Après plusieurs années marquées par la pandémie, l’évolution du paysage économique et politique régional ainsi qu’un contexte géopolitique international plus incertain, Hong Kong semble amorcer un véritable regain économique au premier trimestre 2026. La croissance du PIB accélère, les recettes fiscales témoignent d’un rebond des marchés financiers, la consommation au détail repart à la hausse et la ville profite même des bouleversements au Moyen-Orient pour renforcer son positionnement stratégique dans le commerce de l’or. Si plusieurs défis structurels demeurent, les derniers indicateurs officiels montrent néanmoins une économie hongkongaise en nette phase d’accélération.


Le PIB porté par les exportations et la finance
L’économie hongkongaise a enregistré une croissance du PIB réel de 5,9 % sur un an au premier trimestre 2026, contre 4,0 % au trimestre précédent (T4 2025), selon les chiffres publiés par le gouvernement. En comparaison trimestrielle corrigée des variations saisonnières, le PIB progresse également de 2,9 %, confirmant une accélération de l’activité économique.
Cette reprise repose d’abord sur la bonne tenue du commerce extérieur. Hong Kong bénéficie actuellement de la forte demande mondiale en produits technologiques, notamment liés au développement de l’intelligence artificielle et des composants électroniques. Les secteurs financiers et commerciaux ont soutenu la croissance, dans un contexte de regain d’activité entre Hong Kong, la Chine continentale et les marchés internationaux.
Le retour des visiteurs internationaux joue aussi un rôle important. Le tourisme continue de se redresser après plusieurs années de ralentissement, ce qui profite directement aux secteurs de l’hôtellerie, de la restauration et du commerce de détail. Le gouvernement souligne par ailleurs une amélioration des activités financières transfrontalières, alors que Hong Kong tente de consolider sa position de principale place financière internationale entre la Chine et le reste du monde.
Des recettes fiscales en rebond des marchés
Les finances publiques hongkongaises montrent elles aussi des signes d’amélioration marqués. Sur l’exercice fiscal 2025/26, Hong Kong a collecté 458,3 milliards HK$ de recettes fiscales, soit une hausse de 22 % sur un an et un niveau record pour le territoire.
Le dynamisme retrouvé de la bourse hongkongaise a nettement contribué à cette hausse des recettes fiscales. Les revenus issus des droits de timbre (stamp duties), appliqués notamment aux transactions boursières et immobilières, ont bondi de 61 % pour atteindre 102,6 milliards HK$. Cette hausse reflète à la fois le rebond des échanges immobiliers et surtout la forte augmentation des volumes de transactions sur la bourse hongkongaise.
Le “profits tax”, équivalent de l’impôt sur les sociétés, a atteint quant à lui 212,6 milliards HK$, une hausse de 20 %, tandis que le “salaries tax” a progressé de 10 % avec 97,7 milliards HK$ enregistrés. Les autorités fiscales attribuent cette amélioration à de meilleurs résultats des entreprises, à une hausse des revenus des contribuables et à une augmentation du nombre de sociétés imposables.
Cette embellie fiscale intervient alors que Hong Kong cherche à rééquilibrer ses finances publiques après plusieurs années de déficits liés à la pandémie et aux mesures de soutien économique. Le gouvernement a ainsi annoncé un surplus budgétaire provisoire de 11 milliards HK$ pour l’exercice clos au 31 mars 2026, une révision à la hausse par rapport aux prévisions initiales.
Le commerce de détail à nouveau dynamique
Autre signal encourageant pour l’économie locale : la reprise de la consommation. En mars 2026, la hausse atteint 12,8 % sur un an.
Sur l’ensemble du premier trimestre, les ventes au détail progressent de 12,1 % en valeur et de 9,8 % en volume, selon les statistiques officielles. Cette amélioration reflète le retour progressif des consommateurs dans les magasins, soutenu par la croissance du tourisme et une amélioration du marché du travail.
Les ventes en ligne poursuivent également leur forte croissance. Elles représentent désormais près de 10 % des ventes totales du territoire, avec une hausse de 35,1 % sur un an en mars. Cette évolution confirme l’accélération durable des habitudes de consommation numériques depuis la pandémie.
Même si la consommation locale reste plus prudente qu’avant 2019, les autorités hongkongaises considèrent désormais le commerce de détail comme l’un des moteurs de la reprise économique du territoire.
La guerre au Moyen-Orient renforce Hong Kong
Les tensions géopolitiques au Moyen-Orient offrent également à Hong Kong une opportunité inattendue. Depuis l’escalade militaire impliquant les États-Unis, Israël et l’Iran, les flux d’or vers la ville ont fortement augmenté, notamment depuis Dubaï, traditionnellement considéré comme l’un des principaux hubs mondiaux du négoce de métaux précieux.
Selon plusieurs acteurs du secteur cités par le South China Morning Post, des traders du Moyen-Orient et de Russie auraient déplacé leurs stocks vers Hong Kong afin d’éviter les perturbations logistiques et les risques liés au conflit régional. Certains négociants auraient même accepté de vendre leur or physique avec des décotes de 15 à 20 % sous les prix du marché pour accélérer la liquidation de leurs stocks.
Cette situation profite directement à Hong Kong, qui cherche depuis plusieurs années à renforcer son rôle dans le commerce et le stockage de métaux précieux. Les perturbations aériennes autour de Dubaï ont accéléré le déplacement de certains flux vers l’Asie, tandis que la demande mondiale pour les actifs refuges continue de progresser dans un contexte international instable.
Le territoire développe désormais ses capacités logistiques et financières afin de devenir une plateforme régionale majeure pour le trading, le stockage sécurisé et les opérations de couverture financière liées à l’or. Les capacités locales de stockage pourraient dépasser 2 000 tonnes dans les prochaines années. Le London Metal Exchange (LME), filiale du HKEX, exploite déjà quinze entrepôts à Hong Kong, avec environ 24 000 tonnes de métaux non ferreux stockés en mars 2026, contre seulement 8 000 tonnes deux ans plus tôt.
Sur le même sujet

















