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MUSIQUE DES ANNEES 80 – Les « tubes » de la contestation

Par Lepetitjournal.com Varsovie | Publié le 04/12/2017 à 00:00 | Mis à jour le 07/11/2016 à 09:12
musique

Le début des années 1980 est marqué par le renforcement de la censure en Pologne avec l'instauration de l'état de guerre. Mais loin de s'éteindre, la culture dissidente continue et parmi tous les modes d'expression artistiques, la musique est celui qui s'en trouve le moins contraint. C'est alors que les chants de la révolte deviennent de véritables «tubes» au succès grandissant… 

Pendant les années 1980-1981, la censure du régime communiste assouplit ses critères d'évaluation sous la pression d'une société révoltée. Mais le matin du 13 décembre 1981 la Pologne se réveille sous le joug de l'état de guerre instauré par le général Jaruzelski, en réaction au syndicat et mouvement social réformateur, Solidarność. Le climat d'oppression est alors permanent au quotidien (couvre-feu imposé à partir de 22 heures, opposants au régime incarcérés, grèves réprimées dans la violence, etc.) et touche tous les aspects de la société, dont la culture. De nombreux artistes et intellectuels dissidents choisissent l'exil mais d'autres restent dans leur pays et tentent d'y mener une activité artistique et créatrice engagée, malgré le renforcement de la censure. Cette dernière reste relativement modérée à l'égard de la musique, un art qui permet de faire diversion, plus que tout autre, auprès de la jeune génération, en la tenant éloignée de l'agitation politique.
 
Ainsi, des guitaristes interprétant des chansons critiques à l'encontre de la situation politique du pays, enregistrées au fond d'appartements minables, sont devenus peu à peu de véritables symboles de l'opposition au régime : qualifiés de «bardes», ils deviennent un phénomène culturel dans la République populaire de Pologne des années 1980. Bien que souvent victimes d'intimidations de la part de l'Etat communiste, les bardes ont une grande influence intergénérationnelle dans le  pays et bien au-delà des frontières. Ces chansons sont massivement enregistrées et copiées dans tout le bloc soviétique. Leurs messages visent à redonner espoir et appellent à la préservation de la dignité de chacun en des temps qu'ils qualifiaient d'« inhumains ».

Un de ses membres les plus connus est Jacek Kaczmarski dont la chanson politique Protest song  (Le chant de la révolte ) est considérée comme la voix du mouvement anti-communiste Solidarność. Jacek Kaczmarski est l'auteur de textes engagés très critiques envers le régime qui font appel à la tradition de résistance patriotique des Polonais. Ses paroles, parfois semblables aux chansons poétiques de Bob Dylan, constituaient une source d'apaisement prônant la puissance des idées contre la violence.

Mury (Les murs), écrite en 1978, reprise de la chanson catalane L'Estaca (du chanteur catalan Lluís Llach), est également un hymne au syndicat Solidarność en ce qu'elle appelle à la lutte pour l'indépendance contre l'oppression. « Détachez les chaînes, brisez le fouet! Les murs vont tomber et enterrer le vieux monde » : des paroles prémonitoires qui sont chantées systématiquement lors de rassemblements, réunions, manifestations et grèves dans toute la Pologne. Une popularité à laquelle Kaczmarski ne s'attendait pas... L'artiste réalise à cette occasion qu'une chanson ou un poème peut cesser de devenir la «propriété» de son auteur, une fois volée par les masses qui se l'approprient entièrement. Une autre chanson célèbre du même auteur s'intitule Obława (La Rafle). Inspirée d'une oeuvre de Piotr Wysocki, chanteur, poète et acteur russe, le  texte évoque une chasse en forêt, métaphore de la fuite des patriotes polonais persécutés par les fonctionnaires du régime communiste.

Outre Kaczmarski, le répertoire de Jan Pietrzak, satiriste, poète, chanteur, et activiste anti-communiste, devient célèbre. Pietrzak est à l'origine de la création du plus célèbre cabaret satyrique de la République Populaire de Pologne, en 1967, pour lequel il écrit des centaines de textes et monologues: « Kabaret pod Egidą » ("Cabaret sous protectorat", expression évocatrice à l'époque…). La critique de la réalité politique et sociale de la Pologne communiste vaut à ce cabaret de nombreuses descentes de police et il est interdit aux médias d'Etat d'en parler, déjà avant 1980. Mais avec l'avènement de Solidarność, le cabaret gagne en renommée grâce à la création par Pietrzak de l'hymne officiel du tout jeune syndicat, Żeby Polska była Polską (Pour que la Pologne soit la Pologne), testament historique sur l'unité du pays. En 1981, Pietrzak interprète la chanson au 19ème Festival National de la Chanson polonaise d'Opole et gagne le prix du « hit de la saison » et du « choix du public ». L'hymne devient alors un tube, symbole de cette période de l'histoire polonaise.

Mais comment évoquer la révolte contre le système, sans parler de  « musique rebelle » ? Car ce sont tout de même les groupes rock qui incarnent le mieux la contestation dans les années 1980. Il n'est donc pas étonnant que l'un des nombreux « chants de révolte » toujours populaire ait été créé par le groupe rock « Perfect ». Leur chanson Chcemy być sobą (On veut rester soi-même) se caractérise par une grande colère incitant les jeunes de l'époque à réagir.

Les autres tubes les plus populaires de l'époque sont :
A bo ty się boisz myszy - Czerwone Gitary
Psalm stojących w kolejce - Krystyna Prońko
Józek, Nie Daruję Ci Tej Nocy - Bajm
Posłuchaj to do ciebie - KULT

La scène musicale polonaise de 1945 à 1990 illustre bien comment censure politique et isolement culturel ne peuvent empêcher la force créatrice d'une nation et d'une génération. Chaque décennie du régime communiste en Pologne est marquée par des courants pourtant considérés comme opposés à la culture reconnue officiellement: du jazz, au big beat, en passant par les cabarets, ou les chaînes de radio musicales (non supprimés, même sous le régime de l'état de guerre) jusqu'aux bardes et enfin au rock. Et si aucune chanson n'a à elle seule changé le monde, certaines ont largement contribué à renforcer, à propager, ou à rendre visible les luttes sociales. En Pologne, la musique a accompagné, parfois précédé les changements de société et a constitué une étape non négligeable vers la chute du régime totalitaire. 

Laura Giarratana et Katarzyna  Mierzejewska 

Vignette Titre : © Par Paweł Plenzner, CC BY 3.0,

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