Édition internationale

Les séismes de Santorin, un mystère élucidé

Début 2025, Santorin et plusieurs îles voisines, dont Amorgos et Anafi, ont été frappées par une intense activité sismique. En moins d’un mois, près de 30 000 secousses ont été enregistrées. Un chiffre exceptionnel, d’autant plus que leur magnitude à tous était élevée. En septembre dernier, la communauté scientifique a mis le doigt sur l'origine de ce phénomène.

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Écrit par Laurette Buchart
Publié le 12 janvier 2026, mis à jour le 13 janvier 2026

La région des Cyclades est familière des tremblements de terre et du volcanisme. Mais jamais un tel enchaînement n’avait été observé. La situation a rapidement inquiété les autorités. L’état d’urgence local a été décrété, les écoles ont fermé et les grands rassemblements ont été interdits. En quelques semaines, près des trois quarts des résidents ont spontanément quitté l’île pour le continent.

 

Un phénomène inhabituel

A l'époque, David Pyle, volcanologue à l’Université d’Oxford, reconnait :

« Je ne comprends pas pourquoi nous avons cette séquence répétitive de secousses. C’est vraiment un mystère. »

Habituellement, une rupture de faille produit un choc principal, suivi de répliques d’intensité décroissante. Ici, le schéma était différent. Il n'y a pas eu de secousse principale, mais une abondance de séismes de magnitude similaire sur une période de plusieurs jours. Les scientifiques appellent cela un « essaim sismique ». Un phénomène connu, mais généralement associé à des secousses de faible intensité, selon le CNRS. Or, autour de Santorin, les magnitudes observées avoisinaient régulièrement 5.

Un phénomène « particulièrement troublant », comme l'a souligné le Premier ministre Kyriakos Mitsotakis lors d'une réunion de crise organisée début février.

À ce moment-là, deux hypothèses dominaient. La première pointait une origine volcanique, avec le risque d’une éruption imminente, même si un épisode similaire entre 2011 et 2012 n’avait pas débouché sur une activité en surface. La seconde privilégiait un glissement de failles tectoniques. Les séismes auraient alors été des pré-secousses qui annonçaient un séisme majeur.

 

Le 24 septembre, une étude internationale vient lever le mystère

Publiée dans la revue Nature, elle est cosignée par 31 chercheurs issus de six pays. L’analyse repose sur des images spatiotemporelles à haute résolution. Elles révèlent l’intrusion souterraine d’une immense masse de magma, à l’origine de l’intense activité sismique.

Le volume de magma aurait été gigantesque, suffisant à remplir environ 200 000 piscines olympiques. 

La matière aurait formé une structure verticale de plus de 20 kilomètres de long, s’étendant jusqu’à 10 kilomètres sous le plancher océanique.

Le magma a avancé par vagues. Des impulsions successives, ont ouvert certaines fissures et en ont refermé d’autres, ce qui explique l’absence de séisme principal et la répétition rapide de secousses de magnitude similaire.

« Lorsque le magma se propage dans la croûte, il doit fracturer la roche pour se frayer un chemin », explique Florent Brenguier, enseignant-chercheur à l’Université de Grenoble. « Il peut aussi réactiver des failles déjà fragilisées, ce qui provoque une succession de séismes importants. »

 

L'hypothèse d'une connexion sous-terraine entre plusieurs volcans

L'hypothèse d’une connexion en profondeur entre les volcans de Santorin et de Kolumbo, séparés de seulement sept kilomètres, a également été émise.

Six mois avant la crise, les chercheurs avaient observé un gonflement du volcan de Santorin, tandis que Kolumbo connaissait une déflation. Ce phénomène pourrait indiquer une connexion hydraulique. Piégé en profondeur, le magma aurait migré vers Amorgos et Kolumbo.

Une hypothèse intéressante, mais qui reste encore à confirmer.

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