Mercredi 1 décembre 2021
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DIRIGEANTS FRANÇAIS EN POLOGNE - Hélène Zaleski, présidente du Conseil de Surveillance de Alior Bank

Par Lepetitjournal.com Varsovie | Publié le 03/03/2014 à 23:00 | Mis à jour le 05/03/2014 à 09:47

 

Alior Bank est l'histoire d'une success story dans le monde bancaire. Cette banque créée de toutes pièces en Pologne en 2008 a connu des résultats exponentiels dès son lancement. Au point de devenir une référence au niveau international  tant pour son modèle d'entreprise que pour les innovations qu'elle a su développer. Hélène Zaleski, présidente du conseil de Surveillance de Alior Bank nous fait part des raisons de ce succès.

Alior bank a été lancée en Pologne en 2008 par le groupe Carlo Tassara. Pouvez-vous raconter la genèse et l'histoire de ce projet particulièrement ambitieux ? 

A l'époque, mon père était à la tête de la société Carlo Tassara dont il avait pris le contrôle dans les années 80. Après avoir réalisé un certain nombre d'investissements dans le secteur industriel et bancaire en Italie principalement, il a eu envie d'investir dans son pays d'origine, la Pologne…

Cette idée s'est concrétisée après notre rencontre avec Wojciech Sobieraj, figure du monde bancaire polonais qui nous a séduit par son projet, visionnaire, de création d'une banque de toutes pièces. Nous décidons donc de démarrer ce projet d'envergure dans lequel Carlo Tassara investit 425 millions d'euros.

La 1ère étape de la société nouvellement créée sous le statut de SARL a été de déposer une demande de licence, en novembre 2007, pour pouvoir fonder une banque.  L'autorisation a été obtenue en avril 2008 et Alior Bank SA a été créée. Nous avons alors déposé une demande pour une 2ème licence donnant droit à ouvrir notre activité au public. Entre temps, nous avons organisé tout le fonctionnement de la banque, recruté 1000 personnes, mis en place notre offre commerciale, construit notre système informatique…  40 agences étaient prêtes à fonctionner le jour du lancement de la banque le 17 novembre 2008. 

La 2ème licence nous a été accordée le 1er septembre 2008. Le 15 septembre, Lehman Brothers faisait faillite… En dépit de quelques sueurs froides, nous avons décidé de poursuivre l'aventure. Nous étions trop engagés pour ne pas aller juqu'au bout. Le 17 novembre 2008, Alior Bank a ouvert au public ! Un an après le dépôt de la 1ère licence. Nous n'aurions pas pu faire plus vite ! 

Le lancement de Alior Bank, créée à partir de « zéro » en plein contexte de crise bancaire,  est une success story dans le secteur.  Quels sont les facteurs clés de votre réussite ?

En premier lieu, il y a eu le facteur humain. Wojciech Sobieraj savait très bien à qui faire appel. Les principaux managers de la banque ont été débauchés d'autres banques.  Ils se connaissaient tous et partageaient la même vision. On les appelait la « dream team » !

Ensuite, le capital mis à disposition dès le départ était conséquent : 425 millions d'euros ont été apportés par la société Carlo Tassara. Ce qui nous a permis de voir le projet dans le long terme. La banque a d'ailleurs atteint son point d'équilibre beaucoup plus tôt que prévu : au bout de 22 mois d'existence, Alior Bank était rentable.

Enfin, les employés qui ont été recrutés avaient en moyenne 8 ans d'expérience. Ils sont arrivés avec leur carnet d'adresses et certains de leurs clients à qui nous avons demandé de nous décrire leur banque idéale. Nous avons pris en considération leurs suggestions pour un fonctionnement optimal de la banque et de nos agences…, ce qui a mis « ces clients fondateurs » dans une situation d'attente du jour de l'ouverture ! 

La crise de confiance dans le système bancaire qui est apparue au moment du lancement de Alior Bank ne vous a pas pénalisés ?

Non, pas nécessairement. Dans le contexte de la faillite de Lehman Brothers, le fait d'être une banque nouvelle sans passif  nous a plutôt avantagés. Ceci, ajouté à une offre commerciale avantageuse et un plan marketing efficace, nous a permis de gagner des clients rapidement. Au bout d'un an, nous avions déjà plus de 500 000 clients particulier et 30 000 clients entreprise.

Quelle est aujourd'hui votre position sur le marché bancaire en Pologne ? 

Les chiffres à fin 2013 montrent que Alior Bank est la banque de 1,6 million d'individus et 112 000 entreprises. Elle emploie 6000 salariés.

Nous sommes le 4ème plus grand réseau de Pologne en nombre d'agences, avec 209 agences en propre et plus de 400 agences franchisées. A ceci, il faut ajouter un réseau complémentaire de 140 « Alior Express », agences plus petites aux horaires plus flexibles.

Une autre caractéristique de la banque est d'être cotée en bourse depuis le 14 décembre 2012, soit 4 ans après son ouverture. Elle a représenté la plus grosse entrée privée en bourse depuis la création de la bourse, avec une offre publique s'élevant à 2,1 milliards PLN. Notre activité est répartie entre la banque de détail à 60 % et la banque des  entreprises à 40%. 

Quelles sont vos spécificités par rapport à la concurrence ?

Nous accordons une importance particulière aux services offerts à notre clientèle. Alior bank a été distinguée plusieurs fois par des prix polonais et internationaux pour notre haut niveau de services. A titre d'exemple, notre site internet est très pratique d'utilisation, même depuis l'étranger. 

Nous avons également reçu de nombreux prix témoignant des importantes innovations que nous avons apportées au monde bancaire, dans le domaine des nouvelles technologies. En juin 2012, nous avons lancé Alior Sync, une nouvelle génération de banque virtuelle. Ce système a été reconnu pour son caractère innovant au niveau international.

Une autre particularité est que nous permettons à nos clients d'avoir un compte en zloty et un sous compte en euro, associé à une carte de crédit en euro, afin  de minimiser pour le client les frais  de change.

Quels sont vos axes de développement à moyen terme ?

Nous venons de signer un accord il y a 2 mois avec T Mobile. Cela représente pour nous un axe de développement essentiel. Il est indispensable de nous adapter aux nouvelles attentes de nos clients, qui se déplacent notamment de moins en moins en agences. 

Vous êtes à la tête du conseil de Surveillance de la banque. Etre une femme à ce niveau de responsabilité dans un environnement essentiellement masculin, est-ce un atout ou un challenge ?

Je suis loin d'être la seule femme puisque 3 membres du conseil de surveillance sur 6 sont des femmes ! Même s'il n'y en a que 1 sur 7 au sein du directoire…En tant que femme, j'ai peut-être une approche différente, plus consensuelle…

Vous sentez-vous davantage française ou polonaise ?

Je suis française d'origine polonaise. Je suis née en France, de père né en France également et de mère polonaise. Ce sont mes grands parents polonais qui ont émigré en France. J'ai appris le polonais grâce à ma grand-mère qui nous rendait souvent visite en France…  J'ai ensuite complété cet apprentissage par la pratique lors de ma première expérience professionnelle en Pologne dans les années 90. Aujourd'hui, je vis à Bruxelles et passe environ 120 jours par an en Pologne. 

Quels sont vos liens avec la communauté francophone de Varsovie ? 

Ils ne sont pas très poussés car je ne les ai pas vraiment cherchés par manque de temps… Je serai très heureuse de les développer et constate que les relations franco-polonaises sont  bonnes ! Je souhaite la bienvenue aux Français qui s'installent en Pologne, et beaucoup de succès !

Magali de Bienassis (www.lepetitjournal.com/varsovie) - vendredi 28 février 2014

Photo : Alior Bank

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