Édition internationale

Après un an, la seconde administration Trump a-t-elle nui ou profité à la Grèce ?

Athènes se retrouve aujourd’hui sur un fil, entre d’un côté son alliance militaire renforcée avec Washington, et de l’autre sa loyauté à l’Union européenne et à l’OTAN, actuellement dans le viseur des États-Unis.

Donald Trump prononçant un discoursDonald Trump prononçant un discours
Écrit par Lepetitjournal Athènes
Publié le 21 avril 2026

Dans le domaine militaire, la Grèce s’est fait remarquer depuis que le Président Trump a exhorté les pays européens à s’impliquer plus à leur propre défense. Avec presque 4 % de son PIB dédié à cet effet, elle se situe en effet bien au-delà de ce que réclame Washington.

Le gouvernement grec s’est donc vu récompensé de multiples manières pour ses efforts: il se voit attribuer la priorité lors de l’achat des dernières technologies états-uniennes, telles que l’avion F-35, mais aussi confirmer l’expansion de son accord de défense mutuelle, transformant certaines bases comme la baie de Souda ou Alexandroupolis en pivots de la présence américaine en Méditerranée orientale.

Une ambassadrice qui met Athènes dans les petits papiers de Washington

La conséquence la plus visible reste cependant la nomination de Kimberly Guilfoyle en tant qu’ambassadrice des États-Unis en Grèce. Proche de Donald Trump, elle fut responsable financière de sa campagne en 2020. Lors d’un discours au Sénat suivant sa nomination, elle a annoncé concentrer ses efforts sur trois axes : « Défense, Énergie, Confiance ».

En plus d’encourager Athènes à moderniser ses capacités militaires, Mme Guilfoyle souhaite discuter d’ un nouveau traité permettant « d’exporter plus d’énergie américaine en Grèce et en Europe », à travers notamment le terminal de gaz naturel liquéfié de Revythoussa.

Le contexte de cette arrivée n’est pas complètement anodin : le sociologue gréco-américain Patrick Theros, allant chaque année sur place depuis 1963, observe que « les voix qui blâmaient autrefois les États-Unis pour tout les problèmes de la Grèce, réels ou imaginaires, se sont notablement calmées. Je pense qu’alors que le comportement de la Turquie se fait plus agressif et prédateur, l’opinion publique grecque a compris qu’elle a besoin d’alliés […].»

Donald Trump et les relations gréco-turques

Cette nomination reste néanmoins à double tranchant : bien qu’elle ait attribué à la Grèce un rôle majeur dans la politique méditerranéenne de l’administration Trump , elle la soumet également aux sautes d’humeurs du président américain. Sa relation avec le président turc Recep Tayyip Erdogan en est un exemple : admirateur du style « d'homme fort » de ce dernier, il le loue comme un « joueur d'échecs de classe mondiale » et un leader qui « met son pays en premier. »

Pour la Grèce, cette proximité est une source d'inquiétude stratégique. Le retour potentiel de la Turquie dans le programme F-35 en 2026, et le pivot des États-Unis vers Ankara en tant qu’« ancrage stratégique » face à l'Iran suggèrent que Washington considère la Turquie comme un allié de poids. Malgré les paroles rassurantes de l’ambassadrice Guilfoyle, le gouvernement grec n’est donc pas à l’abri d’un revirement soudain de Washington.

A titre d’exemple, la politique « America First » de Washington, qui a mené à des guerres commerciales avec l’Union européenne à coup droits de douane, a sévèrement secoué l’agriculture grec. De plus, le Parlement hellénique s’est divisé sur la question de l’augmentation du budget militaire, alors que d’autres domaines de l’économie pourraient bénéficier d’investissements supplémentaires.

Donald Trump : bon ou mauvais présage pour Athènes ?

Depuis un an, le rôle de la Grèce dans la Méditerranée s’est considérablement renforcé : elle est désormais un état-clé pour la stabilité militaire et l’approvisionnement énergétique de l’Europe de l’Est. Néanmoins, l’investissement croissant dans la défense épuise le budget du gouvernement, et l’oblige à maintenir une délicate balance entre son identité européenne et son partenariat avec les États-Unis. En choisissant de se hisser au rang de puissance régionale, la Grèce doit désormais en assumer le prix.

Commentaires

Votre email ne sera jamais publié sur le site.

Flash infos