Mardi 19 octobre 2021
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Les Chiliens et les tremblements de terre : entre peur et fascination

Par Édouard Maury | Publié le 21/05/2021 à 21:27 | Mis à jour le 22/05/2021 à 01:10
Photo : Roberto Mardones Santistevan - Iglesia Nuestra Señora del Rosario, Pumanque, Valle de Colchagua - Licence CC BY-NC-SA 2.0 on flickr.com
une église s'est effondrée après un tremblement de terre au chili

Les Chiliens entretiennent une relation particulière avec les tremblements de terre. Depuis leur plus jeune âge, ils apprennent à vivre avec la forte activité sismique de leur pays. Les terremotos et temblores sont vus comme des inévitables et il s’est créé dans la population un sentiment particulier. Certains les aiment, d’autres les détestent, mais personne n’y reste indifférent.

Peut-on être friand de tremblements de terre ? Pour les 19,2 millions de Chiliens qui peuplent le territoire andin, c’est un sentiment bien plus complexe. Les grands séismes de 1960 et de 2010 ont marqué l’histoire du pays et restent d’immenses catastrophes. En revanche, en ce qui concerne les temblores, les ressentis sont bien plus partagés.

Nous devons vivre avec les tremblements de terre.

Aucun autre pays d’Amérique Latine n'est habitué aux séismes comme le Chili. De plus ou moins forte intensité, on peut sentir la terre trembler presque toutes les semaines. Et cela est vécu comme un cauchemar pour une partie des Chiliens. "Je pense aux tremblements de terre tout le temps, nous raconte Pamela, professeure en primaire. Lorsque je suis à la montagne ou à la mer, je m’imagine qu’il peut en survenir un à tout moment. Dès que j’arrive dans un lieu potentiellement risqué, je réfléchis aux différentes manières de me protéger en cas de secousses." Et il est vrai que les séismes, même de faibles magnitudes, restent dangereux. En ville par exemple, les rues sont un endroit à risque en cas de tremblement de terre puisque des objets peuvent chuter des habitations.

"On se sent impuissant dans ce genre de situation, reprend Pamela. Je peux juste me protéger en allant dans un espace ouvert ou en me mettant sous le montant d’une porte." La peur de certains chiliens pour les terremotos est causée par plusieurs facteurs. Tout d’abord, la crainte de se sentir impuissant et de paniquer. En cas de tremblement de terre, il faut s’abriter et ne pas courir dans tous les sens. Mais il n’est pas si évident de respecter ces consignes quand la panique nous gagne. De même, les erreurs de construction de maison ont entraîné d'importantes destructions au moment des grandes secousses de 2010, cela n'a pas rassuré. Pamela nous explique : "Je pense que ma peur provient aussi de la réaction incontrôlée de certains membres ma famille lorsque surviennent des séismes. Ça n'aide pas... Et puis, je n’ai jamais vécu de fort tremblement de terre. Je n’étais pas au Chili en 2010. Donc je ne sais pas comment je réagirais si j’en vivais un puissant, ça me terrifie. Mais dans le doute, la nuit, je préfère toujours porter un pyjama", plaisante-t-elle.

Quoique nous fassions, la terre continuera de trembler.

D’un autre côté, certains Chiliens ne semblent pas inquiets face au danger des tremblements de terre. Carolina Robino, journaliste chilienne à la BBC de Londres résumait : "Dans la majorité des cas, le tremblement n’est pas grave donc il n’y a pas de quoi s’inquiéter. Nous avons appris depuis notre jeunesse que quoique nous fassions, la terre continuera de trembler. Alors autant profiter de cette force de la nature qui libère son énergie et s’adapter en apprenant les bons réflexes dès notre enfance." Le Chili est en avance sur la plupart des pays en termes d’adaptation aux tremblements de terre. Les bâtiments respectent des normes sismiques très strictes et les alertes de l’Etat se sont perfectionnées au fil des années. "Mais de toute façon, peu importe notre position, il n’y a pas d’échappatoire, nous devons juste attendre que ça passe."

une personne se trouve parmi les débris d'un tremblement de terre au chili
Marcela Peña -  Casa de la Cultural de Hospital après le séisme de 2010 - Licence Creative Commons (CC BY 2.0)


Alejandro lui, se situe à l’opposé de tout ce que vous auriez pu imaginer : il adore les tremblements de terre. "C’est un évènement pour moi, raconte-t-il. Je suis fasciné par l’énergie libérée par la terre au moment des secousses. Entendre le sol et les objets trembler, c'est quelque chose d’indescriptible. À chaque fois l’effet de surprise, et les secousses me provoquent une sensation agréable." Ils sont beaucoup comme Alejandro à aimer sentir un tremblement de terre. Cela leur rappelle qu’ils sont bel et bien au Chili et nulle part ailleurs. Comme une sorte de culture locale. "Comme je connais les gestes à faire quand ça tremble, complète Alejandro, je ne panique pas. Et je pense que c’est le fait de se sentir en sécurité pendant un séisme qui permet d’en apprécier toute sa beauté."

Le terremoto, ça se vit … et ça se boit

Une sorte de culture, parfois cynique, s’est créée autour du tremblement de terre. Les Chiliens en plaisantent beaucoup. Et il faut voir les réseaux sociaux après un séisme ! Dans les minutes qui suivent, ils se remplissent de memes, qui pour la plupart se moquent gentiment des étrangers qui eux vivent leur premier temblor et ne savent quoi faire. Il existe même un cocktail répandu au sein du territoire andin appelé "terremoto". Une bonne dose de vino pepiño, une boule de glace à l’ananas, un peu de rhum ou du cognac, et vous pourrez ressentir les mêmes effets qu’un vrai tremblement de terre. D’après ses créateurs.
 

Le cocktail terremoto
Jack Zalium | Source : Flickr.com


Un guide du voyageur vénézuélien témoigne de l’attitude des Chiliens envers les séismes. Appelé Un venezolano en Chile, son auteur liste les ressentis des locaux pour chaque magnitude :

  • "1 à 3 sur l’échelle de Richter : absolument aucune réaction. Les Chiliens ne disent rien et sentent à peine ces faibles secousses. Ils sont comme les X-Men du tremblement de terre, rien ne les inquiète."
  • "4 à 5 sur l’échelle de Richter : Pas de réaction. Le Chilien sait que le sol tremble mais ne va pas interrompre ce qu’il est en train de faire. Même nous Vénézuéliens pensons qu’ils sont fous."
  • "6 sur l’échelle de Richter : Le Chilien dit "ça tremble". Alors que vous pensez que c’est la fin du monde et que vous paniquez en courant dans tous les sens, le Chilien attend tranquillement que ça passe."
  • "7 sur l’échelle de Richter : Le chilien dit "Ta fuerte la weá". Là on peut commencer à parler de terremoto. Dans d’autres pays, ce serait un cataclysme total, mais ici les constructions tiennent. Vous pouvez commencer à regarder les adresses de psychologue pour régler votre stress post-traumatique, mais le Chilien lui ne se préoccupe de rien. À part si la secousse a renversé son verre."

Beaucoup d’étrangers ont eu l’occasion de vivre leur premier tremblement de terre au Chili. N’étant pas habitués à cette force de la nature, ils sont en général plus craintifs des temblores et conservent toujours la peur qu’un terremoto survienne. Mais cela n’empêche pas de vouer une admiration pour cette énergie extraordinaire. Et vous, les séismes vous plaisent-ils ?

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Édouard Maury

Étudiant à Sciences Po Aix, j'effectue un stage au sein de la rédaction de lepetitjournal.com Santiago. Passionné de sport, et de nature, je découvre le Chili pour la première fois.
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