Édition internationale

L'école thaïlandaise a dix ans pour changer

Réunis lundi 8 juin 2026 à Bangkok par le quotidien The Nation, élus et acteurs de l'éducation réclament la fin d'un système piloté depuis la capitale. Le même qui structure encore l'école française.

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À Nan, dans le nord rural, un adolescent a quitté l'école pour travailler sous serre. Il maîtrise le geste mais ignore les bases de l'agronomie, parce que le programme national, conçu à Bangkok, lui enseignait le calcul avancé et la physique plutôt que la culture des plantes. L'exemple a été donné lundi 8 juin 2026 par Krai Satarak, étudiant à l'université Chulalongkorn, lors d'une table ronde organisée par le quotidien anglophone The Nation. Lors de cette réunion, responsables politiques et universitaires, étudiants compris, y ont décrit un système éducatif en crise, et tous ou presque ont incriminé la même cause : la centralisation.

 

Un décrochage chiffré

 

Un enfant thaïlandais sur trois ne lit pas correctement à dix ans et le chômage des jeunes augmente. Au dernier classement PISA, l'enquête de l'OCDE qui évalue les élèves de quinze ans tous les trois ans, la Thaïlande arrive 63ème sur 81, avec 394 points en mathématiques. La France, à 474 points, se maintient dans la moyenne de l'OCDE mais a connu en 2022 sa baisse la plus forte jamais mesurée : 21 points perdus en mathématiques.

Le coût de la scolarité, lui, pèse de façon très inégale. Les 10% de familles les plus aisées dépensent 7,5 fois plus pour la scolarité de leurs enfants que les 10% les plus modestes, a calculé le Dr Kraiyos Patrawart, directeur du Fonds public pour l'équité éducative.

 

La centralisation en partage

 

Le diagnostic a de quoi parler à un lecteur français. La centralisation que les intervenants veulent défaire est précisément le modèle de l'école française. Comme la rue de Grenelle arrête à Paris des programmes appliqués de façon identique sur tout le territoire, le ministère thaïlandais décide depuis Bangkok de ce qui s'enseigne jusque dans les villages. Les problèmes qui en découlent aussi se ressemblent. La Thaïlande a connu 21 ministres de l'Éducation en 20 ans, selon le Dr. Karndee Leopairote, du Parti démocrate, qui juge toute réforme impossible dans ces conditions. La France n'en a pas aligné beaucoup moins, avec 7 ministres entre mai 2022 et octobre 2025. Dans les deux pays, le pilotage centralisé n'a empêché ni l'instabilité ni le recul des résultats. Parit Wacharasindhu, du Parti du Peuple, demande une réforme des budgets scolaires. Actuellement, chaque établissement reçoit une enveloppe proportionnelle au nombre d'élèves. Une petite école rurale a donc moins d'argent qu'une grande école urbaine, même si ses charges fixes sont identiques. Ce système avantage les villes et pénalise les zones rurales. Parichart Sthapitanonda, vice-présidente de l'université Chulalongkorn, propose de fusionner les ministères de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur pour créer un parcours continu de l’enfance à la carrière professionnelle.

 

Dix ans pour agir

 

Les étudiants ont porté les mots les plus durs. Pour Krai Satarak, la standardisation « tue l'individualité » des enfants et la course aux scores PISA fixe les objectifs au mauvais endroit. Parinyasiri Yohuang, de l'université Thammasat, rappelle que les quinze ans de scolarité gratuite garantis par l'État ne suffisent pas et que trop d'enfants ruraux quittent le système faute de moyens. Sans réforme d'ampleur d'ici dix ans, ont conclu les participants, le pays risque la stagnation et une génération mal préparée à assurer son propre avenir et celui du pays.

 

 

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