Los Angeles a longtemps été considérée comme l’une des capitales américaines du véganisme. Dans cette ville où les tendances alimentaires naissent souvent avant de se diffuser ailleurs, les restaurants vegan ont connu un véritable âge d’or. Pourtant, en 2026, un constat s’impose : il semble y avoir moins de restaurants exclusivement vegan. Alors, le véganisme, c’est fini à Los Angeles ? Explications d’Emmanuelle Franks.


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Plusieurs fermetures récentes ont marqué les esprits. Little Pine, le célèbre restaurant vegan de Moby à Silver Lake, a fermé ses portes en 2022. Hart House, la chaîne de fast-food vegan lancée par Kevin Hart, a fermé toutes ses adresses de la région de Los Angeles en 2024. Sage Vegan Bistro, institution vegan bien connue, notamment à Pasadena, a de son côté abandonné son concept entièrement végétalien.
D’autres enseignes ont également disparu ou changé de cap. À Highland Park, le restaurant vegan allemand Hinterhof a fermé ses portes. À son emplacement, Wolfie’s, autre établissement vegan apprécié du quartier, n’a pas survécu non plus. Aujourd’hui, le lieu accueille Kiez, un restaurant allemand qui n’est plus exclusivement vegan mais qui a conservé plusieurs options végétales à sa carte. Cette évolution illustre bien la transformation actuelle du marché : plutôt que de proposer une cuisine entièrement vegan, de nombreux restaurateurs choisissent désormais d’intégrer des plats végétaux à une offre plus large.
Le phénomène ne se limite pas à ces quelques exemples. Native Foods, l’une des chaînes pionnières de la restauration vegan en Californie, a considérablement réduit sa présence. Les établissements situés à Los Angeles ont fermé depuis plusieurs années et, il ne reste aujourd’hui qu’un restaurant de l’enseigne à Palm Springs en Californie. (NDLR : Ils ont encore leurs restaurants à Glendale, dans le Colorado et à Chicago, dans l’Illinois.)
Faut-il pour autant conclure que le véganisme recule à Los Angeles ? Pas nécessairement.
En réalité, le mouvement semble plutôt changer de forme. De nombreux habitants de Los Angeles continuent à manger végétal, mais ne fréquentent plus uniquement des restaurants 100 % vegan. Ils choisissent aussi des restaurants classiques qui proposent de très bonnes options végétales. Aujourd’hui, il est beaucoup plus facile qu’avant de trouver un plat vegan dans un café, un restaurant mexicain, asiatique, californien ou gastronomique.
Cette évolution rend la situation paradoxale. D’un côté, certains restaurants exclusivement vegan ont du mal à survivre. De l’autre, l’alimentation végétale est devenue beaucoup plus visible et accessible. Le véganisme n’est plus seulement une niche militante : il est entré dans les habitudes alimentaires d’une partie de la population.
Pour Emily, résidente végétalienne de Los Angeles : « même si le nombre de restaurants 100 % vegan a diminué ces dernières années, Los Angeles offre encore une scène vegan dynamique et une multitude d’options dans plusieurs quartiers de la ville » nous dit-elle.
Pour Ana, végétalienne de longue date installée à Los Angeles, cette baisse du nombre de restaurants exclusivement véganes est évidente : « Je pense que les restaurants vegan ont besoin de notre soutien. Si j’ai le choix, je vais toujours privilégier un restaurant vegan. » affirme-t’elle. Elle reconnaît toutefois que les restaurants proposant à la fois des plats vegan et non vegan répondent à une réalité sociale : « C’est plus facile lorsqu’on sort en groupe d’aller dans un restaurant où les autres peuvent aussi manger de la viande ou d’autres protéines animales. » souligne Ana.
L'intégration des plats vegan dans la restauration traditionelle
Selon Ana, le principal changement observé ces dernières années est l’intégration du végétal dans la restauration traditionnelle : « Aujourd’hui, les gens sont beaucoup plus conscients de ce qu’est une alimentation végétale. Avant, lorsqu’on disait “vegan”, beaucoup pensaient simplement à des tomates ou à une salade. Maintenant, les gens ont une meilleure idée de ce que peut être une alimentation vegan. »
Erik, autre résident de Los Angeles, constate lui aussi une évolution du paysage culinaire depuis la pandémie : « Il y a davantage d’options végétales partout, mais cela reste un choix alimentaire et éthique relativement de niche. » remarque-t’il.
S’il reconnaît que les restaurants omnivores proposent aujourd’hui davantage de plats végétaux, lui aussi continue à privilégier les établissements entièrement vegan : « Je préfère toujours aller dans un restaurant vegan quand c’est possible, car dans les restaurants traditionnels, il peut y avoir beaucoup de contamination croisée, ce qui peut causer des problèmes de santé à certaines personnes. »
Cette préoccupation est partagée par une partie de la communauté vegan, même si tous les consommateurs ne lui accordent pas la même importance.
Los Angeles reste donc une ville très favorable aux consommateurs vegan. Des établissements influents comme Crossroads Kitchen continuent de prospérer et même de se développer. Café Gratitude, les boulangeries vegan, les épiceries spécialisées et les nombreuses marques de produits végétaux restent bien présents dans le paysage local.
Véganisme, le débat éthique
Parallèlement, le débat éthique qui accompagne le véganisme demeure très vivant. Au mois d’avril 2026, la chanteuse Billie Eilish, elle-même vegan, a relancé la conversation lors d’une interview pour Elle Magazine. Son message est devenu viral : « Manger de la viande est intrinsèquement mauvais. Deux choses ne peuvent pas coexister : “J’aime les animaux, je les aime tous tellement” et “Je mange de la viande”. Vous ne pouvez pas faire les deux. Désolée. Vous pouvez manger de la viande si vous le souhaitez. Vous pouvez aimer les animaux. Mais vous ne pouvez pas faire les deux. »
Cette prise de position a suscité de nombreuses réactions et rappelle que, derrière les choix alimentaires, subsistent des questions éthiques et environnementales qui continuent d’alimenter le débat public.
La vraie question est peut-être la suivante : le véganisme décline-t-il à Los Angeles, ou est-il devenu tellement courant qu’il n’a plus besoin d’exister uniquement dans des lieux spécialisés ?
L’ancrage du mouvement vegan
En 2026, la tendance semble claire : le véganisme ne disparaît pas. Il se diffuse. Il quitte parfois les restaurants exclusivement vegan pour s’intégrer plus largement à la scène culinaire de Los Angeles. Moins visible comme mouvement séparé, il est peut-être en train de devenir plus profondément ancré dans la vie quotidienne des Angelenos.
La capitale californienne du bien-être semble ainsi entrer dans une nouvelle phase : celle où le végétal n’est plus une exception, mais une option parmi d’autres, présente presque partout.
E.F.
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