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HANDICAPES PHYSIQUES - Une place difficile en Pologne

Par Natalia Pikna | Publié le 15/10/2018 à 00:00 | Mis à jour le 19/10/2018 à 17:04
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Les Polonais se battent depuis longtemps afin d’obtenir plus de droits pour les personnes souffrant d’un handicap. Cependant, il s’avère compliqué de faire face au désintérêt du gouvernement face à la situation, et les aides financières restent minimes. Un espoir de progrès se trouve peut être dans les associations. 

 

En avril 2018 des manifestants ont occupé le Parlement polonais, les parents des enfants handicapés ne pouvant plus supporter la situation financière dans laquelle le gouvernement les avait abandonnés. Pendant 40 jours, ils ont dormi sur le sol afin de manifester leur détresse. Leur demande était simple, obtenir un plus grand support financier de la part du gouvernement, qui avait promis beaucoup mais accompli très peu pour la situation des handicapés en Pologne. Cette lutte ne date pas d’hier, il y a 4 ans, les parents d’enfants handicapés avaient déjà occupé la Diète ce qui démontre la difficulté de ce combat et le manque d’efforts accomplis par le gouvernement. Depuis, d’autres événements ont encouragé le mécontentement de la population, comme la fermeture de centres communautaires qui permettaient aux handicapés d’avoir une vie qui se rapprochait de la norme, et leur donnaient accès à une vie sociale. Le représentant au Parlement européen Marek Plura, lui aussi atteint d’un handicap, a soutenu les protestants en avril 2018 et a notamment dénoncé une violation des droits de l’homme vis à vis des manifestants qui étaient à l’intérieur du Parlement. En effet, il se voyaient parfois refuser l’accès à l’eau et aux sanitaires. 

 

Une aide minime

Malheureusement, beaucoup de situations ne sont pas perçues comme assez graves par le gouvernement pour leur octroyer certaines aides. De plus, les aides financières apparaissent quelque peu risibles. Les personnes qui décident de ne pas travailler afin de s’occuper de leur enfant handicapé ne reçoivent que 350€ par mois. Et cette somme ne peut être perçue qu’à la condition de n’avoir aucune autre source de revenus, c’est à dire qu’ils ne peuvent pas travailler à mi-temps. Cette allocation n’est plus touchée une fois que l’enfant atteint ses 18 ans. En 2014, la Cour suprême polonaise avait jugé cela inconstitutionnel, mais le parti au pouvoir PiS semble avoir ignoré la décision. Si leurs parents continuent de travailler, ils reçoivent une allocation de soins supplémentaires, une modeste somme de 153zł par mois, soit à peu près 39€. Une fois adultes, les personnes handicapées ne perçoivent que 185€ d’allocation sociale cumulée aux 39€ d’aide supplémentaire, ce qui revient donc à 224€.

Les manifestants réclamaient l’introduction d’une allocation de soignant de 130€, ainsi qu'une augmentation de la pension de sécurité sociale pour les personnes handicapées, qui s’élève à 170€ par mois. Ils demandaient également l’obtention de 120€ additionnels octroyés à ceux souffrant d’invalidités graves. Au terme des manifestations, le gouvernement a finalement accepté d’accéder à une seule des demandes, l’allocation sociale, qui était de 798zł (185€) a été augmentée à 1030zł (258€) par mois. Une modification qui ne sera pas très coûteuse pour le gouvernement, son coût s’élevant à environ près 138 millions d’euros par an. Pour ce qui est des autres demandes, estimées très importantes aux yeux des parents et handicapés, le gouvernement ne semble pas vouloir en entendre parler.  

 

Situation historique des personnes handicapées dans la société

Cette situation si difficile à changer, résulte du statut des personnes à mobilité réduite dans l’histoire de la société polonaise. Ils ont en effet souffert d’une importante marginalisation des invalides pendant toute la période du communisme. Ils étaient souvent transférés dans des ateliers de travail qui leur étaient dédiés. Même si ces endroits étaient présentés comme bénéfiques à la société et aux handicapés, ils s'apparentaient à de véritables ateliers de travail faisant penser à des ghettos. Ils servaient à encourager la vision communiste d’une société idéale qui n’était composée que de travailleurs forts et sains. Ainsi, les Polonais souffrant d’un handicap ont été isolés et rendus presque invisibles, et leur image n’a pas encore été complètement rétablie. 

 

Le changement grâce aux associations? 

Un des plus grands espoirs pour l’amélioration des conditions de vie des personnes atteintes d’un handicap est l'association Integracja (intégration), qui se bat pour qu’ils obtiennent plus de droits. Cette association est composée de deux ONG, Stowarzyszenie Przyjaciół Integracji (les amis de l’association Intégration) et Fundacja Integracja (la fondation intégration). Créée il y a 20 ans, il s’agit aujourd’hui d’une des plus grandes ONG en Pologne. Leurs actions sont très diversifiées. Ils aident dans l’accompagnement de la recherche d’emplois, ils encouragent la création d’espaces public adaptés, publient un magazine, ont créé un programme télévisé et animent des sites webs éducationnels. Le président de l’association a dit de l’association «J'ai décidé de créer Integracja quand j'ai vu combien de personnes ne pouvaient pas gérer leur handicap et se trouver une place dans leur propre vie.».

L’attitude du pays semble changer, lentement cependant. Des aménités et aides de bases sont présentes comme les transports en commun gratuits pour certains handicaps, mais il s’agit d’engendrer un réel changement dans la société polonaise. Un exemple de ce genre d’effort est représenté par un festival qui a eu lieu du 28 septembre au 14 octobre à travers la Pologne. Ce festival, appelé “culture sans barrières”, a pour but de faciliter et encourager l’accès à la culture pour les personnes handicapées. Plus de 250 événements dans plus de 17 villes de Pologne ont été organisés. Le musée national de Varsovie et la galerie Bunker of Art à Cracovie font partie des institutions qui ont participé au festival. Pendant la durée du festival, la radio publique et le TVP (télévision polonaise) ont rendu leur siège à Varsovie accessibles au public. 

Pour pallier le manque d’effort de la part du gouvernement, il ne reste qu’à espérer  voir un développement de ce type d’actions solidaires et mettre ainsi en route un changement dans la société polonaise vis à vis d’une meilleure intégration des handicapées. 

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Natalia Pikna

Etudiante à Sciences Po Paris et interessée par le journalisme, j'ai décidé de rejoindre la rédaction du PetitJournal.com à Varsovie pour un stage.
1 Commentaire (s)Réagir
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ROGER ZDZISLAW lun 15/10/2018 - 07:43

Il est vrai que dans beaucoups des pays de l'UE les personnes handicapées ont de plus en plus de mal à faire respecter leurs droits. Même en FRANCE : « Nous avons une culture de retard » - Défenseur des droits, Jacques Toubon. http://www.adapei44.fr/defenseur-droits-handicap-premiere-cause-de-discrimination/ https://www.faire-face.fr/2018/04/19/defenseur-droits-respecter-handicap/

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