Lundi 14 juin 2021

Zao ZULU : "Nous devons toujours être ouvert d'esprit"

Par Hadia Beghoura | Publié le 12/04/2021 à 13:00 | Mis à jour le 12/04/2021 à 13:41
Photo : © Hadia Beghoura pour lepetitjournal.com
Zao ZULU études algérie

L'Algérie, pays d'Afrique où étudiants venus des quatre coins de ce même continent s'y installent dans le but de poursuivre leurs études. La plupart d'entre eux sont des étudiants d'Afrique francophone. Néanmoins, les anglophones ou lusophones ne sont pas exclus. Ils bénéficient de cours de langue lors de leur première année d'installation ce qui leur permet de poursuivre leurs études dans leur domaine de prédilection. 

Depuis plusieurs années, bon nombre d'étudiants viennent de toute l'Afrique étudier en Algérie. C'est ce qui a attiré l'attention de notre édition qui s'est s'intéressée à leurs parcours à travers une série d'interviews. La semaine dernière, nous avons partagé l'interview faite à Mohamed ABDULAZIZI venu de Tanzanie. La semaine d'avant, Adiarra SOGODOGO nous a généreusement fait part de son expérience en Algérie. Avant elle, deux autres étudiants se sont livrés à nous, Eloge MANIRUMVA du Burundi et Bernard Senyo AFLAKPUI du Ghana.

Aujourd'hui, nous nous dirigeons vers la Zambie, pays d'Afrique anglophone, avec Zao ZULU, étudiant à la faculté de médecine d'Alger. 

Présentez-vous à nos lecteurs 

Je m’appelle Zao ZULU, j’ai 24 ans, je suis originaire de Zambie, pays d’Afrique anglophone. Je suis né à Kabwe, petite ville à 160 km de la capitale, Lusaka. J’ai une sœur. Je suis arrivé en Algérie en 2014 pour faire des études en médecine à Alger. Je bénéficie d’une bourse d’études.

Parlez-nous un peu de votre vie dans votre pays et ville d’origines

Ma ville natale s’appelait auparavant « Broken hill ». Des ossements d’un homme très anciens ont été découverts dans les mines de la ville. Par la suite on lui a attribué le nom de Broken Hill Man (L’homme de Broken Hill). A présent la ville s'appelle Kabwe. A l’époque, tout le plomb et le zinc de Zambie venaient de cette ville. C’est une petite ville, calme, il n’y a pas grand-chose à faire. En guise de plaisanterie, les gens disent d'elle qu’elle est « un arrêt de bus » !

Nous avons soixante-dix (70) langues parlées dans le pays et parmi les plus importantes il y a : le Tonga, le Lozi, le Bemba, et autres. Ma langue maternelle est le Longoni.

Pourquoi et comment avoir choisi l’Algérie ?

A vrai dire, je n’ai jamais pensé à venir en Algérie. Un jour, mon père lit dans le journal une annonce de bourses et me propose de candidater, ce que j’ai fait. J’ai déposé mon dossier pour sept bourses différentes : trois en Zambie, une à Cuba, une en Guyane, une en Chine et une en Algérie. J’ai été pris dans chacune d’entre-elles mais je suis venu en Algérie pour deux raisons : la première étant que les autres universités n’offraient pas de bourses complètes et la deuxième était que mon père voulait que j’aille faire des études dans un pays où j’apprendrai le français. C’est ainsi que je suis venu en Algérie. Je ne connaissais rien du pays à part sa situation géographique.

Est-ce que les étudiants de votre communauté sont nombreux ? Dans quelles villes sont-ils majoritaires ?

A mon arrivée, nous étions 57 Zambiens. A ce jour il n’en reste plus autant seuls ceux qui font médecine. Nous sommes trois étudiants à Alger, un à Oran, un à Tlemcen et deux à Constantine en plus des nouvelles promotions. La ville où il y a une plus forte concentration de notre communauté est Tlemcen.

Comment s’est déroulée votre arrivée en Algérie ?

Quand nous sommes arrivés à Alger, on nous a emmenés à la cité universitaire de Bab Ezzouar, point d'arrivée de tous les étudiants étrangers qui viennent en Algérie. Nous étions cinquante sept (57) étudiants venus de Zambie. Le lendemain, nous sommes partis à Annaba pour commencer nos cours de français. Nous avons tous été logés dans un seul et même pavillon car nous étions nombreux, quarante (40) Zambiens et trente (30) Zimbabwéens. On s’est senti comme à la maison. Après une année à Annaba, je suis venu à Alger où j’ai intégré la Faculté de médecine.

Racontez-nous votre quotidien dans votre ville de résidence en dehors de vos études.

J’aime jouer au football, sortir, aller au restaurant et danser, j’adore ça !

Avez-vous pu vous intégrer facilement en Algérie ?

Afin de m’intégrer rapidement dans la société algérienne, je sortais et rencontrais des gens. Mais j’ai connu la plupart de mes amis à l’université. C’est un mixe entre étrangers et Algériens. Pour ma part, je n’ai eu de difficultés que la première année essentiellement à cause de la langue mais par la suite c’est devenu plus facile.

Quels sont vos lieux préférés dans votre ville de résidence ? Qu’aimez-vous y faire ?

Il y a un café à la Place Audin à Alger centre que j’aime bien et dans lequel j’y ai passé beaucoup de temps. Ce qui était intéressant c’était de discuter avec des hommes âgés d’environ la cinquantaine. Ils m’ont appris beaucoup de choses sur l’Algérie à travers nos différents échanges. J’y allais souvent seul.

Avez-vous voyagé en dehors de votre ville de résidence ? Si oui, citez-nous les noms des villes visitées.

J’ai visité Tizi Ouzou, Blida, Tlemcen, Oran, Constantine.

Quels plats ou mets algériens traditionnels avez-vous testé ?  

J’ai goûté le Couscous, la Kesra, la Chorba et plusieurs autres plats mais j’ai oublié les noms.

Et quels sont les plats traditionnels de votre pays ? En avez-vous un que vous préférez ?

Chez nous en Zambie nous avons le Nshiam, c’est un plat à base d’une sorte de semoule. Nous le prenons avec la main pour accompagner des soupes, du poulet, du bœuf, des légumes … Mais mon plat zambien préféré est celui que ma grand-mère me préparait avec de l’Okras . C’est une sorte de soupe à base de poulet.

Qu’est-ce qui vous a le plus impressionné et/ou étonné à votre arrivée en Algérie ?

Les paysages ici sont splendides. L’Algérie est un très beau pays. J’aime la mer et il y a des vues sur mer magnifiques en hauteur. J’aime particulièrement une route qui descend de l’hôtel El Aurassi vers le Telemly où la vue sur la baie d’Alger est à couper le souffle.

Quelles différences avez-vous notées entre la culture algérienne et celle de votre pays ?

Chez nous, nous avons des problèmes mais nous essayons de vivre avec. Ici, je trouve que les gens sont un peu trop stressés. Dans mon pays c’est très cool, on danse même dans la rue.

Comment s’est déroulé l’apprentissage de la langue française ? 

J’ai fait mon année de langue française à Annaba. A vrai dire, nous n’avions que deux jours par semaine, trois heures par jour. Ce n’était pas suffisant pour nous mais nous étions tellement nombreux qu’ils devaient nous partager durant la semaine. Il y avait aussi la barrière de la langue pour communiquer avec les Bônois et la différence de culture. Donc, apprendre le français la première année n’était pas évident. Une fois venu à Alger, je me suis rendu compte qu’il fallait impérativement que j’apprenne le français pour pouvoir poursuivre mes études. Les premiers cours étaient très difficiles pour moi. Je me rappelle lorsque le professeur disait toute une phrase, je ne comprenais que deux mots. Par la suite, je me suis mis à lire les livres qu’on utilisait pour les cours. C’était très difficile au début car je devais à chaque fois traduire. C’est au bout de trois ou quatre ans que j’ai pu maitriser le français.

Arrivez-vous à parler et à comprendre l’arabe, essentiellement l’arabe algérien ? Quels mots ou phrases avez-vous appris jusqu’ici ?

Le premier mot que j’ai appris est « Kayen » (qui veut dire « il y a »). Sinon, je ne connais que quelques mots qui me facilitent mon quotidien.

Que vous manque-t-il le plus de chez vous ?

L’ambiance chez nous, j’adore danser !

A ce jour, le coronavirus continue à circuler dans le monde entier et l’Algérie n’en est pas épargnée bien que le nombre de contaminations ait considérablement diminué et les mesures de confinement partiel à domicile sont allégées. Mais lors de la période du grand pic, un confinement sévère a eu lieu en Algérie. Comment avez-vous vécu le confinement et quel impact cela a eu sur vos activités quotidiennes et vos études ?

La crise de corona a eu un impact important essentiellement au niveau des universités qui n’étaient pas prêtes à cette situation et cela a pris des mois pour qu’elles puissent organiser des cours en ligne. Lorsque ces derniers ont été mis en place, nous n’avions pas beaucoup de temps pour préparer les examens, donc nous étions nombreux à stresser. Pour ce qui est de ma vie quotidienne, comme tout le monde, enfermés dans nos chambres sans avoir où aller.

Après l’obtention de votre diplôme, quels sont vos futurs projets ?

Mes plans ont changé. Au départ, j’ai pensé à la médecine et de me spécialiser en pédiatrie. Par la suite, à chaque fois que je repars dans mon pays, je me rends compte de certaines difficultés que les Zambiens vivent et je me dis que je pourrai apporter plus dans autre chose. C’est comme ça que j’ai pensé à l’agriculture. La médecine est une de mes passions mais pas la seule.

Que vous a apporté votre expérience en Algérie?

La maturité. Quand je suis arrivé en Algérie je n’avais que 18 ans, j’ai donc beaucoup appris.

Quel conseil donneriez-vous à de futurs étudiants étrangers qui viendraient en Algérie ?

Mon conseil serait de ne pas se renfermer dans sa cage et sortir de sa zone de confort, aller découvrir d’autres choses et explorer d’autres horizons. On doit toujours s’ouvrir aux autres.

Quel serait le plus beau souvenir d’Algérie que vous emporterez avec vous ?

Il y a tellement de beaux souvenirs. Les différentes soirées que nous avons eues avec mes compatriotes de Zambie, le souvenir d’un road-trip d’une semaine. Pour ce qui est de l’Algérie, les discussions que j’ai eues avec les Algériens vont me manquer.

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Hadia Beghoura

Hadia Beghoura

Après 3 années passées à Pékin, un diplôme de Master en Commerce International de l’université UIBE en poche, je suis revenue en Algérie pour y travailler. Mes passions sont l’équitation, les voyages et l’art
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