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EDUCATION – Le modèle polonais, l’un des plus grands succès d’Europe

Par Lepetitjournal.com Varsovie | Publié le 20/12/2016 à 23:00 | Mis à jour le 20/12/2016 à 23:14

 Selon le dernier classement PISA, le système éducatif polonais est plus performant que le modèle français. Réformé au sortir de l'ère communiste, il connait moins d'échec scolaire et d'inégalités. Comment expliquer un tel succès ? Décryptage. 

Qu'est-ce que le classement PISA ?

Le Programme international pour le suivi des acquis (PISA) mesure tous les trois ans les performances scolaires des élèves âgés de 15 ans, dans 65 pays, dont 34 sont membres de l'OCDE. Les évaluations sont effectuées sur un échantillon représentatif de 540 000 jeunes mis à l'épreuve sur leurs compétences en mathématiques, sciences et lecture.

La longue histoire de l'éducation polonaise

Le système éducatif polonais revient de loin : en effet, au sortir de la Seconde Guerre mondiale, l'éducation est prise en main par le régime communiste. Celui-ci choisit de privilégier l'enseignement professionnel, afin de former une main d'œuvre qualifiée et de réduire le chômage. L'orientation professionnelle est décidée à 15 ans, à la suite d'un examen. 50% des élèves, faisant partie de ceux ayant un moins bon niveau, sont destinés à devenir ouvriers, 30% suivent une formation de deux ans pour devenir techniciens, et seulement 20% des élèves, ceux ayant obtenu les meilleurs résultats, ont accès au lycée afin de préparer l'examen d'entrée à l'université.

Ce système s'avère infructueux : les Polonais ont un accès très restreint aux études secondaires ou supérieures, et les tests internationaux concluent à un enseignement professionnel de basse qualité. Cependant, le système éducatif devenu obligatoire a permis un accès aux notions de bases auprès d'un plus grand nombre. En 1921, un tiers des Polonais étaient évalués comme illettrés ; ils ne sont que 1,2% en 1978.

C'est à la fin des années 90 que le système éducatif est finalement réformé : les programmes et examens sont refondus dans le but d'offrir aux élèves un système plus homogène et une scolarité plus longue. Le collège fait son apparition : le parcours scolaire, auparavant composé de 8 ans en école primaire avant l'orientation vers une filière professionnelle ou le lycée, est réorganisé autour de 6 années en école primaire, 3 ans au collège et 3 ans au lycée. 

La Pologne s'est également dotée de moyens économiques pour relever son système éducatif : la part des dépenses publiques pour l'éducation, de 4,5% en 1995, a atteint 5,5% en 2005. La scolarité est aujourd'hui obligatoire de 6 à 16 ans.

Des réformes ayant porté leurs fruits

Les résultats des réformes de l'éducation ont été significatifs : en 2000, lors du premier classement PISA, les élèves polonais obtenaient 480 points en lecture, 470 en mathématiques et 485 en culture scientifique. En 2016, ils ont obtenu, pour chaque matière respective, 504, 506 et 501 points. Ils ont, par la même occasion, « battu » les élèves français, dont le niveau est allé à la baisse, puisqu'ils sont maintenant sous la barre des 500 points dans les trois domaines d'évaluation.
Cependant, selon Nathalie Mons, présidente du Conseil national d'évaluation du système scolaire (Cnesco), « Il y a des moyennes qui ne veulent plus dire grand-chose » . En effet, en France, le pourcentage d'élèves appartenant à une élite qui excelle reste stable – 8% - tandis que la part d'élèves en grandes difficulté augmente – 22%, contre 21% en 2006. Selon Gabriela Ramos, Directrice de Cabinet du Secrétaire général de l'OCDE, « En France, les élèves de milieux défavorisés ont quatre fois plus de chance de faire partie des élèves qui ont les plus mauvais scores ».

 

Les inégalités sont un écueil que la Pologne a su éviter en pariant sur un système décentralisé, mettant en concurrence les villes, les régions. Les enseignants sont également plus indépendants que leurs homologues français dans la mise en œuvre des programmes. Le système n'a pas creusé les disparités de résultats, bien au contraire : l'égalité des chances a été consolidée, en particulier entre milieux urbains et ruraux.

Enseignements et limites du classement PISA

Si le classement PISA a pour avantage de donner un avis extérieur sur les systèmes scolaires, d'évaluer leur évolution dans le temps, il lui est souvent reproché d'occulter les différences culturelles entre pays. Par ailleurs, le classement souffre d'un défaut majeur : sa marge d'erreur, d'environ cinq points. Selon ses détracteurs, il présente même le danger d'inciter les gouvernements à des réformes homogénéisant les systèmes scolaires… Un classement qu'il est donc nécessaire de relativiser, mais qui parvient néanmoins à révéler des tendances. L'exemple de la Pologne est parlant : l'OCDE considère qu'elle a connu l'un des plus grands succès éducatifs d'Europe.

Le gouvernement polonais projette actuellement une réforme du système éducatif pour revenir au système antérieur à 1999 : les élèves seraient scolarisés 8 ans dans une école primaire avant d'être dirigés vers un lycée ou une filière professionnelle. Cette réforme a été acceptée par la Diète ; elle entrera très certainement en vigueur le 1er septembre 2017, après son passage au Sénat et sa signature par le président de la République, Andrzej Duda. Mais le principal syndicat des enseignants et un collectif de citoyens opposés à cette réforme ont rassemblé Lundi plusieurs centaines de manifestants devant le Palais présidentiel et ont remis à Andrzej Duda une pétition comptant 250 000 signatures. Ils espèrent que le président mettra son veto à la réforme adoptée par le Parlement. Le soir, à la télévision, A. Duda a déclaré réserver son jugement jusqu'à l'expiration des délais constitutionnels, soit début janvier.

 

 

Crédits photographiques: Kancelaria Prezesa Rady Ministrów / Flickr

Océane Herrero (lepetitjournal.com/Varsovie) – Mercredi 21 décembre 2016

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