Édition internationale

Faire de la Crète une « Space Island », le pari d’OHB Hellas

OHB Hellas fait le choix de la Crète pour bâtir un écosystème spatial structuré, inspiré des grands pôles européens. Un projet industriel et humain qui ambitionne de donner à l’île une nouvelle identité.

OHB Hellas CreteOHB Hellas Crete
Écrit par Lepetitjournal Athènes
Publié le 4 février 2026, mis à jour le 11 février 2026

Pourquoi installer une partie des activités d’OHB Hellas en Crète plutôt que de rester à Athènes ? Pour Mathieu Bernou, directeur technique et directeur général adjoint, le choix est avant tout stratégique. Il était nécessaire de s’éloigner d’Athènes, dans la mesure où la capitale concentre une part excessive des activités en Grèce. La ville regroupe à la fois les institutions, l’industrie et les flux économiques, au risque d’étouffer les projets émergents. On observe ainsi une surconcentration d’activités économiques et industrielles, d’où la nécessité de s’en extraire afin de développer un projet spécifiquement dédié au spatial.

L’industrie spatiale structurée autour de pôles géographiques forts

La Crète s’est rapidement imposée comme une alternative crédible. Ce choix repose sur des critères très concrets : il fallait identifier un territoire disposant d’un aéroport international, d’une ou plusieurs universités reconnues, y compris à l’échelle internationale, ainsi que de l’ensemble des infrastructures publiques nécessaires, notamment en matière de santé et d’éducation. Des éléments indispensables pour attirer ingénieurs et chercheurs, mais aussi pour permettre à leurs familles de s’installer durablement.

Cette logique territoriale s’inspire de modèles déjà éprouvés ailleurs en Europe. En France, l’écosystème spatial est principalement structuré autour de Toulouse. En Allemagne, il se concentre plutôt autour de Brême, avec également des pôles à Munich. Dans ces pays, l’industrie spatiale s’est organisée autour de centres géographiques forts, capables de fédérer entreprises, universités et centres de recherche. OHB Hellas entend s’inscrire dans cette dynamique en Grèce.

L’appropriation par le territoire comme condition de réussite

De cette réflexion est né le concept de “Space Island”. Le concept s’inspire, dans son esprit, du modèle de la Silicon Valley, avec l’ambition de faire d’Héraklion un pôle spatial identifiable. Derrière cette formule volontairement marquante se cache une ambition claire : il est essentiel de disposer d’une identité forte afin de rendre le projet visible et lisible à l’échelle nationale comme internationale.

Mais cette identité ne peut exister sans un véritable ancrage local. L’objectif est de conférer à la Crète une véritable identité spatiale. L’enjeu est que le spatial ne reste pas un secteur perçu comme lointain ou réservé à quelques experts. L’ambition est que les habitants s’approprient ce projet et en soient fiers, en le considérant comme un élément constitutif de leur territoire.

Cette identité territoriale est aussi pensée comme un levier d’attractivité. Les professionnels du secteur spatial sont généralement disposés à s’investir durablement dans un territoire, à condition que celui-ci soit porteur de sens. Encore faut-il que le lieu propose une vision cohérente et un environnement structurant, capable d’offrir un véritable écosystème, et non une simple concentration de bureaux.

Faire des choix stratégiques clairs

Cette ambition doit toutefois s’appuyer sur une stratégie nationale plus lisible. Pour Mathieu Bernou, l'enjeu est de définir une feuille de route précise : dans un pays aux moyens ciblés, la priorité doit être donnée aux technologies à forte valeur ajoutée. C’est ici qu’OHB Hellas intervient avec le développement de calculateurs de bord haute performance. Cette technologie habilitante est le maillon essentiel pour répondre aux défis vitaux de la Grèce, comme la surveillance des frontières ou la lutte contre les incendies. Au-delà des besoins nationaux, cette spécialisation permet de positionner la Grèce comme un fournisseur incontournable de sous-systèmes critiques pour les grands maîtres d’œuvre européens.

Le projet représente aussi un pari humain majeur. « Il y a encore sept ans, il était quasiment impossible pour un scientifique grec de faire carrière dans le spatial sans s’exiler », rappelle Mathieu Bernou. En proposant des postes d’architectes système et d’ingénieurs de haut niveau, OHB Hellas transforme la fuite des cerveaux en un levier de croissance.

Cependant, cette dynamique exige une vision à long terme, souvent en tension avec les attentes de résultats immédiats de la sphère politique. Pour réussir, le spatial grec doit s'affranchir des cycles électoraux : si l'impulsion est souvent politique au départ, la stratégie industrielle doit pouvoir survivre aux changements de gouvernements. Ce n'est qu'à travers cette stabilité et une spécialisation technologique intelligente que la "Space Island" deviendra le laboratoire d'une souveraineté durable.

 

lepetitjournal.com Athènes
Publié le 11 février 2026, mis à jour le 11 février 2026
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