Et si devenir parent était un chemin de transformation personnelle ? Comment l’expatriation change la donne ? Parents, tout part de nous (éditions Télémaque) décortique cette thématique essentielle qui prend une toute autre dimension lorsque l’on choisit de vivre à l’étranger. Laurene Graziani, co-autrice et coach parentale vivant à New York, a répondu à nos questions : « Vivre à l’étranger change énormément notre regard sur la parentalité. »


Comment êtes-vous arrivée à New York ?
Laurene Graziani : Comme beaucoup de familles, notre arrivée à New York s’est faite à travers une aventure à la fois professionnelle et personnelle.
Nous avons eu une opportunité et avons eu envie de découvrir cette ville incroyable. En un mois, nous avions quasiment fait les valises et nous étions prêts ! Et en même temps, c’était très dur de quitter l’Afrique… Après plus de quinze ans d'expatriation et 7 ans ici, je peux le dire : New York a été un lieu de transformation, d’ouverture et aussi de prise de recul.
Il en est de même pour Marie-Guénaëlle à Atlanta et pour Lorraine qui arrive du Mexique et vient elle aussi de s’installer aux Etats-Unis. C’est cette expérience qui a nourri notre réflexion autour du livre.

Parents, tout part de nous (éditions Télémaque) a été écrit par trois expertes dans le domaine de la parentalité :
Lorraine Favre, avocate en droit de la famille en France pendant 10 ans, est aujourd’hui coach, consultante et conférencière en parentalité et éducation. Elle accompagne des mères et des familles du monde entier depuis New York.
Laurene Graziani est docteure en droit, consultante internationale et coach parentale. Depuis 20 ans, elle s’engage à travers le monde dans la prévention des violences, les droits et le bien-être des enfants et des familles.
Marie-Guénaëlle Roy a enseigné 15 ans et est aujourd’hui praticienne EFT et coach parentale. Elle accompagne des parents d’adolescents confrontés à des troubles de santé mentale, au sein d’un centre de thérapie familiale à Atlanta.
Comment vous est venue l'idée à toutes les trois de publier ce livre ?
Nous sommes trois femmes expatriées, trois mères, trois professionnelles qui avons plusieurs années d’expérience dans le domaine de l’éducation, de la protection de l’enfant et de la parentalité. Malgré des parcours différents, nous avons vécu des questionnements très similaires.
L’expatriation nous a permis de faire ce fameux “pas de côté” dans notre parentalité. Loin de nos repères habituels, nous avons été amenées à observer davantage ce qui se jouait en nous : nos réactions, nos peurs, nos automatismes, notre propre histoire familiale.
Ce livre est né de cette réflexion commune, nourrie autant par nos expériences personnelles que professionnelles. Nous avons accompagné de nombreux parents confrontés aux mêmes défis : solitude, charge mentale, perte de repères, pression de “bien faire”, adaptation… Petit à petit, une évidence s’est imposée : la parentalité ne se résume pas à des méthodes éducatives.
Tout part du parent, de sa sécurité intérieure, de sa capacité à se connaître, à réguler ses émotions, à prendre soin de nous aussi pour pouvoir être un repère solide pour son enfant.
Les parents ont aussi moins de relais qu’avant et beaucoup portent une charge mentale immense
Est-ce que vous pensez que nous vivons une crise de la parentalité ?
Nous pensons surtout que beaucoup de parents sont aujourd’hui perdus et sous pression. Les injonctions sont nombreuses et souvent contradictoires : il faudrait être disponible, patient, performant, épanoui, réussir professionnellement, tout en étant un parent parfait.
Les parents ont aussi moins de relais qu’avant et beaucoup portent une charge mentale immense. Mais au-delà d’une “crise de la parentalité”, nous voyons surtout une crise des repères et du lien à soi.
Beaucoup de parents essaient d’appliquer des méthodes sans forcément comprendre ce qui se passe en eux. Or, nos réactions avec nos enfants sont souvent liées à notre propre histoire, à notre stress, à nos blessures ou à notre fatigue.
C’est pour cela que notre livre invite à revenir à l’essentiel : s’autoriser ce retour vers soi pour développer confiance et sécurité pour pouvoir accompagner son enfant dans ses besoins.
Quand on change de pays, on découvre d’autres façons d’éduquer, d’autres visions de l’enfant, d’autres valeurs familiales
En quoi l'expatriation enrichit et/ou complique ce chemin de la parentalité ?
L’expatriation peut être extrêmement enrichissante parce qu’elle nous pousse à sortir du pilotage automatique. Quand on change de pays, on découvre d’autres façons d’éduquer, d’autres visions de l’enfant, d’autres valeurs familiales. Cela nous oblige à réfléchir à ce qui nous correspond vraiment.
Mais c’est aussi une expérience qui peut fragiliser. Les parents perdent souvent leurs repères, leur réseau de soutien, et peuvent vivre des situations difficiles. Les enfants traversent eux aussi des périodes d’adaptation émotionnelle importantes.
Le stress augmente naturellement dans ces périodes de changement. Et quand le stress augmente, les tensions familiales peuvent aussi apparaître.
En même temps, l’expatriation peut devenir une formidable opportunité de transformation. Elle pousse les familles à créer leurs propres repères, à faire davantage équipe, à communiquer autrement et à construire une parentalité qui leur ressemble plus, plus consciente et plus choisie.
La transmission devient plus consciente en expatriation
Comment envisagez-vous les enjeux de transmission lorsqu'elle peut se conjuguer en plusieurs langues et cultures ?
C’est une opportunité. La transmission devient plus consciente en expatriation. Vivre à l’étranger change énormément notre regard sur la parentalité. Quand tout ce qui semblait évident ne l’est plus, la culture, l’école, les habitudes, le soutien familial, on est amené à se poser des questions plus profondes :
- Qui suis-je comme parent ?
- Qu’est-ce que je veux vraiment transmettre à mes enfants ?
- Qu’est-ce que je reproduis inconsciemment ?
Quand on vit entre plusieurs langues et plusieurs cultures, on est plus souvent invités à se demander : Qu’est-ce que je veux transmettre à mon enfant ? Une langue ? Une culture ? Des traditions ? Des valeurs ? Une manière de voir le monde ? Nous pensons que la transmission va bien au-delà des cultures ou des langues.
L’expatriation peut offrir une immense richesse aux enfants : ouverture, capacité d’adaptation, tolérance, curiosité du monde. Pour que cette richesse soit vécue sereinement, l’enfant a besoin de sentir qu’il peut rester lui-même, qu’il appartient à une histoire familiale stable, même au milieu du mouvement. Finalement, ce que l’on transmet le plus, ce n’est pas seulement une culture. C’est une manière d’être, de faire et surtout de la sécurité intérieure.

Quels sont vos conseils pour les parents qui doivent élever leurs enfants en expatriation ?
Lire notre livre ? (sourire) Nous leur dirions d’abord de ne pas chercher à être des parents parfaits. L’expatriation est un bouleversement pour toute la famille. Le stress, la fatigue, les émotions fortes font partie du processus d’adaptation.
Quelques repères nous semblent essentiels :
- Créer des rituels familiaux pour apporter de la stabilité quand tout change autour.
- Accueillir les émotions de chacun sans minimiser les difficultés de l’adaptation.
- Prendre soin de soi sans culpabilité, surtout quand il y a peu de relais.
- Accepter que chaque membre de la famille avance à son rythme.
- Faire équipe en famille plutôt que chercher à tout contrôler.
- Et surtout : rester connecté à ce qui fait sens pour soi comme parent.
Parce qu’en expatriation, quand les repères extérieurs disparaissent, la famille devient un véritable ancrage intérieur.
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