Lundi 14 juin 2021

Valquiria SOZINHO: "Toute l'Afrique sur un même territoire,c'est beau"

Par Hadia Beghoura | Publié le 19/04/2021 à 13:00 | Mis à jour le 19/04/2021 à 13:00
Photo : © Hadia Beghoura pour lepetitjournal.com
Valquiria Carina SOZINHO études algérie

L'Algérie est l'un des pays d'Afrique à accueillir chaque année des centaines voire des milliers d'étudiants venus de tout le continent. Qu'ils soient francophones, anglophones ou lusophones, ces étudiants font des kilomètres à la quête d'une expérience à l'étranger dans le cadre de leurs études mais aussi bénéficient de bourses d'études très intéressantes. 

Cette semaine, lepetitjournal.com édition Alger clôture sa série d'interviews d'étudiants venus de toute l'Afrique avec le portrait de Valquiria SOZINHO, originaire d'Angola. Pleine d'énergie et très à l'aise dans sa nouvelle vie en Algérie, elle nous racontera à travers cette interview ses six années passées dans ce pays qu'elle quittera cette année et dans lequel elle s'est parfaitement intégrée. Elle véhiculera aussi de beaux messages de paix et de rapprochement entre les deux cultures qui ont fait d'elle cette femme "libre, ouverte et capable". 

Présentez-vous à nos lecteurs 

Je m’appelle Valquiria Carina SOZINHO, j’ai 24 ans, je suis originaire d’Angola, pays d’Afrique lusophone. Notre langue nationale est le portugais. Ma ville natale est la capitale, Luanda. Je suis venue en Algérie en 2014 grâce à l’obtention d’une bourse d’études octroyée par les deux Etats. J’ai finis mes études en Géologie à l’Université d’Oran 2 Mohamed Ben Ahmed l’année dernière mais à cause du Covid-19 je suis restée encore cette année. Néanmoins, je retourne chez moi dans les prochains jours bien que je me sens maintenant très Oranaise !

Parlez-nous un peu de votre vie dans votre pays et ville d’origines

Les paysages sauvages de l’Angola sont ce qu’il y a de plus beau à voir. C’est un climat tropical. Il y a de grandes rivières, il y a aussi la mer… Il est intéressant de faire des Safaris et visiter les zoos. Nous avons également un désert. L’un des plus longs fleuves au monde est en Angola et s’appelle le Kwanza. Il y a aussi une forêt qui, je pense, est la troisième plus grande forêt dans le monde appelée Mayombe. Notre langue officielle est le Portugais. Notre pays est une ancienne colonie portugaise. Il y a aussi différentes langues mais qui ont été perdues avec le temps et ne sont parlées que par les anciens.

Pourquoi et comment avoir choisi l’Algérie ?

L’histoire est que mes amis et moi avions d’abord échoué à un concours de bourses pour la France. L’organisme qui gère les bourses a gardé nos coordonnées et nous ont appelé trois mois plus tard en nous proposant un choix entre trois bourses dans trois pays différents : Le Maroc, L’Algérie et la Tunisie. Personnellement, je pensais que c’était un piège car j’ai trouvé ça tellement irréel qu’on puisse nous proposer des bourses mais après vérification, il s’est avéré que c’était vrai. Là où il y avait le plus de place c’était en Algérie et cela allait me permettre de ne pas être seule car tous mes amis ont choisi l'Algérie. C’est ainsi que je suis arrivée en Algérie.  

Est-ce que les étudiants de votre communauté sont nombreux ? Dans quelles villes sont-ils majoritaires ?

Il y en a un peu partout en Algérie. Le jour de notre venue, nous étions environ cinquante Angolais.

Comment s’est déroulée votre arrivée en Algérie ?

Nous étions cinquante étudiants venus d’Angola. On a été logés à la cité universitaire de Bab Ezzouar pour une nuitée. Des étudiants angolais qui étaient en Algérie avant nous nous ont reçus. Deux jours plus tard, nous sommes venus à Oran à la cité universitaire Belgaid. J’ai étudié le français pendant une année avant de commencer mes études en Géologie à l'Université Oran 2. Les deux premières années n’étaient pas faciles car je me suis renfermée sur moi-même. Par la suite, j’ai réfléchi et je me suis dit « Tu vis ici, tu habites ici, tu dois essayer de faire ta vie ici ». C’est à ce moment là où je me suis réveillée et me suis ouverte aux gens et j’ai découvert une toute autre Algérie. Lorsque je me suis rendue compte que je comprenais quelques mots en arabe, je me suis dit « Valquiria, tu deviens Algérienne ! ». C’est là où des Algériens venaient me saluer et échangeraient avec moi. Les Oranais ainsi que tous les Algériens sont très sympathiques. Je pense qu’ils s’habituent de plus en plus à la présence d’étrangers. J’ai commencé à sortir toute seule, dans les magasins on était très sympa avec moi et ma vie est devenue beaucoup plus facile.

Racontez-nous votre quotidien dans votre ville de résidence en dehors de vos études.

J’ai découvert des talents à moi que j'ignorais avoir notamment la décoration de lieux. Par exemple, lors des anniversaires, je m’occupe de la décoration. Sinon, ayant plusieurs amis algériens, je fais des randonnées, des bivouacs et je pars en voyages organisés. Je n’aime pas rester à la maison donc je sors tout le temps ! Je pars souvent à l’église Saint-Eugène, car je fais partie d’une communauté là-bas et j’ai mes engagements. Je suis aussi un peu une blogueuse. Je m'amuse beaucoup ! 

Avez-vous pu vous intégrer facilement en Algérie ?

Il y avait une activité d’associations algériennes car à Oran elles sont nombreuses comme Le Nomade Algérien, Bel Horizon et autres dont j’en faisais partie. Je suis une personne très sociable, j'ai donc le contact facile. Nous étions souvent invités, nous étudiants étrangers. C’est comme cela que les échanges avec les Algériens ont commencé. Les gens m’ont d’ailleurs souvent invitée chez eux dans leurs maisons. Je me suis faite beaucoup d’amis algériens.  

Quels sont vos lieux préférés dans votre ville de résidence ? Qu’aimez-vous y faire ?

Les lieux que j'aime bien à Oran sont les Andalouses mais quand il n’y a pas de monde, notamment au printemps où c’est calme. J’aime aller à Santa-Cruz. Il y a aussi le quartier Akid Lotfi où on trouve de bons restaurants. Le théâtre d’Oran est également un lieu magnifique ainsi que le centre-ville.

Avez-vous voyagé en dehors de votre ville de résidence ? Si oui, citez-nous les noms des villes visitées.

J’ai la chance d’avoir étudié la Géologie, ce qui m’a permis de visiter plusieurs villes comme : Tlemcen, Ain Temouchent, Mostaganem, Khmiss Melinana, Tizi Ouzou, Alger, Blida, Bouira (Tikdja), Bechar (Béni Abess et Taghit), le Hoggar, El Bayadh. Il me reste à visiter les villes de la région Est mais malheureusement je n’ai plus le temps de le faire car je pars bientôt, c’est bien dommage.

Quels plats ou mets algériens traditionnels avez-vous testé ?  

J’ai goûté le couscous du sahara, pour moi c’est le meilleur de tous les couscous. Ici à Oran, j’ai goûté la Chakhchoukha, le tadjine, le berkoukes, la rechta, la H’rira, la Chorba et plein d’autre choses. Mon plat préféré reste le Tadjine.

Et quels sont les plats traditionnels de votre pays ? En avez-vous un que vous préférez ?

Nous avons plusieurs plats traditionnels mais le plus connu par tous les Africains c’est le Foufou. On l’accompagne avec des sauces différentes. C’est aussi mon plat angolais préféré.

Qu’est-ce qui vous a le plus impressionné et/ou étonné à votre arrivée en Algérie ?

Il y a une grande différence dans les habitudes entre mon pays et l’Algérie. Pour ne donner qu’un exemple, chez moi, si deux personnes discutent entre-elles en marchant, on ne peut pas passer entre les deux personnes mais ici, c’est normal et on passe entre vous-deux, j’étais très étonnée ! (Dit en rigolant)

Mais ce que j’ai apprécié le plus est que l’Algérie aide beaucoup les étudiants. Il y a plusieurs cités universitaires et le loyer n’est vraiment pas cher, chose que je n’ai vu nulle part ailleurs. L’Etat algérien donne systématiquement des bourses aux étudiants algériens et j’admire cela.

Quelles différences avez-vous notées entre la culture algérienne et celle de votre pays ?

Il est clair que les us et coutumes entre l’Angola et l’Algérie sont différentes. Certains codes qui existent chez nous ne sont pas forcément les mêmes que ceux en Algérie. Mais c’est normal et nous sommes étrangers ici, nous nous adaptons.

Comment s’est déroulé l’apprentissage de la langue française ? 

Apprendre le français n’était pas très difficile pour moi car j’aime beaucoup les langues, c’est l’une de mes passions. J’avais appris un peu le français au lycée dans mon pays. Quand je suis arrivée ici, j’avais quelques facilités à parler et à comprendre et cela m’a permis de suivre les cours aisément. Par contre, je n’ai pas développé mon français en parlant avec les Algériens car la majorité parle plus l’arabe que le français mais ça s’est plutôt bien passé. Nous avions des cours trois fois par semaine, la mi-journée. Puis, au fur et à mesure, j’ai fait connaissance avec des Algériens qui parlaient bien français, des congolais et des burkinabais ainsi que des étudiants d’autres nationalités. A la faculté j’avais la chance d’avoir des camarades de classe qui parlaient français et les professeurs maitrisaient parfaitement la langue.

Arrivez-vous à parler et à comprendre l’arabe, essentiellement l’arabe algérien ? Quels mots ou phrases avez-vous appris jusqu’ici ?

Je parle chuiya (un peu) arabe! Si des personnes mélangent l’arabe et le français, je peux comprendre la discussion. Le premier mot que j’ai appris est « makènch » (il n’y a pas). Sinon, je sais compter de 1 à 10, le mot meskina (la pauvre), wachèn (quoi ?), Chaba bezaf (très belle), Ki rak ? (Comment vas-tu ?), Ghaya (bien) et plein d’autres mots et phrases. Au marché, j’arrive à me débrouiller en disant par exemple : « Ch’hal hadi ? » (Combien ça coûte ?), puis tu enchaines avec par exemple : « Atili 1kg » (Donnez-moi un kilo) et voilà !

Que vous manque-t-il le plus de chez vous ?

La nourriture !

A ce jour, le coronavirus continue à circuler dans le monde entier et l’Algérie n’en est pas épargnée bien que le nombre de contaminations ait considérablement diminué et les mesures de confinement partiel à domicile sont allégées. Mais lors de la période du grand pic, un confinement sévère a eu lieu en Algérie. Comment avez-vous vécu le confinement et quel impact cela a eu sur vos activités quotidiennes et vos études ?

Au début, le confinement m’a beaucoup dérangée car à la base je n’aime pas rester à la maison mais nous n’avions d’autre choix que de respecter les mesures instaurées. L’impact que cela a eu sur mes études est que ma soutenance a été retardée et par la même occasion mon retour en Angola. Mais on devait s’y faire et cela fait partie des difficultés de la vie.

Après l’obtention de votre diplôme, quels sont vos futurs projets ?

J’essaierai de trouver un travail en Angola dans ma spécialité. Mais j’ai d’autres projets qui me tiennent à cœur comme l’organisation de fêtes et la décoration que j’aime bien. Aussi, j’aimerais travailler avec et pour les jeunes en créant une association afin d’impliquer les gens à aider les autres et à s’entraider et ce dès l’adolescence. Pour moi, aider les autres c’est aussi s’aider soi-même.

Que vous a apporté votre expérience en Algérie?

Pour moi l’Algérie était une école de vie. Quand je suis arrivée, j’étais très jeune. L’Algérie m’a fait ouvrir les yeux et m’a appris à devenir une femme. J’ai grandis. Même les gens qui m’ont connu avant trouvent que j’ai beaucoup changé. Je ne peux que remercier tous ceux qui ont contribué dans ma vie ici à être celle que je suis. Je me considère maintenant comme une femme libre, ouverte et capable.

Quel conseil donneriez-vous à de futurs étudiants étrangers qui viendraient en Algérie ?

A tous ceux qui souhaiteraient venir ici je leur dirais que, oui, l’Algérie est un pays difficile à comprendre au début mais il y a des choses qu’ils apprendront ici et jamais ailleurs. Aussi, le conseil que je donne à tous les nouveaux est qu’il ne faut pas se décourager dès le début. Egalement, je ne conseille pas aux étudiants de systématiquement rentrer chez eux pendant les vacances. Il suffit de voir et de comprendre les gens pour bien vivre ici. On ne doit pas oublier que si un étranger venait à s’installer chez nous, on ne peut pas accepter non plus toutes ses habitudes mais que c’est à lui de s’adapter aux coutumes de son pays d’accueil. Comme je dis habituellement : « Tu dois danser selon la musique du pays où tu es ! ». Il faut apprendre à vivre ensemble et en paix.

Quel serait le plus beau souvenir d’Algérie que vous emporterez avec vous ?

J’ai appris à vivre en communauté et en paix dans le respect des autres cultures et coutumes. Mais aussi, j’ai apprécié l’effet que ça fait de rassembler toute l’Afrique sur un seul et même territoire, c'est beau ! 

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Hadia Beghoura

Hadia Beghoura

Après 3 années passées à Pékin, un diplôme de Master en Commerce International de l’université UIBE en poche, je suis revenue en Algérie pour y travailler. Mes passions sont l’équitation, les voyages et l’art
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