Édition internationale

Chine : les nouvelles routes de l'Arctique

La Chine vient de lancer sa première rotation régulière entre Ningbo et l’Europe, ce qui réduit considérablement les délais et les risques géopolitiques. Et elle pense déjà à d’autres raccourcis qui passeraient par les fleuves sibériens...

Shanghai route polaire porte contenaire chinoisShanghai route polaire porte contenaire chinois
Les navires chinois arriveront encore plus vite dans les eaux anglaises ou européennes (photo Roger Cornfoot sur CreativeCommons).
Écrit par Guillaume Clément
Publié le 14 septembre 2026

Des exploits maritimes chinois

Il y a un an, le 20 septembre 2025, la Chine avait lancé l’idée de « l’Arctic Express », sa toute première liaison maritime régulière et commerciale de conteneurs à travers l’océan qui entoure le Pôle Nord. A l’époque, l’Istanbul Bridge, un navire transportant 4890 conteneurs, avait été affrété par Sea Legend Line à Ningbo, et avait amené des panneaux solaires, des batteries au lithium et des composants pour voitures électriques en Europe.

Plus récemment, au milieu du mois d’août 2026, le Dubaï Tower, un autre porte-conteneurs opéré par la même compagnie, a marqué le coup d’envoi d’un calendrier de huit liaisons programmées pour cette saison estivale. Il a atteint les côtes britanniques début septembre en un temps record de moins de 25 jours, confirmant l’efficacité logistique de cette route par rapport aux 35 à 40 jours du canal de Suez. Par ailleurs, les brise-glaces nucléaires russes de nouvelle génération permettent désormais de prolonger la saison de navigation, transformant ce qui était autrefois un exploit estival en autoroute commerciale quasi permanente.

 

Plus rapide, moins risqué que Suez

Ce gain de temps est aussi un gain d’argent. Le trajet est réduit à 13.000 km, contre 20.000 par Suez, ce qui se traduit par des tonnes de carburant économisées et une rotation plus rapide des navires.

Par ailleurs, pour la Chine, cette liaison qui passe par l’Arctique sécurise les approvisionnements et les exportations contre le « dilemme de Malacca », à savoir le risque de voir ce détroit stratégique bloqué en cas de conflit avec l’Occident. A cela, il faut ajouter que le contexte actuel rend encore plus dangereuse la route traditionnelle par le canal de Suez, puisqu’il faut d’abord passer par le détroit de Bab-el-Mandeb, au large du Yémen, où un conflit oppose actuellement les Houthis aux forces soutenues par l’Arabie Saoudite, avec pour conséquence des frappes sur les navires.

Cette nouvelle route maritime permet enfin de renforcer le partenariat avec la Russie. Cette dernière possède la géographie et la flotte de brise-glaces. La Chine apporte les capitaux, la technologie de construction navale et le volume de marchandises.

 

Et maintenant les fleuves russes

Cependant, si la voie maritime polaire est déjà une réalité, la Chine et la Russie explorent des options encore plus audacieuses et rapides. Il s’agit de connecter les navires chinois arrivant par l’Arctique aux grands fleuves sibériens, l’Ob, L’Ienisseï et la Léna pour pénétrer directement le cœur de la Russie et de l’Europe de l’Est. Par exemple, l’axe Ob-Irtych consisterait à débarquer les marchandises à Sabetta sur la péninsule de Yamal pour les transférer sur des barges remontant l’Ob. De là, elles rejoindraient le réseau ferroviaire russe.

Cette solution aurait d’autres avantages. Cela permettrait d’irriguer le marché intérieur russe et d’atteindre l’Europe centrale sans passer par les goulets d’étranglement de l’Atlantique ou de la Mer du Nord. Cela représenterait par ailleurs un gain de temps encore plus conséquent. Le temps de transit total vers certaines régions européennes pourrait tomber sous la barre de quinze jours. Le temps du « Tour du Monde en 80 jours » apparaîtrait désormais très très lointain !

 

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