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Un colloque à l’EHESS sur le thème du sort des Juifs sous l’occupation

Par Lepetitjournal.com Varsovie | Publié le 28/02/2019 à 00:00 | Mis à jour le 28/02/2019 à 00:00
presse unsplash

Les 21 et 22 février s’est tenu à l’EHESS, Ecole des hautes études en sciences sociales, un colloque international sur la nouvelle école polonaise d’histoire de la Shoah sur le thème du sort des Juifs sous l’occupation allemande. Celui-ci était organisée en collaboration avec la Fondation pour la mémoire de la Shoah et le CNRS.

 

Selon les historiens ayant participé au colloque, un groupe de la diaspora polonaise a perturbé le colloque en trépignant, huant et criant à l’encontre des chercheurs « Vous devriez avoir honte ». Les participants de la conférence ont été insultés et ils ont été traités à l’issue de la rencontre « de porcs et de communistes juifs »

 

Un colloque qui scandalise des milieux proches du parti au pouvoir

Nasz Dziennik (« Une surenchère de mensonges »)  déclare que le Centre polonais de recherche sur la Shoah et le Centre scientifique à Paris de l’Académie polonaise des Sciences ont été les partenaires officiels de « la conférence antipolonaise » présentant les Polonais en tant que complices des crimes commis envers les Juifs au cours de la dernière guerre, qui s’est tenue à l’École des hautes études en sciences sociales à Paris. 

 

Le journal s’indigne que des programmes et des activités menées par le Centre polonais de recherche sur la Shoah aient reçu des subventions de l’Etat. Nasz Dziennik a interrogé à ce sujet le ministre polonais de la Science et de l’Enseignement supérieur et vice-premier ministre Jarosław Gowin qui « s’est retranché derrière la liberté de mener des recherches scientifiques » et a déclaré : « à la lumière de la loi en vigueur en Pologne, l’autorité publique a le devoir de créer les conditions optimales pour garantir la liberté des recherches scientifiques et de la création artistique, la liberté d’enseignement et l’autonomie de la communauté universitaire ». Il a rajouté qu’il a rejeté à de nombreuses reprises et avec détermination toutes les allégations mensongères et injustes selon lesquelles l’Etat polonais ou la nation polonaise auraient endossé une sorte de coresponsabilité dans l’extermination des Juifs. 

 

Selon le vice-président de la Commission parlementaire de l’Education, de la Science et de la Jeunesse, M. Dariusz Piontkowski (PiS), les scientifiques polonais qui ont pris part au colloque à Paris, avec le soutien de la sphère internationale, ont essayé de prouver une thèse préconçue sur la coresponsabilité des Polonais dans la Shoah, qui n’est pas conforme à la vérité historique. Il dénonce l’organisation de conférences qualifiées de scientifiques qui essaient de transformer l’histoire et ne donnent pas la possibilité de mener un débat. 

 

Soutien aux historiens

Dans son communiqué de presse publié à la suite du colloque l’EHESS « dénonce avec la plus grande fermeté ces atteintes inacceptables à la liberté de pensée et à la liberté académique qui s’inscrivent dans un contexte préoccupant d’intimidation de la recherche et des chercheurs dans plusieurs pays d’Europe. »

 

Parallèllement, le professeur Jan Grabowski, un des historiens du Centre polonais de recherche sur la Shoah et maître de conférences à l’Université d’Ottawa, souligne dans un entretien pour Gazeta Wyborcza que « les scientifiques polonais n’ont pas été victimes d’une telle vague d’harcèlement depuis 1968 ». Selon lui, les institutions de l’Etat telles que l’IPN contribuent à aggraver cette situation et à alimenter une ambiance de persécution contre les scientifiques. Il considère que le retrait du financement par l’Etat des institutions scientifiques publiques polonaises ou du fonctionnement des fondations et musées liés à l’histoire de la deuxième guerre mondiale est un attentat dont le prix sera payé par la Pologne. Il est partisan de l’organisation d’une discussion nationale sur les relations polono-juives à l’image d’expériences réussies dans d’autres pays. « Les Français [p.ex.] ont parcouru un long chemin avant de reconnaître que tous n’étaient pas membres du Mouvement de la Résistance. Ces sociétés ne se cachent pas derrière des mythes » - conclut M. Grabowski.    

 

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