Édition internationale

Hong Kong - Singapour : c’est la lutte fiscale !

Les deux géants financiers asiatiques rivalisent d’audace réglementaire et d’allégements d'impôts pour attirer les gestionnaires de fonds et les family offices en quête de stabilité. Cet affrontement direct redessine la carte mondiale de la haute finance.

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Hong Kong a bâti sa richesse sur la finance (photo bsterling sur CreativeCommons).
Écrit par Guillaume Clément
Publié le 6 septembre 2026

Fuite du Moyen-Orient

Un séisme feutré secoue les coffres-forts de la finance mondiale. Historiquement solidifiés autour de places fortes comme Londres ou, plus récemment, portés par l'insolente croissance de Dubaï du début du XXIe siècle, les flux de capitaux internationaux cherchent de nouveaux ancrages. En effet, à Londres, le durcissement de la fiscalité sur les résidents non-domiciliés (non-doms) et l'incertitude économique poussent les grandes fortunes à regarder ailleurs. À Dubaï, qui a longtemps siphonné les capitaux mondiaux grâce à une politique ultra-libérale, l’introduction récente d'un impôt sur les sociétés et le renforcement des réglementations poussent certains acteurs de la gestion alternative à diversifier leurs bases géographiques. Par ailleurs, la guerre en Iran augmente les risques d’instabilité aux Emirats arabes unis.

Pour Singapour et Hong Kong, l'enjeu ne se résume donc plus à savoir qui sera le banquier de l'Asie, mais bien qui s'imposera comme le refuge mondial absolu de la gestion de fortune pour la prochaine décennie. Dans ce match de lutte fiscale, le vainqueur sera celui qui saura allier la plus basse fiscalité à la plus grande agilité réglementaire.

 

Hong Kong attaque

L'étincelle est venue de Hong Kong. Désireuse de regagner l'avantage et d'affirmer son statut de porte d'entrée incontournable de la richesse en Asie, la région administrative spéciale a publié en juin 2026 un projet de loi fiscale (Inland Revenue Bill) visant à supprimer purement et simplement l’imposition sur certaines primes de performance versées aux gestionnaires de fonds. Ce sont les « carried interest », qui pour l’instant n’étaient défiscalisés que pour les intéressements liés aux investissements non cotés. Or, de manière rétroactive depuis le 1er avril 2025, d’autres classes d’actifs bénéficient d’exemptions, comme les actifs numériques, la dette privée, les métaux précieux, les dérivés de carbone ou encore l’immobilier à l’étranger. Par ailleurs, plus de fonds gestionnaires sont éligibles, y compris des hegde funds, des venture capitals, des fonds immobiliers ou de dette privée ou encore des family offices.

Certes, cette mesure ne concerne toujours pas certaines catégories, comme les sociétés de trading pour leur propre compte. De même, des contrôles vérifieront des critères de présence locale à Hong Kong, notamment l’emploi d’un minimum de deux salariés qualifiés à temps plein dans la ville et l’engagement de 2 millions de HKD de dépenses annuelles à Hong Kong.

Mais cette exemption ciblée a fait l'effet d'une bombe dans le milieu de la gestion d'actifs. Selon les analystes de marché, quand cette mesure produira ses effets dans les comptes, l’écart d’imposition sur les rémunérations des talents de la finance entre Hong Kong et sa rivale Singapour pourrait dépasser les 20 %. Il s’agit d’un argument de poids pour convaincre les hedge funds et les structures de gestion de déplacer leurs équipes à Hong Kong.

 

Singapour riposte

Consciente du risque de voir ses cerveaux et ses capitaux fuir vers le Nord, l’Autorité monétaire de Singapour (MAS) a immédiatement répliqué par des contre-mesures agressives. La cité du Merlion a notamment annoncé deux mesures incitatives. La première consiste en des exonérations fiscales massives sur les plus-values réalisées par les gestionnaires de fonds, y compris pour les family offices uniques. La deuxième passe par un assouplissement drastique des procédures de visas pour faciliter l’installation express des professionnels internationaux de l’investissement.

Singapour ne compte pas céder un pouce de son terrain, quitte à sacrifier une partie de ses recettes fiscales à court terme pour verrouiller l'écosystème d'Asie du Sud-Est. A plus longue échéance, cette guerre fiscale pourrait rendre les deux cités gagnantes. D’ores et déjà, Hong Kong est redevenue l’an dernier le premier marché mondial pour les introductions en bourse, tandis qu’à Singapour, le secteur de la finance enregistre une croissance annuelle de 5% par an depuis cinq ans.

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