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Les six visages de l’amour selon les Grecs anciens

Et si notre difficulté à définir l’amour venait simplement d’un manque de vocabulaire ? Là où nous n’utilisons qu’un seul mot, les Grecs anciens en distinguaient six. Une manière de penser les relations humaines avec plus de nuance, entre passion, amitié, engagement et altruisme.

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Écrit par Rémi Barjolle
Publié le 19 février 2026, mis à jour le 20 février 2026

L’amour dans notre société est un concept difficile à définir. Chacun, même au sein d’un couple, peut avoir une vision et une définition de l’amour qui diverge de celle d’autres personnes. Pourtant l’amour, tout le monde le ressent, le voit et surtout tout le monde le recherche.

 

Comment les Grecs anciens appréhendaient l’amour ?

Mais alors pourquoi ce concept, omniprésent dans nos vies, est-il si difficile à cerner ? Le problème viendrait peut-être du mot « amour » en lui-même, qui englobe une multitude de sous-concepts associés à ce sentiment. C’est pour cela que les Grecs anciens utilisaient six mots différents pour le décrire.

Ces « six amours » permettent de nuancer l’attachement émotionnel. Ils offrent la possibilité de conceptualiser l’amour différemment en fonction des désirs qui y sont associés, de la personne pour qui on l’éprouve ou encore de la façon de le vivre.

Les six formes de l'amour

Le premier est Éros (ἔρως). Il désigne l’amour passionnel, le désir intense et souvent irrationnel. Associé au dieu du même nom, Éros incarne l’attirance physique, l’élan charnel, mais aussi cette forme d’amour qui consume et bouleverse. C’est l’amour des débuts, celui des regards brûlants et des battements de cœur accélérés.

Vient ensuite Philia (φιλία), l’amour de l’amitié. Il s’agit d’un attachement profond et sincère entre proches, fondé sur la confiance, la loyauté et le partage. Philia est l’amour des amis, des compagnons de route, celui qui se construit dans la durée et dans la réciprocité.

Storgê (στοργή) correspond à l’amour familial. C’est l’affection naturelle entre parents et enfants, entre frères et sœurs. Un amour souvent instinctif, protecteur, qui ne repose ni sur le désir ni sur l’intérêt, mais sur un lien intime et durable.

Agapè (ἀγάπη) représente un amour désintéressé et universel. Il s’agit d’un amour altruiste, tourné vers l’autre sans attente de retour. Plus tard repris dans la tradition chrétienne, il symbolise la bienveillance, la compassion et le don de soi.

Les Grecs parlaient aussi de Ludus, l’amour ludique. C’est la séduction légère, le flirt, le jeu amoureux sans nécessairement de profondeur émotionnelle. Il évoque la spontanéité, la légèreté et parfois l’insouciance des relations naissantes.

Enfin, Pragma désigne l’amour durable et construit. C’est celui qui s’inscrit dans le temps, nourri par les compromis, la patience et l’engagement. Moins flamboyant qu’Éros, il est cependant souvent plus solide. C’est l’amour qui résiste aux épreuves et se transforme sans disparaître.

 

Ne pas isoler un amour mais le cultiver sous toutes ses formes

En distinguant ces formes d’amour, les Grecs anciens ne cherchaient pas à les opposer, mais à montrer que l’amour n’est pas un bloc uniforme. Il est pluriel, mouvant, parfois contradictoire. Peut-être que notre difficulté à le définir aujourd’hui vient précisément de là : nous utilisons un seul mot pour décrire des réalités émotionnelles multiples.

Comprendre ces nuances, c’est peut-être déjà mieux comprendre nos propres relations. Car derrière le mot « amour » se cachent en réalité des expériences diverses, qui ne répondent ni aux mêmes attentes, ni aux mêmes besoins, mais qui participent toutes, à leur manière, à ce que nous appelons aimer.

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