas comme du vin et du pain, vous n’êtes pas protégés », a déclaré Giorgos Vasileiou, de l’Église de Grèce. « Je le vois comme le corps du Christ, donc je suis. »

Plusieurs législateurs conservateurs disent qu’ils continuent à participer au sacrement de la communion, et un ministre du gouvernement a récemment été photographié le faisant.

Eleni Yiamarellou, conseillère gouvernementale pour la santé, a déclaré publiquement que la pratique de l’engagement envers le sacrement de la communion, pris avec une cuillère partagée avec l’ensemble des fidèles durant la cérémonie religieuse, ne pose aucun risque pour la santé des croyants.

Depuis le début de la pandémie, les représentants du gouvernement ont surtout blâmé la surpopulation dans les bars et les restaurants mais restent frileux à montrer du doigt l’Église, dans un pays où huit personnes sur dix disent que la religion est une partie importante de leur vie.

Mais depuis quelques semaines plusieurs sondages d'opinion indiquent cependant que sept Grecs sur dix croient que la communion propage le virus, et que sept sur dix ont décrit la réponse de l’Église sur la pandémie comme irresponsable.

La dernière déclaration du gouvernement empêchant les l’Églises de Grèce d’ouvrir pour les célébrations de l’Épiphanie demain, a suscité un vent de colère auprès de l'Église de Grèce qui a décidé d’ouvrir ses portes aux fidèles, malgré l’interdiction du gouvernement de tout rassemblement, même religieux.

Un gouvernement sans voix

Dans une déclaration publique, le gouvernement grec a déclaré que : « L’Église montre qu’elle ne veut pas reconnaître les nouvelles mesures qui sont imposées à tous les citoyens du pays ... mais la loi ne peut pas être bafouée et contournée au besoin particulier des uns et des autres. La loi est applicable à tous et pour tous. Au-delà d’une simple obligation, les mesures préventives sont un acte de solidarité sociale et de responsabilité, pour tous. »

Le gouvernement a appelé l’Église à « prendre conscience de la dure épreuve que nous passons face à la pandémie et de prendre ses responsabilités. Tout au long de la pandémie du coronavirus, le gouvernement a été en consultation constante avec l’Église de Grèce sur les questions de liturgie, en ce qui concerne la santé publique et la foi des gens. Le gouvernement impose de nouvelles restrictions au peuple afin de nous aider à reprendre une vie normale le plus vite possible. Nous demandons à l’Église de ne pas organiser de célébrations illégales avec des fidèles durant l’Épiphanie mais plus à huis clos »

Et si l’église était plus forte que l'Etat ?

 

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1 Commentaire (s)Réagir
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Boby mer 06/01/2021 - 23:07

Si l'Eglise est plus forte que l'Etat, c'est parce que l'Etat le tolère !

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